Wv • 1 w **&r w. s- \ m ii «N2^ R 1 k^-^% ^ HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LlBRARY OF SAMUEL GARMAN ^^htàjdit 4* )b ^H ^\dtMebo- racensis , nob.) 5o2 Ibid. L'Epinoche noire (Gasterosteus niger, nob.). . 5o3 L'Epinoche à deux épines (Gasterosteus biacu- ieatusj Penn., Sh. et Miteh.) Ibid. L'Epinoche à quatre aiguilles (Gasterosteus aua- dracus , Mitch.) 604 L'Epinoche à bassin fendu (Gasterosteus a pel- les , nob.) 5o5 • L'Epinochette, ou petite Epinoche d'Europe à neuf épines (Gasterosteus pungilius , Linn.). 5 06 XX\j TABLE. f , , Page*. PUnefc. L'Epinochette de Terre-Neuve (Gasterosteus occidentalis , nob.) 509 Le Gastré. ou Epinoche de mer à museau alongé (Gasterosteus spinac/iia, Linn.) Ibid. CHAPITRE XVIII. De l'Oréosome (Oreosoma , nob.), et particu- lièrement de l'Oréosome de l'Atlantique (Oreo- soma atlanticum, nob.) 5 1 5 99 AYIS AU RELIEUR POUR PLACER LES PLANCHES. 72. Trigla lucerna vis-à-vis la page 76 73. Trigla papilio, et 77. Cephalacanthus 82 74. Prionotus tribulus 100 75. Peristedion calaphraclum * 1 2 76. Dactjloplerus orientalis *36 77. Vid. sup. 73. 78. 6o«u.y bubalis 166 79. Cottus ventralis et Coltus claviger 196 80. Aspidopliovus quadricornis 222 8 1 . Hoplichikys Langsdorfii 266 8 2 . Platjcephalus asper 258 83. Bembras japonicus 284. 84. Hemitriplerus americanus 274 85. Hemilepidotus Tilesii 280 86. Scorpœna grandicornis 3 10 8 7 . Sebastes norvégiens 336 88. Pterois volitans 36o 89. Tœnianoius iriacanlhus 372 90. Blepsias trilobus 378 91. Agriopus verrucosus 388 92. A 'pistas tracliinoides , et 95. Minons monodac- tylus 426 93. Pelor japonicum 438 94. Pelor fdameniosum 4^4 g5. Vid. sup. 92, g 6. Sjnanceia erosa vis-à-vis la page 460 97. Monocentris carinata 468 9 7 bis. Hoplostetus méditer raneus. l 98. Gasterosteus trachurus, brachycentrus , novebo- racensis , leiurus 49-2 99. Orcosoma coniferum 5i8 1. Cette planche sera délivrée avec le volume suivant. HISTOIRE DES POISSONS. LIVRE QUATRIÈME. DES ACANTHOPTÉRYGIENS A JOUE CUIRASSÉE. Il est un certain nombre de poissons qui, par l'ensemble de leur conformation, se rap- prochent de la famille des perches , mais auxquels l'aspect singulier de leur tête diver- sement armée ou hérissée donne une physio- nomie propre qui les a toujours fait classer dans des genres spéciaux. Ce sont les trigles ou grondins, les cottes ou chabots et les scor- pènes ou truies de mer. Les rapports de ces genres les uns avec les autres *>ont des plus sensibles, et néanmoins il n'est pas facile de déterminer un trait d'organisation qui , à la fois, leur convienne à tous, et les distingue du reste des acanthoptérygiens. Celui que nous 4- 2 LIVRE QUATRIÈME. indiquons par les mots de joue cuirassée, réunit peut-être seul ces deux avantages. Il consiste en ce que les sous-orbitaires, ou l'un d'entre eux, se portent assez loin sur la joue pour la couvrir plus ou moins sur sa longueur, et pour s'articuler par leur extrémité posté- rieure avec le préopercule. Le plus ou moins de largeur de cette pro- duction des sous-orbitaires fait varier l'éten- due de la protection qu'ils donnent à la joue, et la forme qu'en reçoit la tête. Dans les trigles, la tête, dont les côtés sont presque verticaux et dont le museau tombe rapidement de l'avant, prend une forme qui approche d'un cube ou d'un parallélépipède. Dans les cottes, la ligne du profil descend peu, les côtés s'écartent à droite et à gauche, et la forme générale de la tète est plus ou moins écrasée. Dans les scorpènes, au con- traire, cette forme est généralement compri- mée. Ajoutez que les trigles et la plupart des cottes ont deux dorsales, et que les scorpènes n'en ont qu'une; enfin, que les trigles ont des rayons libres au-dessous des nageoires pecto- rales ; que les scorpènes et les cottes ont au moins plusieurs des rayons inférieurs de ces nageoires sans branches, et même que dans la plupart des scorpènes ces rayons non branchus ACANTHOPTÉRYGIENS A JOUE CUIRASSÉE. 5 dépassent en partie la membrane, et l'on aura une idée assez juste des trois principaux genres de cette famille, de ceux que Liunaeus y avait établis; mais il est arrivé par suite de temps, comme dans les autres familles, que ces trois formes principales se sont divisées en plusieurs formes secondaires, et que l'on a trouvé des formes intermédiaires de nature à être placées entre les premières, et même quelques formes à certains égards excentriques qui, tout en montrant beaucoup d'affinité avec l'ensemble de la famille, n'en conservent pas cependant tous les caractères. Ainsi l'on a dû détacher des trigles les prio- notes, qui ont de plus queux des dents en velours aux os palatins; les péristédions ou malarmats, qui n'ont point de dents du tout, et dont le corps est cuirassé, et surtout les dactjloptères , dont les rayons inférieurs des pectorales, au lieu de demeurer libres, se multiplient, s'alongent et s'unissent par une membrane, pour former une espèce d'aile. Auprès des trigles viennent se placer les céphalacanthes , qui ont une tête de dacty- loptère et des pectorales de scorpène. Les aspidophores et les platycéphales sont des démembremens des cottes : les premiers ont le corps cuirassé, les autres la tête très- 4 LIVRE QUATRIÈME. aplatie, et les ventrales sous l'abdomen. Il y a même une subdivision des aspidophores dans laquelle on ne voit qu'une dorsale. Entre les cottes et les scorpènes se rangent plusieurs petits genres, tels que : les hémilépi- dotes , qui ont la tête aplatie des premiers, la dorsale unique des autres ; les hémitrip- teres, qui, avec cette tête aplatie, et même la dorsale divisée des cottes , ont des barbil- lons et des dents aux palatins , comme les scorpènes. Il a été également nécessaire de faire plu- sieurs démembremens dans le genre des scor- pènes. Les blepsias ont une haute dorsale à demi divisée. Dans les tœnianotes elle se porte jusque sur le dessus de la tête et s'unit à la caudale. Les a pistes se distinguent par un aiguillon qui arme leur sous-orbitaire, et qu'ils redressent quelquefois d'une manière perfide. Les sébastes se rapprochent de plu- sieurs genres de la famille des perches , par une tète moins hérissée , et écailleuse dans presque toutes ses parties. Les ptéroïs sont des scorpènes dont les rayons pectoraux et dorsaux s'alongent excessivement, et qui d'ail- leurs manquent de dents aux palatins. Dans les pélors s'unissent à cette même absence de dents aux palatins, à une absence totale ACANTHOPTÉRYGIENS A JOUE CUIRASSÉE. 5 d'écaillés, des formes pour ainsi dire mons- trueuses, et des rayons libres sous les pecto- rales, comme il y en a dans les trigles. Mais le genre qui s'éloigne surtout des scor- pènes, bien qu'on l'y ait long- temps réuni, c'est celui des synancées, non moins hideux que les pélors, également dépouillé d'écaillés, dont aucun rayon pectoral n'est simple, et qui sur- tout manque de dents au vomer, aussi bien qu'aux palatins; en sorte que son palais entier est lisse comme dans les sciènes et dans les spares. Deux genres nouveaux viennent encore se placer à la suite de tous les démembremens des scorpènes : ce sont les agriopes et les lépisacanthes. Les premiers ont la longue dorsale, portée en avant, des taenianotes; mais leur museau saillant et étroit est presque dépourvu de dents : les autres sont singulièrement cuiras- sées par des écailles épaisses carénées et d'une structure toute particulière. Uoréosome est bien plus singulier encore : une douzaine de boucliers coniques hérissent son corps, et s'y présentent en quelque sorte comme des montagnes sur un globe. Peut-être ne se doute-t-on point que les épinoches, ces jolis poissons, communs dans 6 LIVRE QUATRIÈME. tous nos ruisseaux, appartiennent à cette fa- mille, dont les autres genres ont des formes si bizarres 5 mais rien n'est plus vrai. Leur joue est aussi cuirassée , et tout leur ensemble en fait une sorte de lien entre les scorpènes, les aspidophores et la grande famille des scom- béroïdes. Nous joignons ici le tableau de tous ces genres, disposés dans un ordre synoptique, et de manière à en faciliter l'étude, comme nous l'avons fait pour la famille des percoïdes, mais en y ajoutant la même observation : c'est que ce n'est pas dans ces sortes de tables qu'il faut chercher les véritables rapports de ces animaux, et que l'on ne peut en prendre une connaissance complète que par les détails ex- térieurs et intérieurs contenus dans leurs des- criptions. ACANTHOPTÉRYGIENS A JOUE CUIRASSÉE. 7 POISSONS OSSEUX. A CANTHOP TER YGIENS. JOUES CUIRASSEES. Les sous-orbitaires recouvrant une portion plus ou moins grande de la joue, et s'articulaut avec le préo- percule. Sans rayons épineux libres en avant de la dorsale. A deux dorsales. A tête parallélépipède. Des rayons libres sous la pectorale. Trigies. Corps écailleux ; des dents en velours aux mâchoires et au-devant du vomer. PRIONOTES. Corps écailleux ; des dents en velours aux mâchoi- res , au-devant du vomer et aux palatins. MALARMATS. Corps cuirassé; pas de dents. De très-longs rayons sous les pectorales, réunis en une grande nageoire, qui sert d'aile. Dactyloptères. Tête plate, grenue; une très-longue épine au bas du préopercule. Point de rayons séparés sous les pectorales. CÉPHALACANTHES. Mêmes formes de tête qu'aux dactyloptères. A tête ronde ou déprimée. Ventrales sous les pectorales. Cottes. Dents en velours aux mâchoires et au-devant du vomer; corps sans écailles. HÉMITRIPTÈRES- Dents en velours aux mâchoires, au vomer et aux palatins; corps garni de lambeaux cutanés; la première dorsale profondément échancrée. Bembras. Dents en velours aux mâchoires, au vomer et aux palatins; tête peu déprimée; corps écailleux. AsPlDOPHORES. Pas de dents au palais ; corps cuirassé. Ventrales en arrière des pectorales. Platycephai.es. Tête très-déprimée, épineuse; corps écailleux; des dents aiguës aux palatins. A une seule dorsale. A tête comprimée. Des dents en velours aux mâchoires, au vomer et aux palatins. HÉMlLÉPrDOTES. Six rayons aux ouïes ; corps écailleux sur quelques bandes longitudinales. Blepsias. Cinq rayons aux ouïes ; dorsale trilobée ; corps eu , avec des lambeaux cutanés, LIVRE QUATRIÈME. Apistes. Six rayons aux ouïes; une épine, au sons-orbitaire , qui peut se redresser. Scorpèfes. Sept rayons aux ouïes ; corps écailleux ; joues et mâchoires sans écailles; des lambeaux cutanés. SÉBASTES. Sept rayons aux ouïes; corps, joues, mâcboires écail- leux. Des dents aux mâchoires et au-devant du vomer, mais non aux palatins. Pteroïs. Sept rayons aux ouïes ; de très-longs rayons aux pectorales et à la dorsale. Quelques petites dents aux mâchoires seulement. Agriopus. Corps comprimé; dorsale haute, commençant entre les yeux; bouche petite , saillante. A tête grosse, comme monstrueuse ; les yeux dirigés vers le ciel. Des dents en velours aux mâchoires et au-devant du vomer. PÉLORS. Tête comme écrasée en avant; des rayons libres sous les pectorales. Des dents aux mâchoires seulement, aucunes au vomer ni aux palatins. SïNANCÉes. Tête grosse, tuberculeuse. J)es épines libres au lieu de première dorsale. Corps couvert de grandes écailles imbriquées; huit rayons aux ouïes. MONOCENTRIS. Corps garni de plaques le long de tout ou partie de la ligne latérale ; trois rayons aux ouïes. ÉPIISOCHES. Les os du bassin réunir. GastRÉs. Les os du bassin écartés. CHAP. I. TRIGLES. \J CHAPITRE PREMIER. Des Trigles {Trigla, Linn.), et particu- lièrement des Trigles proprement dits {Trigla, Lacép.). Le nom grec de trigla {rçiyhvi), aujourd'hui en italien trillia, appartient incontestablement au rouget-barbet, au mullus des Latins; mais Artedi avait réuni dans un même genre ce rouget-barbet, ce vrai trigla des anciens, avec les poissons dont nous allons parler : et lors- que Linnœus les sépara, il laissa au premier le nom de mullus, et transféra celui de trigla aux autres, contre l'usage le plus général des anciens. Nous disons , l'usage le plus général ; car il n'est peut-être pas un ancien nom de poisson plus certain que celui-là, ainsi que nous l'avons vu au chapitre qui termine le volume précédent; et toutefois il parait que, dès les plus anciens temps, la ressemblance de couleur avait aussi fait transporter en quel- ques endroits , à l'un des poissons dont nous parlons dans cet article , le nom de trigla , comme on leur donne à Paris celui de rouget, qui est proprement celui des mulles. 1 LIVRE QUATRIÈME. Typhon , en effet, dans Athénée 1 , dit que quelques-uns confondaient le mulle (trîgla) et le coucou : or le nom de coucou et celui de lyre sont du nombre de ceux que l'on a cru pouvoir appliquer à nos trigles actuels. La première de ces dénominations paraîtra toutefois mieux prouvée que l'autre. Aristote et iElien, qui seuls ont parlé de la lyre (àu^) 2 , se bornent à lui attribuer en commun, avec le chromis, de faire entendre un certain bruit ou grognement, ce qui peut se dire de beau- coup de poissons. Quant au coucou [k'oxku£), Aristote 3 n'en dit autre chose, sinon que le bruit qu'il fait ressemble à celui de l'oiseau du même nom, et 4 qu'il vit à la fois dans la haute mer et près des rivages ; mais il y a des caractères plus positifs dans , Numenius , cité par Athénée, qui lui donne l'épithète de rouge, couleur en effet très-marquée dans plusieurs trigles, et dans Mcircellus Sidetes, qui lui applique celle d'bgvKofxoç (poils aigus), où l'on peut voir une allusion aux épines dont leur tête et une partie de leur corps sont hérissées. Ce rapport même, établi, selon Typhon, 1. Deipnos, 1. VII, p. m. 324 et 325. — 2. Aristote, Hist. anim., 1. IV, c. 9 ; jElien , 1. X, c. 11. — 3. Hist. anim., I. IV, c. 9. — 4. L.VIII, c. i3. CHAP. I. TRIGLES. \\ entre le coucou et le mulle, peut être allégué en preuve. Il faut qu'il soit bien naturel, puis- que le peuple de nos jours l'a saisi comme celui de l'antiquité. Des motifs encore plus vraisemblables ont fait penser que c est dans le genre de nos tri- gles que l'on doit chercher l'hirondelle de mer des anciens, et peut-être aussi leur milan. Uhirondelle surtout , dont le vol est repré- senté comme puissant " , qui ressemblait aux coucous et aux mulles 9 , et qui était armée de longues épines 3 , ne peut guère être que le dactyloptère [tripla volitans, L.)$ car l'exocet, auquel on a aussi voulu rapporter ce nom, n'a pas d'épines, et ressemble aux harengs beaucoup plus qu'aux trigles ou aux mulles. On doit croire plutôt que c'est le theutis d'Mien et d'Oppien , dont le vol était plus puissant encore que celui de l'hirondelle, qui volait en troupes et très -haut, comme les oiseaux 4 . Les Latins ont traduit quelquefois revois par lolligo, dont on fait aujourd'hui le nom du calmar, et Pline 5 semble en effet placer ce lolligo auprès des seiches ; mais en supposant que le calmar s'élève hors de l'eau, 1. Aristote, 1. IV, c. 9. — 2. Speusippus, ap. Athen., 1. VII, p. 3a4. — 3. Oppien, Hal, I. II, v. 45g. — 4. M., ib., v. 43i, et ^Elien. Hùt. an.,\. IX, c. 52. — 5. Pline, l.VHI, c. 29. 12 LIVRE QUATRIÈME. assurément il ne peut avoir un vol semblable à celui qu'on attribue au rsvOiç. L'épervier (&£«£) et les milans [milvus et milvago) ne sont pas aussi faciles à déter- miner. Le vol de l'épervier est inférieur à celui de l'hirondelle et du teuthis ; il rase la mer, et tient le milieu entre un vol véritable et la natation. x Le milvago annonce un changement de temps chaque fois qu'on le voit volant au- dessus de l'eau. 2 Pour le milvus, le passage qui le concerne, dans Pline, est susceptible de divers sens, suivant qu'on le ponctue. Dans les premières éditions l'absence d'un point faisait regarder ce poisson comme identique avec le lucerna, nommé dans la période suivante , et dont la langue serait lumineuse. On a pensé depuis qu'il faut réduire à la faculté de voler tout ce qui est dit du milvus, et que le lucerna est un autre animal 3 . Il est à croire, en effet, 1. Oppien, Bal., v. 435; iElien, Hist. an., 1. IX, c. 52. 2. Idem, 1. XXXII, c. 2. 3. Pline, 1. IX, c. 27. Au lieu de : Volitat hirundo perquam similis volucri hirundini : item milvus subit in summa maria, piscis ex argument appellatus lucerna, lingua ignea per os exserta tranquillis noctibus relucet , il faut écrire : item milvus. Subit in summa maria, piscis, etc. CHAP. I. TRIGLES. 13 qu'il s'agit là de quelque mollusque ou zoo- phyte phosphorique , et qu'on ne doit point chercher ce lucerna parmi les trigles ; car, si Ton excepte ce que l'on a conclu de cette fausse leçon, je ne vois pas qu'aucun témoin oculaire ait observé en eux la faculté de luire, si ce n'est, comme dans les autres poissons, quand ils se décomposent. Un dernier caractère attribué au mifous, est le dos noir; et nigro tergore milvi 1 , et peut-être ce trait pourrait- il faire porter les conjectures sur le perlon ( trigla hirundo , L. ), dont le dos est brun , et auquel ses grandes pectorales ont pu faire attribuer le pouvoir de s'élever au-dessus des eaux. Peut-être aussi, et c'est malheureusement à quoi abou- tissent à la fin toutes ces recherches , ces noms ont-ils été employés diversement, et sont-ils quelquefois synonymes les uns des autres. Il aurait été facile aux anciens naturalistes de donner plus de certitude à cette nomen- clature, car les trigles ont deux caractères des plus distinctifs ; leur tête cuirassée , large en dessus , dont le front et les côtés descendent rapidement et presque verticalement, ce qui leur donne au total une forme approchant d'un 1. Ovide, Halieut., v. 96. \A LIVRE QUATRIÈME. cube ou d'un parallélépipède -, et les rayons libres placés au-dessous de chacune de leurs pectorales. Mais ces auteurs donnaient peu d'attention aux détails de structure : ils sem- blent avoir cru non-seulement que leur langue ne mourrait point , mais que ceux qui la par- leraient s'entendraient toujours sur les déno- minations des êtres naturels , et qu'il était inutile de fixer le sens des noms par des ca- ractères pris dans les choses mêmes. C'est cette erreur de leur jugement qui inflige aujour- d'hui tant de tortures aux critiques curieux de ces sortes de questions , et si nous-mêmes nous en occupons nos lecteurs, peut-être plus qu'il ne serait nécessaire pour l'histoire naturelle proprement dite , c'est dans la vue de leur faire sentir combien tout cet écha- faudage méthodique des naturalistes moder- nes a d'importance, et quel service ses inven- teurs ont rendu , malgré tout ce qu'en ont pu dire BufFon et ceux qui n'ont pas dédaigné de se faire ses échos. De tous les poissons à joues cuirassées, les trigles sont ceux où elle lest le mieux. Leur premier sous-orbitaire est énorme, et la cou- vre entièrement , s'articulant d'une part avec le museau, et de Vautre avec le préopercule et deux sous-orbitaires plus petits, placés à CHAP. I. TRIGLES. 15 l'angle postérieur de l'orbite. Son articulation avec le préopercule se fait même par suture immobile, en sorte que les sous-orbitaires et le préopercule ne peuvent se mouvoir qu'ensemble. Dans les jeunes sujets ce pre- mier sous-orbitaire se divise lui-même en deux pièces , une pour le museau , l'autre pour la joue. Leur museau se forme aussi par la suture immobile des frontaux antérieurs, des nasaux, de l'extrémité antérieure de l'ethmoïde, qui s'élargit en disque , et même dans les espèces ordinaires de celle du vomer, qui se montre un peu sous la peau entre les nasaux. Au- devant de tout cet assemblage se porte en- core la partie antérieure du sous-orbitaire, qui s'y produit en proéminence plus ou moins saillante. Le préopercule est grand et plus ou moins élargi dans le bas, mais l'opercule est médio- cre ; le sous- opercule et l'interopercule sont petits, minces et cachés dans la membrane qui borde l'opercule. Toutes ces pièces osseuses , ainsi que celles qui composent le dessus du crâne , et même celles de l'épaule , sont dures , grenues ou striées , souvent armées d épines et d'arêtes tranchantes; en sorte que peu de poissons ont 46 LIVRE QUATRIÈME* la tète aussi bien garantie contre les attaques de leurs ennemis. Les ouïes sont bien tendues et leur mem- brane est soutenue par sept rayons. Les râte- lures des arcs branchiaux ne consistent qu'en tubercules couverts d'un velours ras. La bouche est médiocre; elle s'ouvre sous la proéminence du museau, et quand elle se ferme, les maxillaires se retirent sous les sous- orbitaires. Les dents des pharyngiens sont toujours en velours ; mais pour celles des mâchoires et du palais, il y a des variétés plus qu'il n'est ordinaire dans les làmilles naturelles ; et c'est principalement sur leurs différences que nous fondons les divisions que nous avons établies dans le grand genre des trigles. Les pectorales sont grandes, et assez dans quelques espèces pour leur donner la faculté de s'élever en l'air pendant quelques iustans et d'exécuter, comme nous lavons dit, une espèce de vol. Il se détache de leur partie in- férieure des rayons libres , plus gros que les autres, articulés, mais non branchus, et où l'on voit plus aisément la division en deux filets, commune à tous les rayons. Ces pectorales s'attachent à l'épaule par six os plats, dont deux, savoir, le radial et le eu- CHAP. I. TRIGLES. 17 bital, adhèrent à l'os humerai, et sont chacun percés d'un trou; le cubital est le plus grand. Les quatre autres , dont le supérieur est le plus petit , représentent le carpe, et portent les rayons; savoir, les deux supérieurs, ceux de la nageoire, et les deux inférieurs, les rayons libres. L'étendue de cet appareil donne plus de force aux muscles de ce membre. Il en est de même pour le membre infé- rieur. Les os du bassin forment ensemble un disque rhomboïdal assez large, dont la moitié postérieure se porte en arrière entre les ven- trales : l'antérieure a ses bords perpendicu- laires à son plan, et souvent une arête ou une apophyse dans son milieu , disposition qui donne place à des muscles plus épais pour les ventrales, lesquelles sont aussi généralement grandes. x\ ces dispositions favorables à la natation se joint la forme de leur corps, qui est alongé, rond ou peu comprimé, aminci vers la queue : ils ont une première dorsale épineuse , plus élevée, et une seconde plus basse et plus lon- gue ; toutes les deux sont implantées dans une espèce de sillon garni de deux rangs d'écaillés ou plutôt de lames osseuses , qui sont des dilatations des os interépineux, et qui se terminent le plus souvent en pointe en 4. 1 8 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. arrière , ce qui donne alors aux bords de ce sillon la denture dune scie. Il y a beaucoup de variétés pour les écailles, particulièrement pour celles de la ligne laté- rale. Quelquefois, comme dans les m alarma ts, les écailles sont remplacées par de véritables plaques osseuses, qui cuirassent tout le corps. Les filets libres sous les pectorales, qui ca- ractérisent les trigles, doivent leur former un organe de tact très-sensible 5 car les nerfs qui s'y rendent sont gros, et ils naissent même, ainsi que ceux du reste de l'extrémité anté- rieure , sous des tubercules particuliers , au nombre de quatre ou cinq de chaque coté, placés sur l'origine de la moelle épinière, à la suite des tubercules ordinaires de l'arrière du cervelet. Cette structure est entièrement pro- pre à ce grand genre. Du reste leur cerveau se compose, comme à l'ordinaire, de deux paires de lobes supérieurs, une pleine et une creuse, dune paire inférieure et du cervelet. La paire pleine ou antérieure est grande proportionnel- lement, et a en avant encore un petit nœud à la racine supérieure des nerfs olfactifs. La paire creuse a en dedans les quatre petits tubercules ou replis ordinaires, dont les postérieurs sont les plus grands et se replient un peu en arc. Le nerf olfactif est petit, mais l'optique est CHAP. I. TRIGLES. 19 gros et se laisse aisément déplisser en mem- brane. Les intestins des trigles consistent en gé- néral en un estomac en cul-de-sac, en plu- sieurs appendices cœcales et en un canal in- testinal diversement replié. Ils ont tous une vessie natatoire, mais les formes et les pro- portions de ces viscères sont assez variées pour que nous devions en reprendre la des- cription dans Ihistoire de chaque espèce. Ces espèces sont nombreuses. Nos mers, et surtout la Méditerranée, en possèdent jusqu'à huit, et il en est déjà venu quelques-unes de la mer des Indes. On ne doit pas, toutefois, compter dans ce genre le trigla asiatica de Linnaeus, ou trigle asiatique de M. de Lacépède. Cette prétendue espèce est bien sûrement un polynème, et ne paraît pas différer de notre polynemus tetra- clactylus, ainsi que nous lavons vu à son arti- cle. Il en est de même du poisson que Forster avait nommé aussi trigla asiatica, et dont M. Schneider a fait son trigla pentadactyla. D'après le dessin de Forster, que nous avons sous les yeux, cest le polynemus plebeius. Le trigla minuta de Linnaeus, qui est également annoncé comme asiatique , parait être un vrai trigle ; mais ce que fauteur dit de ses carac- 20 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. tères l convient à tant d'espèces, et les nom- bres des rayons y sont comptés dune façon si contraire à ce que l'on voit dans les autres, que nous ne pouvons le croire bien déterminé, et que nous ne l'admettrons pas dans notre énumération. Nous n'y comprendrons pas non plus le trigla rubicunda d'Hornstedt 2 , ni les trigles à un seul doigt de Russel (n.° i5q), parce qu'ils appartiennent aux pélors et aux apistes, deux démembremens du genre des scorpènes, ni le trigla tracliinus de Schneider, ou trachinus trigloides d'Osbeck 3 , qui ne pa- rait qu'une vive dont les rayons sont mal comptés. Enfin, nous serons forcés encore d'o- mettre, faute de détermination suffisante, le trigla alata de Houttuyn, originaire du Japon, dont, pour n'avoir pas bien compris le texte de cet auteur, on a fait un dactyloptère, mais qui est un trigle proprement dit. 4 , , , i. Trigla minuta, digitis tribus, dorso licarinato (D. 5 — 24; A. 14; C. 10; P. 3, 8; V. 6, etc.); Mantiss. aller., p. 528, et Syst. nat., édit. de Gmel., p. i346. 2. Nouv. Mém. de l'Acad. de Stockholm , t. IX, p. 45, pi. 3. 3. Osbeek, i\W. act. ac. cur. , t. IV, p. 102. Il met D. 4 — 14 au lieu de 24 . 4. Voici la traduction de l'article de Houttuyn (Mémoires de la Société de Harlem, t. XX, 2. 'part., p. 336). Nous la donnons pour montrer avec quelle facilité l'erreur la plus aisée à corriger se propage quand une fois elle est introduite dans un ouvrage même aussi peu digne d'être copié que celui de Gmelin : CHAP. I. TRIGLES. 21 Ces trigles proprement dits ont les joues à peu près verticales et assez hautes pour rendre « 26. Trigla alata (rouget ailé). « Le genre trigla, que l'on distingue par trois barbillons libres, x semblables à des doigts, près de ses nageoires pectorales, com- « prend aussi, selon Linnseus, un poisson volant, auquel il at- « Iribue vingt doigts, réunis par une membrane. « J'en ai pareillement fait représenter en petit un très-grand « de ma collection, semblable, et qui est très-commun dans le* « climats méridionaux. « Le petit poisson du Japon, long d'à peu près quatre pouces, « que je décris ici, ressemble davantage à celui du Cap, dont j'ai « aussi publié une figure, d'après un dessin envoyé du Cap 1 ; car « il a la tête très-épineuse. Sa mâchoire supérieure a deux pointes <( aiguës et proéminentes, et il y en a de semblables à l'opercule « de ses branchies. Cependant les ailes, qui dans l'espèce du Cap (f paraissent avoir eu dix rayons, en ont onze dans celle du Japon, « aussi réunis par une membrane : elles sont plus longues, mais « pas assez pour que le poisson paraisse avoir été capable de voler « hors de l'eau ; c'est pourquoi je l'ai appelé simplement rouget « ailé. La première dorsale a sept rayons épineux et pointus, et se s couche, ainsi que la seconde, dans un sillon osseux, formé le « long du dos par deux suites d'écaillés aiguës. L'anale, qui s'étend « sous la queue, m'a montré quatorze rayons, et la caudale au- « tant; les ventrales en ont six, comme à l'ordinaire. » Gmelin 2 a fait de cette description incomplète un extrait, lui- même comparativement très-incomplet, où de plus il a mis au lieu de mâchoire supérieure (boven-kauk) , mâchoire inférieure. Lui seul a été consulté et copié; et c'est ainsi que l'on a traîné, d'ouvrage ers ouvrage, soit un trigla alata 3 , soit un dacfjloplère japonais 1 *, dont la mâchoire inférieure serait armée d'épines, etc. i. Dans sa traduction hollandaise du Système de Linnaeus, pi. 63, fig. 4. C'est un vrai trigle, probablement noire capensis- 2. Gmelin, Syst. Linn., p. 1846. — 3. Walbaum, Aitedi renovatus , t. III, p. 374; Bloch , édit. de Schn., p. 12; Sbaw, Gêner. Z00L, t. IV, 2.' part., p. 624. — 4. Lacépède, t. III, p. 335, et les divers diction naires d'histoire naturelle 22 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. la coupe transverse de leur tête, à l'endroit des yeux par exemple, à peu près carrée. Leur museau descend plus ou moins obliquement; leurs doigts libres, sous les pectorales, sont toujours au nombre de trois : ils ont des dents en velours aux deux mâchoires, sur une bande au-devant du vbmer et aux pharyngiens; mais ils en manquent aux palatins et sur la langue. Leur ligne latérale est droite, et se prolonge toujours sur la caudale, en s'y bifurquant. Ils varient entre eux par l'armure de cette ligne latérale, par celle des bords de leur sillon dorsal, par le plus ou moins de longueur des épines de leur tête et de leur épaule, ainsi que par celle de leurs pectorales; mais au milieu de toutes ces variations ils conservent toujours un air de famille, qui a porté plusieurs auteurs à les confondre et à mêler diversement leurs caractères et leurs déterminations, au point que leur synonymie est devenue assez difficile à établir. Tous ces poissons , quand on les tire de l'eau , font entendre un bruit ou grognement plus ou moins fort, et c'est ce qui leur a valu en français les noms de grondins , de gronans, de gurnards, de gourlins, sous les- quels leurs diverses espèces sont connues. On donne aussi à Paris , comme nous lavons CHAP. I. TR1GLES. 23 déjà remarqué, le nom de rouget à deux espèces rouges, et en divers ports on 1 étend à toutes les espèces de cette couleur. On les a enfin comparés à des coqs, ce qui leur a valu les noms de gallines , gallinettes , coqs de nier, etc. C'est, dit-on, la grosseur de leur tête qui en a fait appeler quelques-uns en Italie capone. A Venise leur nom générique est anzoletto. Mais lemploi de ces différentes dénomi- nations est fort irrégulier et fort variable, selon les lieux, et même dans chaque lieu selon les temps et les personnes , et il n'y faut pas faire grande attention dans la détermination des espèces. DES TRIGLES A CORPS CERCLÉ. Nous placerons en tête du genre deux es- pèces de nos mers, dont le corps est cerclé, en tout ou en partie , de lignes résultant de la disposition des écailles, ou de ce que les naturalistes nomment squamœ verticillatœ. Elles abondent lune et F autre, en certaines saisons, et ensemble, sur les marchés de Paris, où Tune des deux, qui a le museau plus alongé, des lignes trans verses sur le flanc seulement, et la ligne latérale non armée, se nomme plus LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. spécialement rouget ou rouget commun, et où l'autre, qui a le museau plus court, la ligne latérale épineuse , et des cercles tout autour du corps , est appelée rouget camard. Les auteurs qui ont parlé de ces deux es- pèces les ayant assez mai distinguées, soit l'une de l'autre , soit des espèces voisines, il est nécessaire, pour la clarté de notre travail, que nous commencions par les comparer et par débrouiller leur synonymie. Le rouget camard, dont on pourrait déjà se faire une idée fort juste par la figure de Rondelet (p. 295), intitulée mulle imberbe et imbriago , est le cuculus lineatus de Ray (Sjnops. pisc., ng- n), et le trigla lineata de Pennant et de Gmelin. Bloch en a donné sous ce dernier nom une bonne figure, plan- che 354 , mais enluminée un peu arbitraire- ment. Il en a paru une autre, dans le Voyage à Venise, de M. de Martens (t. II, pi. 11, p. 43o), qui n'exprime pas assez en détail les aiguillons de la tète. L'autre de nos rougets, le rouget propre- ment dit, a pectorales et à lignes transverses plus courtes , n'a pas été désigné de si bonne heure d'une manière précise. S'il est repré- senté dans Rondelet, ce ne peut être que son milvus (p. 297 }. C'est probablement aussi le CHAP. I. TRIGLES. 25 cuculus de Bélon (p. 204); mais l'une et l'au- tre de ces figures sont très -incomplètes. Artedi et Linnseus ont confondu ce milvus de Rondelet avec le cuculus de Salvien, (fig. 191 ), qui est le trigla lyra, et c'est sili- ce mélange qu'est établi le trigla lucerna, L. Le caractère donné d'après Willugliby à cette espèce factice , d'une ligne latérale bifurquée vers la queue, ne manque, à notre connais- sance , dans aucun trigle. D'un autre côté, à l'exemple de Ray et de Willughby , Artedi et Linnœus confondaient le cuculus de Bélon avec le cuculus de Ron- delet (p. 287), qui est un poisson de la Méditerranée tout différent, dont nous par- lerons bientôt; et c'est sur ce second mélange que ces auteurs ont établi le trigla cuculus, L., auquel ils ne donnent que des caractères communs à plus d'une espèce : uue ligne laté- rale sans épines, des opercules striés, etc. 5 mais en faisant abstraction de cette syno- nymie fautive , et n'ayant égard qu'aux carac- tères et surtout à la description donnée par Linnœus, dans le tome II du Musœum prin- cipis (p. g3 ) , on est convaincu que c'était notre rouget commun qu'ils avaient en vue. C'est ce rouget commun , ce rouget ordi- naire des marchés de Paris et de toute la 26 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Normandie, que Bloch représente, et très-bien, sur sa planche 355, d'après un individu qu'on lui avait envoyé d'Hollande ; mais , en le don- nant comme une espèce nouvelle et inconnue, et en l'appelant tripla pini, d'après je ne sais quelle ressemblance qu'il prétend trouver entre les écailles de sa ligne latérale et celles dune pomme de pin. Comme Bloch a été suivi dans cette erreur par les naturalistes qui lui ont succédé, et que même M. Risso a donné à 1 espèce, quaud il la décrite, ce nom de pini, on pourrait croire qu'il existe en effet un trigla pini différent du rouget; mais ce serait un double emploi. Bloch, cependant, a décrit, sous le nom de rouget, un poisson réel, mais différent du trigle rouget de nos marchés, et beaucoup plus rapproché du grondin ou gurnard, ainsi que nous le verrons à son article. Voici maintenant les descriptions des deux espèces. Le Grondin rouge, ou Rouget commun de Paris. ( Trigla cuculus , Linn.? Trigla pini , Bl., p. 355.) Ce rouget commun de Paris passe rarement un pied de longueur. C'est à la tête qu'il est le plus gros. Son corps diminue ensuite jusqu'à la base de CHAP. I. TRIGLES. 27 la caudale. Sa hauteur à la nuque est près de six fois dans sa longueur totale ; mais la longueur de sa tête n'y est pas tout -à-fait quatre fois, elle est d'un quart moins épaisse que haute. Le crâne est hori- zontal et plat j l'entre- deux des yeux se rétrécit et devient concave; le profil descend obliquement, en faisant avec le crâne un angle de cent trente a cent quarante degrés; sa ligne descendante est très-légè- rement concave; en travers il s'arrondit. Les côtés de la tête sont plans et presque verticaux ; toutes les parties supérieures et latérales de la tête sont âpres par des granulations disposées en lignes serrées , qui partent de certains centres connue des rayons. Il y a un de ces centres sur le milieu du museau, qui appartient à Tethmoïde ; le grand sous-orbitaire en a trois, dont le principal forme comme un grand soleil sur la joue; il y en a un sur le préopercule, un sur l'opercule, un sur chaque pariétal , un sur l'os de l'épaule, etc. Les deux grands sous-orbitaires se portent en avant du vomer, pour former l'extrémité antérieure du museau , par deux lobes arrondis très- peu saillans, entre lesquels est une échancrure très- peu profonde, et qui ont chacun leur bord divisé en sept ou huit crénelures obtuses. Un peu au-dessus , entre le vomer et le grand sous-orbitaire, est un petit espace membraneux, dans lequel sont percées les deux ouvertures de la narine, toutes deux petites ; l'antérieure est ronde et a ses bords un peu relevés ; l'autre est ovale et oblique. L'orbite touche au bord supérieur de la tête , immédiatement derrière l'angle que fait le museau avec le crâne : il est grand, son 28 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. diamètre horizontal fait le tiers de la longueur de la tête. A son bord supérieur, en avant, sont deux et souvent trois peiiles dents aiguës, dont la dernière est un peu plus forte. L'os surscapulaire s'engrène par suture au crâne, et le prolonge de chaque côté par une pointe qui, dans cette espèce, est de forme demi -elliptique et a son bord interne convexe et dentelé ; elle ne dé- passe pas l'opercule. Celui-ci a sa partie osseuse échancrée dans le haut , et découpée en deux pointes aiguës, dont la supérieure se dirige obliquement vers le haut ; l'inférieure , qui n'est pas beaucoup plus longue, se porte en arrière : elle est à peu près au tiers de la hauteur de l'os, qui de là va, en se rétrécissant, jusqu'à son extrémité inférieure. La membrane qui étend l'opercule est surtout large dans le haut. Le préopercule est plat, sans limbe ni dentelure : étroit dans le haut, élargi à sa partie in- férieure, il a, vers le bas , une légère arête, dirigée d'avant en arrière, qui se termine par une petite pointe sous le bas de l'opercule ; il y en a une plus petite un peu au-dessous. Derrière ces pointes se cache un très-petit sous- opercule , réduit à une petite lame ovale et transparente. Linteropercule est aussi très-peu apparent , lisse et caché en partie sous le bord inférieur du préopercule. La fente de la bouche est médiocre; elle ne s'ouvre que jusque sous les narines : sa courbe est à peu près parabolique. Le maxillaire se cache quand la bouche se ferme sous le sous-orbitaire; il est lisse et s'élargit peu. La lèvre supérieure avance presque autant que le CHAP. I. TRIGLES. 29 museau- l'inférieure un peu moins : toutes deux sont minces et lisses. Les branches de la mâchoire infé- rieure sont étroites, presque horizontales, marquées seulement de quelques pores. La membrane bran- chiostège est épaisse entre elles, et fendue sur les trois quarts de leur longueur ; ainsi l'ouverture de l'ouie est très -grande. Il y a sept rayons dans la membrane. Chaque mâchoire a une bande de dents en velours ras et serré , et il y en a une petite bande transver- sale en avant du v orner ; mais le reste du palais est lisse , ainsi que la langue , qui est large , épaisse , et adhère sans liberté au plancher de la bouche. L'os scapulaire proprement dit est lisse ; mais le clavi- culaire forme au-dessus de la pectorale un triangle granulé, un peu dentelé vers le haut, et qui a une arête dirigée en arrière, terminée par une pointe courte, mais aiguë. La pectorale est à peu près de la longueur de la tête, c'est-à-dire du quart de la longueur totale, et quand on l'étend elle est d'un quart moins large que longue : sa forme est arrondie ; elle a sept rayons branchus , puis trois qui vont en diminuant, et sont simples , quoique articulés. Ensuite viennent les trois doigts libres, qui sont aussi des rayons simples et articulés ; en sorte qu'il y a réellement treize rayons pectoraux. Les rayons libres montrent plus distinctement que les autres leur division en deux filets : le premier est d'un quart plus court que la nageoire, les autres vont en diminuant. Les ventrales sortent immédiatement sous les pec- 50 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. lorales, et les égalent en longueur : leur épine est de moitié plus courte que les autres rayons; elles sont écartées l'une de l'autre par l'élargissement de la poi- trine, que soutiennent en cet endroit de larges os du bassin. Les membranes de ces quatre nageoires sont épaisses. La première dorsale commence vis-à-vis la nais- sance de la pectorale; elle est triangulaire, ses épines sont fortes et au nombre de neuf, auxquelles on peut en ajouter une dixième, si petite qu'elle reste cachée sous la peau et manque même quelquefois : la seconde épine , qui est la plus longue , égale la hauteur du corps à cet endroit : toutes sont lisses, excepté le bord antérieur de la première, qui est très -finement dentelé en scie ; elle occupe en lon- gueur le sixième de celle du corps. La seconde dor- sale commence très-près de la première ; elle est moitié moins haute et du double plus longue : ses dix-huit rayons sont tous articulés, même le pre- mier ; celui-ci et le second sont simples , les autres branchus. L'anale répond à la seconde dorsale , excepté qu'elle commence un peu plus en arrière et n'a que seize rayons : ils sont aussi tous articulés, et le premier seul est simple. L'espace nu entre ces nageoires et la caudale a le huitième de la longueur totale, et son diamètre est le tiers de sa propre lon- gueur. La caudale a un peu plus du sixième de la longueur totale : son bord est légèrement coupé en croissant; elle n'a que onze rayons qui aillent jus- qu'à ce bord ; mais les petits du dessus et du des- CHAP. I. TRIGLES. 31 sous sont au nombre de quatre ou cinq. Ainsi les nombres de l'espèce doivent s'exprimer ainsi : B. 7; D. 9 — 18> A. 16; C. 11; P. 10 et 3 ; V. 1/6. Excepté la poitrine et le tour de la pectorale, tout le corps de ce poisson est couvert de très -petites écailles ovales plus longues que larges, dont la partie visible est ciliée et un peu hérissée, et la partie ca- chée très -finement striée avec un éventail terminé par cinq crénelures arrondies : il y en a au moins cent cinquante sur une ligne longitudinale , et il y en aurait plus de quarante sur une ligne verticale au droit des pectorales, si la poitrine n'en était pas dépourvue. Les nageoires n'en ont point, si ce n'est quelque peu vers les bords supérieur et inférieur de la caudale. La ligne latérale se marque à peine par un trait lisse; elle est droite et parallèle à la ligne du dos, de sorte qu'en avant elle est au cinquième supérieur de la hauteur, et en arrière au milieu. Arrivée à la cau- dale, elle se bifurque, et ses prolongemens se diri- gent chacun vers un des angles de cette nageoire, sur laquelle ils se perdent. Les lignes qui cerclent les flancs de ce trigle sont formées par des replis de la peau qui avancent entre les écailles, et forment les stries, parallèles enire elles, qui coupent à angle droit la ligne latérale. Ces plis marquent peu dans le poisson frais; mais quand il commence à se macérer, on voit que chacun d'eux contient une petite lame cartilagineuse de même forme que le pli. On en compte environ soixante- 52 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. dix de chaque coté. Au-dessus de la ligne latérale ils montent jusqu'au dos, et ils descendent à peu près à une hauteur égale en dessous. Le dos est cuirassé, le long des deux nageoires, par deux rangs de fortes écailles plates et lisses, dont le bord externe se relève un peu, et se termine par une petite dent aiguë. Il y a de chaque côté vingt-sept de ces dents, autant que de rayons dans les deux na- geoires prises ensemble. Il n'y en a pas sur la partie nue de la queue, ni aux côtés de l'anale. Les bords de ces écailles qui cuirassent le dos sont entiers et sans crénelures. Nous avons déjà dit que ce sont pro- prement des productions des os interépineux. La couleur de ce poisson est ce qui lui a valu son nom vulgaire ; c'est un rouge clair ou rosé, répandu sur tout le corps et sur les nageoires, plus vif même sur ces dernières , et seulement un peu plus pâle sous le corps et sur la moitié inférieure de la deuxième dorsale. Le foie du rouget commun est petit, composé de deux lobes , dont le gauche est le plus grand. L'œ- sophage est très-court , assez charnu , et plissé inté- rieurement par de gros plis : il se dilate en un vaste estomac arrondi , à parois minces , lisses en dedans. Auprès du cardia on voit la branche montante qui va au pylore; elle est courte, mais assez charnue. Il y a dix appendices cœcales, longues, grêles, et réunies en deux paquets égaux, attachées de chaque côté de l'intestin, et entourant l'estomac de manière à se croi- ser derrière ce viscère. Le canal intestinal est assez long, et fait quatre replis inégaux, sans augmenter CHAP. I. TRIGLES. Oâ sensiblement de diamètre jusqu'à l'anus. La rate est petite, de la couleur du foie, cachée entre les cœcums, à droite de l'estomac. Les laitances sont assez grandes, et cependant elles n'étaient pas à leur complet accrois- sement dans l'individu que nous avons examiné. La vessie aérienne est grande, ovoïde, pointue en arrière , divisée en avant en deux lobes arrondis et un peu moins renflés chacun que la vessie elle- même. De chaque côté elle est munie d'un muscle propre à fibres transverses et assez épais. L'estomac était rempli de crevettes. Le squelette du rouget commun a treize vertèbres abdominales, et vingt-trois ou vingt-quatre caudales : ses côtes sont grêles, simples, et embrassent à peine la moitié de l'abdomen. Les cinq dernières vertèbres abdominales ont des apophyses transverses courtes, horizontales, et la face inférieure du corps plate et concave; celles de la queue sont comprimées latéra- lement : le premier interépineux supérieur porte la première épine dorsale, qui touche presque à la tête. Entre les deux nageoires est un interépineux sans rayon. Le rouget est très - répandu : nous lavons de toutes nos côtes de l'Océan. L'individu de Bloch venait de Hollande. M. Risso la décrit et dessiné à Nice, où il se nomme ga- raman. M. de Laroche l'a rapporté d'Iviça, sous le nom de gallinetta. Le docteur Leach nous en a donné un, venu de Malte. On l'apporte à profusion sur nos marchés, avec 4. 3 34 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. le rouget camard, aux mois de Septembre et de Décembre ; il y est fort estimé, à cause de sa chair ferme et de bon goût. On en conserve même dans l'huile d'olive. Nous avons tout lieu de croire qu'il est du petit nombre de ceux dont l'espèce habite des deux côtés de l'Atlantique; car nous en avons reçu un de New-York, par les soins de M. Mil- bert, tellement semblable aux nôtres par l'en- semble et les plus petits détails, qu il nous est bien difficile de ne pas le considérer comme de même espèce. Néanmoins, comme nous ne l'avons pas vu à l'état frais, il serait possible quil offrit alors quelques caractères distinctifs: c'est ce que nous apprendrons des naturalistes américains. M. Mitchill n'en parle point dans son Mémoire sur les poissons de New-York. Le Rouget camard. (Trigla lineata, L., Bl., pi. 354; Trigla adriatica, Gmel.) 1 Le rouget camard a la tête plus courte et les pec- torales plus longues que le rouget commun : sa tête n'a guère que le cinquième de la longueur totale , et la longueur de ses pectorales n'est comprise dans 1. Martens, Vopge à Venise, t. II, pi. a ; Grondin têtard, Duhamel, sect. V, pi. 8, %. 5. CHAP. I. TRIGLES. 35 cette longueur totale que trois fois et demie, et quel- quefois moins. La brièveté de sa tête tient surtout à la chute rapide du profil , qui raccourcit le museau. Comparé en détail au rouget commun, on lui trouve le bout du museau moins échancré, les crénelures moins marquées, la joue plus haute à proportion ; toutes les lignes de petits grains des diverses parties de la tête plus fines et plus nombreuses ; l'opercule plus large , moins rétréci par le bas ; sa pointe plus courte , suivie en dessous de quelques dents qui l'égalent presque ; la pointe du bas du préopercule également plus courte. Il y a à chaque orbite trois petites épines, quelquefois deux seulement, à peu près égales. Le deuxième aiguillon du dos est moins élevé, ce qui rend la première dorsale plus arron- die : tous ses aiguillons sont d'ailleurs plus faibles; le premier est plus sensiblement crénelé à son bord antérieur , et le dixième est plus grand et nullement caché. La seconde dorsale n'a que seize rayons, et l'anale treize. Les écailles qui arment le dos de cha- que coté des dorsales sont au nombre de vingt- cinq seulement, et leur bord est dentelé en scie. La ligne latérale est relevée décailles carénées, dont chacune a sa carène divisée en deux, trois ou quatre petites pointes : il y en a environ soixante-cinq ; elles sont plus fortes et plus profondément dentelées dans le mâle que dans la femelle. Cette ligne se bifurque sur la caudale comme dans les autres trigles ; mais il faut de 1 attention pour y suivre ses branches. Les lignes qui cerclent entièrement le corps de ce poisson, excepté sous la poitrine et f abdomen, sont 56 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. en même nombre que les écailles de la ligne latérale: ce sont des replis de la peau , et dans chacun de leurs intervalles il y a deux rangées transversales d'écaillés régulièrement disposées : ainsi le nombre des rangées d'écaillés va à cent trente. Les écailles elles-mêmes sont très-petites , presque carrées , nette- ment dentelées ou ciliées à leur bord saillant, à trois crénelures à leur racine. B. 1; D. 10 — 16; A. 43; C. 11 ou 13, et quelques petits; P. 10, et 3 libres ; V. 1/5. Cette espèce atteint rarement un pied : tout son corps est d'un beau rouge, semé sur la tête et sur le dos de petites taches noirâtres , irrégulières , inéga- lement éparses. Les pectorales sont grises , semées de taches noires plus grandes que celles du corps, et qui y sont disposées à peu près en bandes trans- versales. La face qui regarde le corps est en partie noire. Les autres nageoires sont rougeâtres. Son foie est peu volumineux, presque entièrement du côté droit. La vésicule du fiel est grande , cachée sur l'estomac assez loin du foie , à cause de la lon- gueur du canal cystique, qui est assez gros : il verse la bile dans l'estomac auprès du pylore. L'œsophage est large, mais très-court; il se dilate en un estomac peu long, mais large, situé en travers dans la cavité abdominale : ses parois sont très- minces, sans plis à l'intérieur. Le pylore est fermé par une valvule épaisse , et muni de dix cœcums longs et grêles, qui embrassent l'estomac en se roulant autour de lui. L'intestin fait quatre replis inégaux sur lui-même, dont le troisième seul est plus en ar- CHAP. I. TRIGLES. 57 rière que l'estomac. Le duodénum est un peu renflé à sa naissance , puis le diamètre de l'intestin dimi- nue, et reste ainsi jusqu'au dernier repli. Un peu avant ce repli il y a une valvule assez épaisse qui marque le colon. Après le premier repli le colon se dilate beaucoup, jusqu'à moitié de sa longueur ; il se rétrécit ensuite en devenant un peu plus épais. En général, le tube intestinal est mince. La rate est très-petite et cachée sur l'estomac , en- tre les replis des cœcums de droite. Les laitances sont longues, quoiqu'elles ne rem- plissent que les trois quarts supérieurs de l'abdomen. Un long canal spermatique communique avec l'ex- trémité du rectum. La vessie natatoire est ovoïde , un peu déprimée , simple, sans aucuns renflemens ou appendices; elle occupe le second tiers de la longueur de l'abdomen, immédiatement en arrière de l'estomac. Ses parois sont blanches, mattes, épaisses; elle a de chaque côté un muscle propre à fibres transverses, assez puissant. L'estomac était plein de crevettes et de petits cailloux. Le squelette du rouget camard a treize vertèbres abdominales, et vingt caudales seulement : ses côtes sont faibles et simples. Il ressemble d'ailleurs pour les détails à celui du rouget commun, excepté les diffé- rences que l'on peut déjà apprécier par la forme extérieure. Cette description est prise de sujets achetés à la halle de Paris. La chair du rouget camard y est aussi bonne 58 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. que celle du rouget commun ; il y vient dans les mêmes saisons et avec la même abondance , ce qui a fait croire à nos poissardes qu'il en est la femelle : mais c'est une erreur. Indépendam- ment de leurs caractères extérieurs, nous nous sommes assurés de l'existence des deux sexes dans les deux espèces. C'est le grondin têtard ou bécard de Du- hamel (sect. V, pi. 8, fig. 5). Ce poisson habite l'Océan, au moins jus- qu'aux Canaries ; car il nous a été envoyé de Ténériffe par M. Galot, M. de Lacépède a pensé que le lastoviza de Brùnnich, ou trigla adriatica de Gmelin, est le même poisson que le trigla lineata. M. de Martens est arrivé de son coté à la même conclusion; et, en effet, la description que Brùnnich donne de ce lastoviza s'accorde parfaitement, dans tout ce qu'elle exprime, avec le trigla lineata. Mais les individus que nous avons reçus de la Méditerranée, sous le nom (Yimbiiago, sont aussi très-semblables à ceux de Paris, et toute- fois ils nous ont paru en différer par une épine un peu plus pointue au crâne, à l'épaule et à l'opercule; par des épines moins crénelées le long de la dorsale, et parce que les pectorales ont des lignes transverses et non de grandes CHAP. I. TRIGLES. 59 taches; tandis que le corps a souvent des ta- ches plus larges, plus nuageuses, qui ressem- blent à des marbrures : c'est du moins ce que nous observons sur des individus venus de Malte; mais peut-être ces légers caractères ne sembleront-ils annoncer qu'une variété. Un autre imbriago , que nous avons reçu de Sicile, diffère de notre rouget camard par des teintes plus brunes, surtout aux pectorales, et de plus la longueur de ces nageoires est plus grande que dans la plupart de nos individus de Paris : elle n'est comprise que deux fois et deux tiers dans la longueur totale. Nous at- tendrons des observations plus multipliées pour décider s'il y a quelque chose de spé- cifique dans ces différences. On reconnaît ce caractère dune épine nu- mérale plus pointue, dans la figure, excellente pour le temps, que Rondelet a publiée (p. 2g5) de son ijnbriago. On lui donne, dit-il, ce nom , qui en languedocien signifie ivrogne, à cause de la couleur rouge; et cette couleur, en même temps que son profil tombant, sont ce qui a déterminé cet auteur à le considérer comme un mulle imberbe. M. Risso dit qu'à Nice on lui donne le nom de belugan, que Brùnnich prétend être à Marseille celui du tiigla hirundo. A Venise, 40 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. selon M. de Martens, on l'appelle anzoletto miiso-duro. Du Perlon, nommé aussi Rouget grondin. ( Trigla hirundo , BL, pi. 60.) Ce poisson ressemble au rouget commun plus qu'à aucune autre espèce, par la forme et les proportions de la tète, ainsi que par sa ligne latérale , et il n'est pas étonnant que les noms de perlon et de rouget se prennent quelquefois l'un pour l'autre , d'autant plus que ce perlon tire lui-même plus ou moins au rouge, et , en effet, c'est lui, et non pas le rouget à flancs striés, que Duhamel a repré- senté sous le nom de rouget grondin. Le fond de la couleur de son dos est cependant géné- ralement grisâtre ou brunâtre. Je ne vois pas trop ce qui a déterminé les auteurs à appliquer à cette espèce le nom dliirundo, car ses pectorales ne sont pas plus grandes que dans les espèces dont nous ve- nons de parler, et même je trouve que dans nos individus de la Manche leur proportion varie. Dans les uns leur longueur est quatre fois et un cinquième dans la longueur totale, et elles dépassent à peine les ventrales; dans les autres elle n'y est que quatre fois moins CHAP. I. TRIGLES. A\ un quart ou un cinquième , et elles dépassent alors les ventrales d'un quart. C'est un des pre- miers que représente Bloch, planche 60. Il faut remarquer, au reste, que c'est seule- ment d'après les figures et les synonymes cités par Linnœus, que l'on juge que le perlon est son trigla hirundo; car le caractère qu'il lui assigne {linea laterali aculeata) est faux, et tout nous fait croire qu'en l'écrivant c'est un gurnard qu'il avait sous les yeux. Artedi avait donné un caractère exempt d'erreur, mais in- suffisant (capite aculeato, apendicibus utrin- fjue tiibus). Sa tète entre les yeux est plus large et plus plate qu'au rouget : son museau est aussi un peu plus large; mais ses sous-orbilaires ne saillent pas davan- tage en avant, et y sont crénelés de la même manière. Les pointes des surscapulaires sont moins aiguës ; mais celles des opercules et des claviculaires gardent les mêmes proportions. La joue est plus lisse : les lignes de points qui la granulent ne partent pas de son centre , mais divergent en tous sens , comme dans le rouget, d'un point plus voisin du bord in- férieur; sur son milieu sont un ou deux sillons un peu plus larges, qui montent, en se courbant, vers l'angle inférieur antérieur de l'orbite. Du même point que tous ces rayons part une arête un peu saillante, qui se rend horizontalement jusqu'à l'épine de l'angle du préopercule. Les épines de la première 42 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. dorsale sont bien moins fortes que dans le rouget. Ce qui peut surtout aider à faire reconnaître ce perlon , quand les couleurs et même les écailles ont di:>paru , c'est que la première de ces épines n'a aucune dentelure , et que la seconde ne dépasse que de peu ses deux voisines , et n'a que les deux tiers de la hauteur du corps. Ses écailles sont extrê- mement petites, ovales, lisses, entières, peu adhé- rentes ; elles ne forment point de lignes transverses : il n'y en a aucunes à la poitrine, à la gorge, ni sur un assez grand espace en arrière des pectorales et des ventrales. Celles de la ligne latérale sont lisses comme les autres, et à peine un peu plus saillantes, sans ca- rènes ni autre armure. Du reste, la ligne latérale se continue en se bifurquant sur la caudale, comme dans les autres espèces, quoique "YYillughby" ait dit le contraire. Les petites crêtes des écailles qui garnissent le sillon du dos sont moins saillantes qu'au rouget commun, et moins aiguës, surtout en avant, où le doigt les sent à peine. B. 7; D. 9— 16; A. 15; C. 11; P. 11, et 3 libres; V. 1/5. Nos individus de la Manche ne sont pas aussi sombres que l'enluminure de Bloch. Leur dos est d'un gris roussâtre ou brunâtre : leur ventre d'un blanc rosé ; des teintes rougeàtres enluminent les côtés de leur tête : les flancs, entre le brun du dos et le blanc du ventre, offrent souvent un rose un peu doré : leur caudale et le sommet de leur première dorsale sont rouges ou rougeàtres ; la seconde dorsale n'a qu'un rose plus pale. Les ven- CHAP. I. TRIGLES. 45 traies et l'anale sont blanches , les pectorales sont noires, bordées de bleu, du côté par où elles regar- dent le corps. L'autre côté, celui de l'extérieur, est noirâtre ou bleuâtre quant à la membrane ; mais les rayons y forment des lignes blanchâtres ou rosées. Le perlon est parmi les trigles de nos cotes l'espèce qui devient la plus grande : il y en a communément de deux pieds, et on en voit souvent qui passent cette taille. Le foie du perlon est assez gros; il est presque entièrement situé dans l'hypocondre droit, le lobe gauche étant fort petit. La vésicule du fiel a la forme d'un long cœcum étroit. L'œsophage est très-court et très-large. Ses parois sont épaisses et très-plissées. Il se dilate en un vaste estomac oblong, qui occupe, en longueur, près des deux tiers de la cavité abdominale. Ses parois sont épaisses et garnies en dedans de plis un peu moins gros que ceux de l'œsophage. Le pylore s'ouvre auprès du cardia ; il est garni de huit cœcum s longs et assez gros. L'intestin se replie trois fois sur lui-même. Les portions sont à peu près égales en longueur, et le diamètre est le même dans tout le tube intestinal. La rate est fort petite, rougeâtre, et située sur la crosse du premier repli que forme l'intestin. Les vésicules séminales sont très-grandes. Les reins sont aussi très-gros, renflés auprès du diaphragme, minces dans le milieu de leur longueur; ils se réu- nissent en un seul lobe alongé, assez gros. 44 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. La vessie urinaire est mince , mais très-grande. La vessie natatoire du perlon est très-remarquable; elle se porte en avant jusque sur le cardia; mais n'est pas aussi longue que l'estomac; elle se divise en trois lobes : le principal, ou celui du milieu, a une forme elliptique en arrière; il est bifurqué en avant et donne deux lobes latéraux plus étroits , qui se recourbent, se portent en arrière le long du pre- mier, et se prolongent jusque vis-à-vis son extrémité postérieure, où ils se terminent en pointe. Les parois de cette vessie sont très - épaisses et fibreuses. Le lobe du milieu a de chaque côté, vers sa partie postérieure, un muscle assez fort. L'estomac était rempli de débris de poissons, de crustacés et de coquilles. Le squelette de nos perlons a quatorze ou quinze vertèbres abdominales et dix -neuf caudales seule- ment. Les dixième, onzième et douzième abdomi- nales sont aplaties en dessous : du reste il ressemble aux précédens, sauf la grandeur et les caractères spécifiques, qui se voient déjà à l'extérieur. x Notre perlon de l'Océan est un des trigles qu'on nomme en Belgique et dans le Nord seehahn (coq de mer) , ou knorrhahn (coq bruyant). Les Anglais l'appellent tub-jisli (pois- son tonneau), sans qu'à notre connaissance on ait encore expliqué pourquoi. 1. On voit une bonne figure du squelette de cette espèce dans le» Planches ichtyotomiques de M. Rosenthal (pi. 17, fig. 1). CHAP. I. TRIGLES. 45 Pennant lui a donné l'épithète de saphirin, probablement à cause du bleu de ses pecto- rales. Ce poisson abonde sur nos côtes : c'est avec les rougets le trigle que l'on voit le plus dans nos marchés; il y vient surtout au printemps et jusque vers le solstice. Bloch dit qu'en Da- nemarck on le sale et le sèche, pour appro- visionner les vaisseaux. Linnseus lui attribue , quand on le prend, un son et une espèce de tremblement, qui doivent se manifester plus ou moins dans tout le genre. Je n'oserais affirmer que les poissons de la Méditerranée que l'on regarde comme de même espèce que nos perlons en soient en effet complètement. ' Leur museau est plus alongé ; l'intervalle de leurs yeux plus étroit; les granulations de leurs joues plus marquées, et ils ont au bord de la caudale, sous son échancrure, une tache nébuleuse noire , que je ne vois pas aux nôtres. Je leur trouve des pec- torales dont la longueur n'est que trois fois et demie dans celle du corps, et qui dépassent les ventrales d'un tiers. J'en ai même un d'Iviça dont les pecto- rales ne sont que deux fois et deux tiers dans la longueur totale. 1. Corax, Rondelet, p. 296; Corax, Corvus , Capone , Salvien fol. 194 ; Trigla cuculus, Briinnich, p. 77. 46 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Les nombres des rayons sont les mêmes : ceux de la seconde dorsale varient de seize à dix -sept. Le neuvième de la première est quelquefois très -petit. M. Risso en décrit la couleur sur le dos comme un violet obscur, et sous le ventre, comme un blanc argenté , et autant que nous en pouvons juger d'après nos individus conservés dans la liqueur, celte des- cription est exacte; mais, dans ses dessins, il leur donne aussi des nageoires rougeâtres. Un individu long de dix-neuf pouces, que nous venons de recevoir de Sicile , a tout le dessus et les côtés d'un rouge tirant à l'orangé; le dessous est plus pâle : il n'y a point de taches à la caudale ; mais la face interne des pectorales est toujours noire, bordée de bleu. A Rome, on nomme ces poissons gallina, selon Rondelet; capone, selon Salvien. Ron- delet dit qu'on les appelle à Marseille cabote. M. Risso assure que leur nom niçard est ga- linetto : c'est bien la galinette de Duhamel (sect.V, p. 1 1 1), et c'est aussi celle de Brâhnich, qu'il a nommée par erreur trigla cuculus. Ce qui a le plus embrouillé la nomencla- ture des trigles, c'est que Willughby a répété trois lois le perlon de la Méditerranée ( §. IV, p. 280, comme corax de Rondelet; §.V, comme hirundo d'Aldroyande ; §. VI, comme lucerna des Vénitiens), tout en avouant que les deux premiers lui paraissent le même, et en disant CHAP. I. TRIGLES. 47 que le troisième ne diffère que par la bifurca- tion de la ligne latérale 5 ce qui, loin detre un caractère d'espèce, a lieu dans tous les trigles. Ajoutez qu'il soupçonnait son lucerna d'être synonyme du milvus de Rondelet, qui est le rouget commun, et qu'il prenait pour ce rouget commun le cuculus de Rondelet, qui est l'or- gue, poisson tout différent. Le petit Perlon a pectorales tachetées. (Trigla pœciloptera, nob.) M. Valenciennes a découvert sur les plages sablonneuses de Dieppe un très-petit perlon, qui porte sur la pectorale, à sa face qui re- garde le corps, une tache d'un noir profond, semée de points d'un blanc de lait, que nous ne retrouvons que dans les perlons des mers de llnde. Il se distingue d'ailleurs du perlon par plu- sieurs caractères importans. Les sous-orbitaires ont le bord finement dentelé , mais beaucoup moins saillant. La crête inférieure du sous-orbitaire et du préopercule saille au contraire davantage; mais les granulations y sont moins pro- noncées : elle se termine par deux petites épines. Sa tête et son dos sont beaucoup mieux armés que dans le grand perlon. Outre les deux petites épines qu'il a en ayant de l'orbite, comme la grande espèce, il en 48 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. a une en arrière; et derrière celle-ci, sur le côlé du crâne, il y en a deux, à la suite l'une de l'autre, fortes, pointues, et relevées en carène tranchante. Sur le bord postérieur du crâne il y en a deux autres assez fortes, et l'on en voit une isolée sur le milieu du museau. Une série d'épines acérées règne le long de la base des deux dorsales. L'os de l'épaule donne également en arrière une forte pointe. La première dorsale est triangulaire, haute de l'avant, et très-basse en arrière. La pectorale égale à peu près le quart de la longueur totale. La caudale est un peu échancrée. D. 9 — 11; A. 15; C. I2j P. 11, et 3 libres; V. 1/5. Le dos est brun rougeâtre, qui devient gris dans l'alcool. Le ventre est argenté : il y a du rouge à la région des ventrales. Le corps et les flancs sont gla- cés d'or et irisés , ce qui rend ce poisson très-bril- lant. Les nageoires dorsales sont rougeàtres : la pre- mière dorsale a du noir à la pointe, et la seconde a dans le milieu une série de taches violettes. La cau- dale est rougeâtre mêlée de violet ou de pourpre foncé. La pectorale est en dehors violette ou bleuâ- tre, et rayée irrégulièrement de rouge-brun : à sa face qui regarde le corps elle est noirâtre ou d'un pour- pre très-brun, et elle y porte sur sa moitié postérieure une grande tache ovale d'un noir très-foncé, sur la- quelle se détachent avec vivacité des points ou des gouttes d'un beau blanc de lait. Ce petit trigle fait un effet très -agréable quand on le voit nager à marée basse dans les flaques d'eau que la mer laisse en se reti- CHAP. I. ÏRIGLES. 49 rant, et il amuse beaucoup les baigneurs. Ou le prend en quantité, par trois ou quatre pieds de profondeur, dans les filets qui servent a pécher des crevettes, avec la petite vive et les petits harengs appelés blanquettes, dont il mange la progéniture. Les pécheurs assurent unanimement que cette espèce ne dépasse pas quatre pouces. Il se pourrait que ce fut le trigle geai {t ré- gla cuculus) décrit récemment par M. Bisso. 1 De quelques Trigles étrangers , voisins du Perlon. Les formes et les détails du perlon, et sur- tout ceux de la petite espèce que nous venons de faire connaître, se reproduisent encore en grande partie dans des trigles de mers éloi- gnées, mais avec quelques petits caractères qui peuvent passer pour spécifiques. 1. Risso, nouvelle édition, p. 4oo. Son trigle corbeau [trigla cuculus, ib., p. 098; Rondelet, t. VII, p. 296) est le perlon de la Méditerranée, cpù me parait aussi le trigla hyrax de Pallas [Zoogr. ross., t. III, p. 235). Je ne pense pas même que le trigla micro- lepidota (Risso, loc cit., p. 399) en diffère beaucoup. 4- 50 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le Perlon de la Nouvelle-Zélande, appelé Ko u mou. ( Trigla kumu, Less. et Garn. 1 ; Trigla papilionacea, Parkins. ) Ainsi, MM. Lesson et Garnoi en ont apporté un de la Nouvelle-Zélande, que l'on prendrait au premier coup d'œil pour notre perlon d'Eu- rope; mais avec plus d'attention on reconnaît que les granulations de sa tète sont plus fines , plus nombreuses, et en même temps mieux prononcées ; qu'il n'y a point d'arête sur le bas du sous-orbitaire, et que celle du bas du préopercule est peu marquée; que les grains du bord du préopercule sont divisés comme en petites îles par des lignes irrégulières, lisses ; enfin , que son corps est plus alongé à pro- portion. La longueur de sa tète est comprise quatre fois et demie dans sa longueur totale. Ses pectorales y sont trois fois et un tiers. D. 9 — 16; A. 16 ; C. 11; P. il, et les 3 libres; V. 1/5. M. Lesson a peint ce poisson sur le vivant. Toute sa partie supérieure est d'un rouge aurore, avec des taches plus rouges ; le dessous est argenté. La face postérieure ou interne des pectorales est d'un vert noirâtre; le bord supérieur, d'un beau bleu clair, l'inférieur rougeâtre : une grande tache d'un noir profond, marquée de quelques petites taches 1. Zoologie du Voyage de la Coquille (Pi. de poissons, n.° 19). CHAP. I. TRÎGLES. ÏS1 blanches et rondes, occupe cette face à l'endroit du septième et du huitième rayon. A l'extérieur la pecto- rale est, comme dans le perlon ordinaire, noirâtre, avec des rayons blancs. Les nageoires du dos et de la queue sont rougeàtres , les ventrales et l'anale blan- châtres. Nos individus ont quinze pouces. Un dessin fait récemment à la Nouvelle-Zélande, sous les yeux de MM. Quoy et Gaymard , nous ap- prend que le revers de la pectorale est quelquefois semé de grandes taches bleues. Le foie du koumou est peu volumineux et pro- fondément divisé en deux lobes, dont le gauche est à peu près double du droit. L'œsophage est large et court. L'estomac est arrondi, peu dilaté; il ne s'étend pas au-delà du tiers de la longueur de l'abdomen. Ses parois sont épaisses, et les plis de sa surface in- terne très-gros. Le pylore s'ouvre à sa partie antérieure ; il est très- large et entouré de six cœcums assez gros , mais peu longs. L'intestin commence par être d'un diamètre assez grand. Arrivé un peu plus loin que l'estomac , il fait un petit coude, et il diminue alors beaucoup de diamètre. Aux deux tiers de la longueur de l'abdo- men, il se plie pour remonter dans la crosse formée par le duodénum et l'estomac; il se replie de nou- veau, se dilate beaucoup et se porte ainsi directement à l'anus. Un peu avant l'anus, il se rétrécit un peu. La vessie natatoire est très-grande, et elle ressemble î)2 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. par sa forme et ses appendices à celle du perlon de nos cotes; mais ses parois sont beaucoup plus minces, d'un tissu fibreux beaucoup plus serré et d'un éclat nacré beaucoup plus vif. Les reins sont assez gros, un peu renflés vers la tète, et se portent jusques auprès de l'anus; car la vessie urinaire est excessivement petite. , Au moment où MM. Lesson et Garnot prirent ce trigle, il était près de frayer; car les ovaires sont pleins d'œufs, dont le poisson n'eût pas tardé à se débarrasser. Dans cet état les ovaires occupent les deux tiers de la cavité abdominale. Son estomac était plein de crevettes et autres pe- tits crustacés. Parki tison avait dessiné cette espèce dès le premier voyage de Cook, et l'avait nommée trigla papilionacea. 11 y en a sous ce nom une belle ligure dans la bibliothèque de Banks. Les habitans de la Nouvelle-Zélande la nom- ment kounwu. Si le trigle décrit sous le (aux nom de cuculus par Scopoli [Délie, faim, insubr., part. III, p. l\G 7 pi. a3) est vraiment d'Am- boine, comme cet auteur le dit, et n'est pas simplement notre perlon, c'est probablement cette espèce-ci ; seulement il y a une faute d'impression dans le texte (Anal. 6 rad. pour îGrad.), qui pourrait dérouter, si la figure ne la corrigeait pas. CHAP. I. TRIGLES. iK> Le Perlon de Péron. {Trigla Peronii, nob.) Feu Pérou avait apporté de la mer des Indes un trigle fort semblable à ce koumou; mais dont le préopercule n'a pas les grains divisés par des lignes lisses, et où ceux de la joue ne sont pas disposés aussi distinctement en rayons. De plus, il y a, comme dans noire perlon commun, une arête transversale au bas du sous-orbitaire et du préoper- cule, marquée par des petits grains un peu plus sail- lans : elle se termine par une petite épine. Il y a aussi une petite épine derrière l'orbite, et le crâne en a des vestiges, mais beaucoup moins prononcés que dans la petite espèce d'Europe. Le dessus du corps, jus- qu'à la hauteur de l'épine scapulaire, paraît brun; le dessous argenté, et sur le milieu de la hauteur de cette partie argentée règne une ligne dorée. Le som- met de la première dorsale est noirâtre. Les pectorales ont à leur revers la tache noire à points blancs qui caractérise les deux espèces précédentes ; mais les points y paraissent moins nombreux. La longueur des pectorales est trois fois et un quart dans la lon- gueur totale. D. 9 — 16; A. 16; C. 11; P. 11, et les 3 libres; V. 1/5. Nos individus n'ont que sept ou huit pouces. M. Reynaud vient de rapporter du Cap un petit individu de cette espèce, long de quatre pouces^ où 54 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. le brun du dos est mêlé de rougeâtre, et où la pec- torale est en dehors marbrée de violet. Le foie du irigla Peronii est assez gros et profon- dément divisé en deux lobes, dont le gauche est beaucoup plus gros que le droit. L'œsophage est court et large, très-peu plissé in- térieurement. L'estomac est globuleux ; ses parois sont •peu épaisses et lisses a l'intérieur. La branche mon- tante, à l'extrémité de laquelle s'ouvre le pylore, est grosse et arrondie. Neuf appendices cœcales , divisées en deux pa- quets, entourent le pylore. Jl y en a cinq a gauche et quatre à droite. Ces cœcums sont gros et assez longs. L'intestin est assez long : il fait quatre replis inégaux avant de se rendre à l'anus. Son diamètre est à peu près égal dans toute la longueur, et les parois en sont minces. La rate est petite, trièdre et située dans la crosse du quatrième repli de l'intestin, presque sous le pylore. La vessie natatoire est peu considérable , divisée assez profondément par en haut en deux cornes pointues, droites, qui ne se recourbent nullement vers l'anus. Ses parois sont argentées, composées de fibres transverses peu serrées entre elles. De chaque côté la vessie a un muscle épais, composé de fibres transverses. Les reins de ce trigle sont très -gros : ils versent leurs sécrétions dans une petite vessie urinaire, placée au-devant d'eux , entre les deux laitances, qui n'étaient pas du tout développées au moment où l'on a pris ce poisson. CHAP. I. TRIGLES. 5i> De petits crabes et de très -petits poissons font Ja nourriture de cette espèce. Le Perlon du Cap. ( Trigla capensis , nob. ) Feu Delalande a apporté du Cap un autre perlon, non moins semblable au nôtre que le koumou, et qui se rapproche de ce dernier par la finesse et le nombre de ses granulations, qui n'a pas non plus d'arête au sous-orbitaire; mais où tous les rayons de ce sous-orbitaire se rendent d'avant en arrière en divergeant fort peu. La grande tache noire, marquée de points blancs, n'existe pas au revers de ses pec- torales. D. 9 — 16 ; C. 11 ; A. 16 ; P. 11 , et 3 libres ; V. 1/5. L'espèce égale au moins le perlon pour la taille. Nos individus ont vingt pouces. La Lyre, ou Perlon a grandes épines OPERCULAIRES ET CLAVICULAIRES. {Trigla lyra> Linn.) Le trigle lyre est de toutes les espèces du sous-genre la mieux déterminée et la plus facile à reconnaître à des caractères certains , tirés de la force de l'armure de sa fosse dorsale, de ses épines operculaires et claviculaires, et de celle de son humerai. 56 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. C'est Rondelet qui lui a imposé ce nom de lyre, et fort arbitrairement, ainsi que nous l'avons vu en traitant de l'ancienne nomen- clature des trigles; car il n'est dit autre chose du poisson lyre, sinon qu'il rendait un son 1 ; ce qui est commun à tous les trigles ; mais Rondelet s'est déterminé pour celui-ci, parce quil trouvait quelque ressemblance entre les proéminences de son museau et les cornes d'une lyre. Rondelet a du moins l'honneur d'avoir pu- blié de ce poisson (p. 298) une figure bien ca- ractérisée. Salvien , qui le nomme cuculus, plus arbitrairement encore que Rondelet ne l'avait appelé lyra, en donne aussi une très-bonne figure (fol. 190). Duhamel en a une passable (sect. V, pi. 8 , fig. 1 ). On ne peut pas non plus se tromper sur celle de Pennant [Zool. brit., t. III, pi. i4); enfin, il y en a une excellente dans Bloch (pi. 35o), en sorte que l'espèce en est parfaitement fixée. Quant aux noms vulgaires qu'on lui attribue , il n'en est peut-être aucun qui lui soit abso- lument propre. Selon M. de Martens, il s'ap- pelle à Venise turcliello et succlietto. Rondelet dit qu'on l'appelle en Languedoc gronau ou 1. Aristote, Hist. an., 1. IV, c. 9. CHAP. I. TRÏGLES. 57 grougnaut, et en Ligurie organo. Il ajoute qu'en France il porte aussi le nom de rouget, et dans les Pays-Bas celui de seehahn , c'est- à-dire coq de mer; mais tous ces noms sont plus ou moins génériques, et on les emploie aussi pour d'autres espèces. Il en est proba- blement de même de ceux de pesce capone, qu'on lui donne à Rome, selon Salvien, et de cocco ou coucou, que le même auteur assure le désigner en Sicile. Il dit qu'on l'ap- pelle galline à Marseille , et M. Risso le dit aussi pour Mce; mais Rondelet prétend que c'est la morrude qu'on y nomme de cette ma- nière , et je crois volontiers qu'on y donne en effet ce nom à tous les deux, et peut-être à d'autres espèces encore, d'autant qu'il est certain qu'à Ivica c'est au rouget commun qu'il appartient. J'en dis autant du nom deperlon, usité en Saintonge. Ces nomenclatures popu- laires, on ne saurait trop le répéter, n'ont ja- mais rien de bien lixe , et elles tromperont sans cesse ceux qui voudront s'en appuyer. Quant au nom de bourreau, que ce poisson porterait à Saint-Jean-de-Luz, selon Duhamel, il est si extraordinaire qu'il n'a pas dû se re- produire en beaucoup de lieux; peut-être n'est- il qu'une corruption du nom espagnol juriola, que la lyre porte à Iviça, selon M. de Laroche. 58 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Son nom anglais n'est pas douteux : on le nomme piper dans le pays de Cornouailles, au rapport de Ray , qui joint à cette assertion une bonne description de l'espèce. Cette énumération prouve déjà que la lyre est répandue dans l'Océan comme dans la Méditerranée. Cependant c'est dans cette der- nière mer qu'elle est plus abondante : on l'y prend partout. M. Biberon nous en a apporté de beaux échantillons de Sicile. M. Risso dit qu'à Nice c'est aux mois de Juin, de Juillet et de Décembre qu'on en a le plus. Si l'on en apporte à Paris, c'est bien rarement. Il s'en prend néanmoins quelques-unes sur les côtes de la Basse-Normandie, et j'en ai vu à Caen. Au rapport de Pennant, il y en aurait beaucoup le long des côtes occidentales de l'Angleterre, et pendant toute l'année, et on l'y regarderait comme un excellent poisson; mais M. Donovan affirme, au contraire, qu'elle y est très-rare, et qu'il n'a pu s'y en procurer une seule. 1 Sa tête est très- grosse- sa queue diminue gra- duellement et devient fort mince près de la caudale. Sa hauteur à la nuque n'est qu'un peu plus de cinq fois dans la longueur totale, et la longueur de la 1. Donovan, Brit.fish, t.V, pi. 118. CHAP. I. TRIGLES. 69 tête n'y est que quatre fois. Artedi lui a donné pour caractère le bord un peu plus relevé de l'orifice an- térieur de ses narines (naribus tubulosis) ; mais elle en a de bien plus apparens, et celui-là même lui est commun avec beaucoup d'autres espèces. Les lobes du museau sont plus avancés, et l'échancrure qui les sépare plus profonde, que dans les autres tri- gles de ce sous-genre, sans l'être toutefois, à beau- coup près, autant qu'au malarmat. Chaque lobe a son bord divisé en douze ou quinze dents , dont les mitoyennes sont longues et pointues. Dans de grands individus de la Méditerranée les dents latérales s'ef- façaient, et l'on n'en comptait que six ou sept. Tou- tes les parties de la tête sont finement granulées , et du point d'où divergent les rayons de la joue part une arête horizontale, qui traverse aussi le bas du préopercule, et se termine à son angle par une très- courte pointe. Il n'y a qu'une épine assez forte à l'angle anté- rieur de l'orbite. Dans certains individus on en voit une petite derrière son angle postérieur , une à l'ar- rière de la tempe, et entre les deux des tempes il y en a deux au bord de l'occiput; mais dans d'autres, qui sont probablement des femelles, tous ces petits aiguillons manquent. L'épine du surscapulaire et la grande de l'opercule sont déjà plus longues et plus aiguës qu'aux autres espèces ; mais celle qui est le plus caractéristique delà lyre pour la longueur, c'est celle de l'huméral , qui est énorme , et se prolonge en avant sur l'os même en une arête qui s'étend jusqu'à sa base : mesuré jusqu'à la pointe de celte 60 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. épine, l'os humerai égale la moitié de la longueur de la tête, et au-delà. Ce poisson a de très-grandes pectorales; elles ont presque le tiers de la longueur totale, et dépassent d'un tiers les ventrales. Les rayons de la première dorsale sont fort tranchans, un peu arqués et lisses, excepté le premier et le second , dont le bord anté- rieur parait dentelé, mais au doigt plus qu'à l'œil; elle n'est pas pointue, parce que le deuxième et le troisième rayon sont égaux, et que le quatrième leur cède peu. Il y en a neuf au total. Les autres nageoires sont comme dans le reste du genre. D. 9 — 16 ou 17 ; A. 16 ou 11 : C. 11 ; P. 14, et les 3 libres; V. 1/5. C'est de toutes les espèces du genre celle où la fosse dorsale est le mieux armée. Les écailles qui la garnissent forment chacune une épine tran- chante un peu crochue et très -pointue. Les trois ou quatre premières sont plus petites et ont seules quelquefois leurs crêtes dentelées , mais pas tou- jours. On» en compte vingt-cinq de chaque côté. La ligne latérale n'a au contraire aucune armure, et ne se marque que par une suite de légères élevures cylindriques. A son origine elle descend d'abord un peu en ligne concave, avant de prendre sa direction droite : ses bifurcations sur la caudale sont très- minces. Les autres écailles sont petites, ovales, ciliées à leur bord extérieur par trois ou quatre petites pointes seulement, pointillées sur le reste de leur partie visible : leur racine n'est pas coupée car- CHAP. I. TRTGLES. 61 rément , mais termine l'ovale , et a quatre ou cinq crénelures et autant de rayons à l'éventail. Nous en avons des individus de quinze et dix-huit pouces, et M. Risso assure qu'il y en a de deux pieds; Pennant le dit également. Le poids d'un individu qui approchait de cette taille était de trois livres et demie. Tous les auteurs s'accordent à décrire ce poisson comme d'un beau rouge en dessus, blanc argenté en dessous, plus ou moins doré ou jaunâtre à la tête. Un dessin de M. Risso nous représente toutes les nageoires rouges , excepté les ventrales, qui sont d'un blanc bleuâtre , et l'anale , qui a ses rayons de cette couleur. Nous venons d'en recevoir de Sicile de très- bien conservés, qui sont en eniier, les nageoires comprises, d'un beau rouge-clair tirant au rose, plus pâle en dessous, glacé d'argent sur la tête et aux os de l'épaule. On voit deux ou trois bandes étroites brunes dans l'intervalle des rayons mitoyens de la pectorale. Les ventrales ont leur membrane blanchâtre. M. Péraudot vient de nous en donner un de Corse , qui est aussi d'un beau rouge carmin sur tout le corps. Les pectorales sont plus foncées, et le dessus du crâne est plus pâle que le reste. La lyre a une vésicule aérienne ovale , rétrécie et pointue en avant, élargie en arrière et non divisée. Son squelette a douze vertèbres abdominales et vingt et une caudales. Les sept dernières vertèbres 62 M VUE IV. JOUES CUIRASSÉES. abdominales ont la face inférieure élargie et un peu concave; elle prend même dans les trois dernières la forme d'un disque ovale. Le Grondin proprement dit, ou Grondin gris, autrement Gornaud ou Gurnard ; Grey-Gurnard des Anglais. ( Trigla gurnardus , Linn.) ' Ce trigle prend plus spécialement sur nos marchés de Paris le nom de grondin , proba- blement parce que les trigles à stries laté- rales y sont suffisamment distingués par celui de rouget y et peut-être aussi parce que le murmure qu'il fait entendre est plus fort ou plus souvent répété. C'est le grey-gurnard des Anglais et le trigla gurnardus de Lin- nœus. Il habite l'Océan tout le long des côtes de l'Europe jusqu'en Norwége, et il y en a aussi dans la Méditerranée, qui ne diffèrent par rien d'important de ceux de l'Océan. On peut douter cependant que l'espèce ait été connue de Rondelet et de Salvien; mais Bélon 1. The grey-gurnard, AVill., p. 279, pi. S, 2; Idem, Pennanl , Brit. zool, t. III, pi. 54; et Donovan, Brlt. fish, t. II, pi. 5o. Coristion, etc., Klein, Miss., t. IV, pi. ii\, %. 2 ; le bellicant , Duhamel, sect. V, pi. 9, %. 1 ; le gurneau , Bloch, pi. 58; la tumbe de: Rouennais, Duhamel, etc. CHAP. I. TRIGLES. 65 en parle. Willughhy en a donné une très-bonne description, et Klein l'a très-bien représentée. Ce grondin gris ou gurnard est plus alongé et a Je museau moins vertical que la plupart des autres trigles. Sa hauteur aux pectorales est six fois et plus dans sa longueur totale. La longueur de sa tète y est quatre fois ; son front se courbe légèrement, et son museau fait un angle très-obtus avec son crâne, qui n'est pas beaucoup rétréci , ni enfoncé entre les yeux. L'échancrure entre ses deux sous-orbitaires est très-peu considérable, et chacun de leurs lobes se divise en trois ou quatre dentelures bien mar- quées. Toutes les pièces de sa tête sont granulées, ainsi que son épaule. Il y a deux épines au-dessus de son orbite en avant. La pointe latérale de son crâne est large, médiocrement longue et sans den- telure ; elle ne dépasse pas le lobe membraneux supérieur de l'opercule. Le préopercule a une épine courte sous l'angle inférieur de l'opercule , suivie d'une autre, et quelquefois de deux ou trois dente- lures, puis d'une échancrure arrondie, que suivent encore deux ou trois dentelures. L'opercule osseux a sa seconde épine très -pointue, forte, granuleuse, et faisant à peu près moitié de la longueur de cet os. L'os humerai est granulé, ovale, et a une épine forte et pointue, granulée, un peu moins longue que le reste de l'os. La pectorale ne fait pas tout-à-fait le quart de la longueur; elle est plus courte que la tête. Les trois rayons libres vont en diminuant, de manière que le troisième n'a que moitié de la Ion- G4 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. gueur de la nageoire. Les ventrales sont aussi longues que les pectorales. Leur épine est d'un tiers moindre que les deuxième et troisième rayons. Tout le corps est couvert de très-petites écailles ovales, lisses, et qu'on sent à peine avec le doigt; mais la ligne laté- rale en a une rangée de plus larges, rondes aussi, et dont chacune a au milieu une petite crête iné- gale. Le sillon dorsal n'est garni latéralement que par de petites crêtes très-peu saillantes, légèrement granulées et nullement épineuses. Les épines de la première dorsale sont fortes, surtout les trois pre- mières ; la seconde est la plus longue, et surpasse la hauteur du corps sous elle : les quatre ou cinq pre- mières sont granulées sur toutes leurs faces. D.8 — 20; A. 20; C. 11: P. 10 — 3: V. 1/5. Ce poisson a la tête et le dessus du corps d'un brun ou d'un cendré foncé, nettement distingué du blanc de la gorge et de toute la partie inférieure. La ligne latérale divise le brun en deux parties par une raie blanche, et il y a de plus partout sur ce brun, dans la plupart des individus, de petites taches irrégulières blanches, assez serrées, qui quelquefois sont fort affaiblies, dont certaines sont entourées, dans quelques individus, dune tache noire, qui les rend ocellées : elles paraissent varier encore de plu- sieurs autres manières. La première dorsale est brune, tachetée de blanc comme le corps, et a , vers le bord . une partie plus noire, souvent même une tache noire prononcée , entre la troisième et la cinquième épine. La seconde dorsale est transparente, et ses rayons ont CHAP. I. TRIGLES. C>i> des bandes transverses brunes. La pectorale est grise, et même noire à sa face postérieure, avec quelques points blancs ; vers le bord inférieur elle devient transparente : les rayons à la face antérieure ou ex- terne sont blancs. Les ventrales et l'anale sont blan- châtres ou gris pâle. La caudale est brunâtre. Mais il faut remarquer que ces couleurs sont sujettes à beaucoup de variations; que Ion voit non -seule- ment des individus gris, sans taches, mais qu'il y en a beaucoup aussi de rougeâtres et de rouges ; que souvent, dans le même marché, il n'y en a pas deux qui se ressemblent entièrement par les teintes. Cette description des couleurs est prise de grondins venus de Normandie, de Picardie, de Hollande et de Norwége, et laite en partie sur les marches de Paris, en partie sur ceux d'Abbeville, de Dieppe, d'Amsterdam; mais, quelle que soit la couleur des individus, les détails de toutes leurs parties sont les mêmes. Nous avons aussi des grondins venus de Marseille, de Toulon et de Nice, qui ressem- blent à ceux de l'Océan par les formes et par les couleurs, et dont quelques-uns ont seule- ment les premières épines dorsales un peu moins fortement granulées. La chair du grondin gris est de beaucoup inférieure à celle du vrai rouget, et comme cotonneuse : aussi leur prix est-il très-différent sur les marchés. 4. 5 66 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Cependant le grondin est généralement plus grand que le rouget; il n'est pas rare d'en voir de vingt pouces, et il y en a de deux pieds. Le grondin a le foie petit, assez profondément di- visé. Le lobe gauche est terminé par un lobule très- pointu. L'estomac est très-grand, triangulaire, aplati en dessus; ses parois sont minces, sans aucun pli en dedans; la branche montante est courte , mais grosse. Il y a sept appendices cœcales, dont quatre à gauche. Le duodénum a le diamètre plus grand que le reste de l'intestin : il se plie avant d'avoir dépassé la pointe de l'estomac; il se replie bientôt après pour se rendre directement à l'anus. La rate est alongée, trièdre, pla- cée entre l'estomac et le second repli de l'intestin. La vessie aérienne est grande et semblable à celle du trigla pini. Les ovaires sont très- grands. Les reins sont fort épais auprès de l'anus, dont ils sont très-voisins, la vessie urinaire étant excessive- ment courte. J'ai trouvé dans l'estomac un petit poulpe. Le squelette du gurnard a quatorze vertèbres ab- dominales et vingt- quatre caudales. Les neuvième, dixième et onzième abdominales sont un peu aplaties en dessous. CITAP. I. TPJGLES. 07 Le Grondin rouge, appelé aussi par quelques-uns Rouget. (Trigla cuculus, BI., pi. 5g.) 1 Indépendamment des vrais gurnards, pins ou moins rouges, dont nous venons de parler, il existe , tant dans l'Océan que dans la Mé- diterranée , une espèce très-voisine , constam- ment rouge, à tache noire de la dorsale bien terminée, que Ton a aussi nommée rouget , mais qui diffère du rouget commun de Paris parce que sa ligne latérale est épineuse et sans stries \ verticales, et du grondin gris, parce que les épines de la dorsale ne sont pas granulées, ni les arêtes de la fossette du dos crénelées. Elle n'a pas été décrite distinctement parles ichtyologistes du seizième siècle; mais|Bloch, Pennant et Klein l'ont représentée avec assez d'exactitude. Pennant etBloch prennent ce poisson pour le trigla cuculus de Lmnaeus et d Artedi; mais ils se trompent évidemment, puisque, selon ces derniers auteurs, le cuculus n'a point d'ar- mure à la ligne latérale , et que les gurnards 1. Corisiion, etc., Klein, Miss., t. IV, pi. i4, fig- 4; Red gur- nard, Pennant, Zool. brit., t. III, pi. S-j , fig. 1 ; Trigla hirundo, Briinnich , p. 77. 08 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. rouges, comme les gris, ont cette ligne revêtue d écailles dures et carénées, à moins toutefois que Linnœus n'ait (ait pour son cuculus une faute inverse de celle qu'il a faite pour sou hirundo , auquel il donne une ligne latérale épineuse, tandis qu'il l'a lisse. Quoi quil en soit, c'est du trigla cuculus de Bloch qu'il s'agit dans cet article. La ressemblance de ces gurnards rouges avec les gris est très-grande, et il faut beaucoup d'at- tention pour y trouver des caractères distinc- tifs qui dépendent de la forme. La couleur seule servirait peu, car dans l'espèce du gur- nard gris il y a beaucoup d individus plus ou moins rouges. Leur tête est la même, ses granulations sont sem- blables- les dentelures des lobes de leur museau sont tout aussi distinctes, et les pointes de leurs pièces operculaires et de leur épaule tout aussi aiguës ; mais les trois premières épines de leur dorsale n'ont pas, comme dans le gurnard gris, les cotés granulés ou chagrinés : on ne voit qu'une dentelure à peine perceptible sur le tranchant antérieur des deux pre- mières. Les crêtes des écailles qui garnissent leur fossette dorsale sont entières et sans crénelures, et se terminent chacune par une simple pointe. Celles des écailles de leur ligne latérale ne sont pas non plus crénelées comme dans les gurnards gris, mais ont deux à trois dents de scie, dont une est plus CHAP. I. TRIGLES. 69 saillante et plus aiguë que les autres. Tout le reste est parfaitement conformé de même dans les deux espèces. D. 8 — 18 ou 19; A. 17; C. 11; P. 11, et 3 libres; V. 1/5. Le dessus du corps est d'un beau rouge, le des- sous d'un blanc argenté : la ligne latérale forme une raie blanche dans le milieu du rouge : les nageoires sont transparentes , à rayons rouges ou orangés. Une tache noire bien terminée occupe l'intervalle entre le troisième et le cinquième ou le sixième rayon. Cette espèce vit dans l'Océan et dans la Méditerranée. Adanson en avait depuis long- temps donné au Cabinet du Roi un individu venu de Ténériffe : elle nous a été envoyée de Boulogne par M. Pichon. Nous lavons recueillie nous-mêmes à Marseille, d'où elle nous a été aussi envoyée par M. Roux, et M. Savigny nous en a apporté de Naples. Pallas la dit rare au nord de la mer Noire, si toutefois son espèce est, comme il le croit, la même que celle de Bloch, ce dont sa phrase : Pectorales maxi- mce , pulchenime coloratœ 1 , pourrait faire douter. Bloch ne dit pas d'où il avait reçu son indi- vidu. Sa figure en représente bien l'ensemble, quoiqu'elle soit peu exacte pour les détails et 1. Zoogr. ross., t. III , p. 23:*. 70 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. multiplie beaucoup trop les écailles de la fos- sette dorsale et de la ligne latérale, en même temps quelle donne des dentelures trop mar- quées au troisième et au quatrième aiguillon du dos, et quelle marque deux de ces aiguil- lons de plus que nous n'en avons compté. Il était naturel que la couleur de ce poisson le fit prendre pour le rouget ; mais il est bien différent de ceux que l'on nomme communé- ment rougets à Paris, et qui sont, ainsi que nous lavons vu, le trigla pini et le trigla li- neata. Il est même très-rare sur nos marchés. Indépendamment de l'absence des stries laté- rales, il se distingue aisément des deux autres rougets, parce que les dentelures de son mu- seau sont beaucoup plus marquées. Il est im- possible cependant de savoir lequel des deux est le rotcliet , red gurnard ou cuculus de "Willughby, et l'insuffisance de sa description ? en laissant les naturalistes dans l'embarras, a beaucoup contribué à embrouiller toute cette nomenclature des trigles. M.Risso, qui a bien décrit ce gurnard rouge, dit qu'à INice il se nomme grano : c'est pro- bablement une corruption du provençal gor- naud. C'est bien certainement le trigla hirundo de Briinnich, tandis que le trigla cuculus de ce naturaliste danois est le véritable trigla CHAP. I. TRIGLES. 7\ hirundo; mais il avait été induit en erreur par la phrase de Linngeus qui dit de Xhiruncîo : Linea laterali aculeata; et, comme nous la- vons déjà fait remarquer, Linnœus a proba- blement écrit cette phrase d'après l'espèce ac- tuelle ou la précédente : c'est dans le deuxième tome du Musée d'Adolphe -Frédéric (p. g3) qu'il l'a écrite d'abord , et sur un individu qu'il croyait des Indes. Ce grondin rouge a le foie plus gros qu'aucun autre trigle. Le lobe gauche est presque situé en travers de l'abdomen • il recouvre tous les viscères; sa niasse est divisée en plusieurs petits lobules : le lobe droit est petit et situé dans le haut de l'ab- domen, en sorte qu'on ne le voit pas en ouvrant le ventre du poisson. L'estomac est petit, en triangle scalène, dont le plus grand côté regarde la colonne vertébrale, et dont le plus petit est formé par la branche qui donne au pylore : il y a cinq cœcums, dont trois du côté gauche; ils sont très-longs et très-gros. La rate est excessivement petite , ainsi que les reins. La vessie natatoire est très-petite, de forme ovale, très-faiblement échancrée sur la partie antérieure. Je trouve à ces grondins rouges treize vertèbres abdominales et vingt-quatre caudales. Leur squelette ressemble en général à celui du grondin commun ou gurnard, 72 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. L'Orgue, Organo, Morrude, etc., ou Grondin a première dorsale filamenteuse. {Trigla lucerna, Brùnn.) 1 La Méditerranée produit un trigle que Ron- delet a confondu avec le rouget de l'Océan, niais qui a des caractères particuliers et très- reconnaissables dans le prolongement en filets de la seconde épine de sa première dorsale, et dans les écailles larges et en forme de reins qui garnissent sa ligne latérale. Les successeurs de Rondelet ayant, à son exemple, méconnu ces différences , il en est résulté que Linnaeus , recevant ce poisson de la Méditerranée, l'a pris pourune espèce nouvelle, quila indiquée dans la seconde partie de son Musœum prin- cipis, et qu'il a nommée trigla obscurci, mais qu'il a oubliée dans sa douzième édition, et que Schneider seul a reprise dans le Système de Bloch (p. 16). Biimnich et M. Risso , le trouvant, lun à Marseille, l'autre à Nice, l'ont cru le trigla lucerna y mais c'est bien certai- 1. Cuculus , Ronde). , p. 227 ; Trigla obscura, Blorh , édit. de Schn., p. 16, n.° i5, d'après Linrircus, Mus. Ad. Fr. , t. II, p. 94? Trigla lucerna, Briinnich, Vise, mass., p. 76; Trigle milan et trigla lucerna, L. , Risso, 1 . rc édit. , p. 209 ; Trigla milvus, idem, 2. e édit.j p. 5g5j Trigla filaris , Otto, Conspeci.. p. 7 et 8. CHAP. I. TRIGLES. 73 nement une espèce distincte, que Rondelet seul jusqu'à présent avait représentée. On la trouve dans toute la Méditerranée. M. Risso nous l'a adressée de Nice; M. Savigny en a rapporté plusieurs de Naples, et nous en devons deux échantillons à M. le docteur Leach, qui les avait reçus de Malte. En les confrontant avec la figure de Rondelet et avec la descrip- tion de Brùnnich, il ne nous est resté aucun doute sur leur synonymie. C'est donc le trigla lucerna de Brùnnicîi et de Risso que nous allons décrire, mais non le trigla lucerna de Linnams, qui n'est qu'une espèce factice, établie, comme nous l'avons vu, par Artedi, d'après une indication fautive de Willughby, et sur une confusion du milvus de Rondelet, qui paraît notre rouget commun , avec le cuculus de Salvien , qui est la lyre. Ce n'est surtout pas le lucerna de Pline, qui, ainsi que nous lavons dit, n'a été considéré comme un trigle que par une erreur de ponc- tuation. Rondelet avait déjà préparé cette confusion d'espèces, en appliquant à ce trigle des noms qui, sur l'Océan, appartiennent à d'autres, tels que ceux de perlon et de rouget, ou des noms de la Méditerranée, mais d'un sens générique, tels que ceux de galline, de rondelle et de 74 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. coucou. Peut-être même celui (Yorgano, qu'il dit lui être donné sur l'Adriatique, et celui de morrude, qu'il prétend le désigner à Mont- pellier, n'ont-ils pas une acception aussi pré- cise qu'il semble l'annoncer. Le premier du moins désigne la lyre dans plusieurs des ports de l'Italie. Quoi qu'il en soit, M. Risso décrit celui dont nous allons parler sous le nom d'orghe, qu'il porte, dit-il, à Nice, et Brùnnicli , qui le décrit aussi très -bien, se demande si ce n'est pas la brigotte ou la cabotte des Mar- seillais. Peut-être est-ce en effet la cabotte de Duhamel; mais qui éclaircira jamais les confu- sions sans nombre de la nomenclature popu- laire ? A tous ces noms M. Otto vient encore d'en ajouter un. Sou triglafdaris n 'est bien certai- nemen t pas autre chose que l'orghe de M. Risso. Ce poisson est grêle comme le gurnard. Sa hau- teur à la nuque est six fois dans sa longueur. La longueur de sa tête y est quatre fois et demie. La forme de sa tête est à peu près comme celle du rouget commun, et il lui ressemble aussi beaucoup par ses granulations ; mais les lobes de son museau n'ont qu'une seule petite pointe marquante et une plus petite en dedans , cachée sous la peau. A l'angle antérieur supérieur de l'orbite sont trois dentelures. Les pointes du bas de son préopercule, celles de son opercule et de son épaule, sont moins aiguës et CI1AP. I. TRIGLES. 75 moins saillantes qu'au rouget. La longueur de ses pectorales est quatre fois un quart dans sa longueur totale. Les épines de la première dorsale sont grêles et plus longues que dans la plupart des espèces. La seconde en rang se prolonge en un filament qui dépasse le tiers de la longueur totale du poisson. La caudale a son bord légèrement arqué et ses deux angles un peu saillans en pointe, comme dans la plupart des espèces voisines. Les écailles sont petites, deux fois plus longues que larges, et lisses au toucher. A la loupe on y voit de très-fines stries concentriques au bord. L'é- ventail de la racine n'a que quatre ou cinq rayons et des crénelures à proportion. Celles de la ligne latérale sont très-différentes des autres ; deux fois plus hautes que longues (leur hau- teur fait près du quart de celle du corps), elles ont au milieu un léger sinus rentrant, et sont fortement striées en éventail sur leurs bords. Il y en a soixante- dix de chaque coté. Entre deux d'entre elles il y a toujours deux petites écailles ordinaires, placées l'une au-dessus de l'autre ; et l'on peut voir dans cette dis- position quelque chose d'analogue aux plis et aux pe- tites lames que nous avons décrites dans nos deux premières espèces. Celles qui garnissent la fossette des nageoires dorsales n'ont qu'une crête simple, terminée en arrière par une petite pointe peu sail- lante. H y en a vingt -sept de chaque côté. B. 1 ; D. 10 — 13; C. il ; P. 11, et 3 libres; V. 1/5. Nous n'avons observé ce poisson que dans la li- 76 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. queur : mais, d'après un dessin de M. Risso, nous voyons qu'il est rougeâire en dessus, blanc en des- sous, el que sa ligne latérale forme une bande argen- tée; que sa caudale est rouge vers son bord, plus brune vers sa pointe; ses pectorales, d'un gris bleuâ- tre à leur face extérieure, et ses autres nageoires, transparentes, à rayons rougeâtres ou orangés. M. Risso dit cependant dans son texte que ses pectorales sont rouges et semées de taches jaunes el bleues. Rondelet dit que ses ventrales sont blanches et son palais jaune. Cette dernière circonstance est confirmée par M. Risso , qui ajoute que les yeux sont d'un rubis nacré. La morrude a le foie court , mais assez épais : ses deux lobes sont presque égaux; ils cachent entre eux l'estomac, qui est petit et pointu. Le pylore a huit cœcums, divisés en deux paquets égaux. L'in- testin fait deux replis, dont le premier est assez près de la pointe postérieure de l'estomac. La vessie natatoire est grande, à parois minces, argentées ; elle est ovale, un peu déprimée en avant. M. Risso nous a envoyé un individu péché à Nice, dont la vessie est de même forme ; mais elle parait avoir des parois plus épaisses et à fibres plus lâches. Le squelette de cette morrude a douze vertèbres abdominales et vingt- trois caudales. Lespèce demeure peiile; elle ne passe guère huit pouces. Elle parait au mois de Mars sui- tes côtes de Provence et de Ligurie. Sa chair est ferme, comme celle du rouget. CHAP. I. TRIGLES. 77 Selon Rondelet, son cri, quand on la tire de l'eau, est cou, et c'est ce qui l'a déterminé à la regarder comme le cuculus des anciens. Notre individu, péché à Naples au mois de Juin par M. Savigny, avait ses ovaires remplis d'ceufs très- gros. C'est donc vers cette époque que fraie cette espèce. Le Tri g le rude, ou Cavillone. (Trigla aspera, Yiviani.) 1 Rondelet, qui a si bien connu les poissons de la Méditerranée , en représente un (p. 296) sous le nom de mullus asper, qu'il dit s'appeler à Montpellier cavillone, de caville, mot lan- guedocien équivalant à cheville, et qui se distingue des autres espèces par des écailles bien plus grandes, imbriquées, obliques et âpres à leurs bords. Sa figure est bonne ; mais le dessinateur a oublié un des rayons libres , placés sous sa pectorale, ce qui a engagé M. de Lacépède à placer ce trigle dans une section particulière , qui aurait les rayons en nom- bre moindre de trois ; mais il y en a trois en effet, et même aucun trigle proprement dit n'en a ni plus ni moins à notre connaissance. 1. Mullus asper, Rondelet, p. 296; Trigle cavillone, Lacép., t. 1U, p. 566 ; Risso, 2. e édit., p. 396. 78 LIVRE IV. JOUÉS CUIRASSÉES. Aucun auteur n'a décrit d'ailleurs le trigle rude depuis Rondelet, et c'est M. Viviani , savant professeur d'histoire naturelle en l'université de Gènes, qui nous a le premier rendus atten- tifs à son existence. Depuis lors M. Savigny nous en a apporté de Naples , et M. Leach nous en a donné qu'il avait reçus de Malte. M. Risso vient seulement de l'insérer dans sa deuxième édition (p. 396). Sa taille ne va guère au-delà de quatre pouces, son museau est presque aussi court, et son profil presque aussi vertical que dans le trigle rayé ou rouget camard ; mais l'intervalle de ses yeux est plus concave. L'échancrure entre les lobes de son museau est peu profonde : la troisième dent de chaque lobe est saillante et pointue , et plus en dehors il y en a qui ressemblent à de petits cils plus qu'à des dents. Les granulations de la tête sont fines et ser- rées , mais grêles et pointues , presque comme les dents que nous appelons en velours. Il y a deux épines à l'angle supérieur antérieur de l'orbite , et une au postérieur ; mais immédiatement derrière celle-ci est une échaherure transversale et profonde, qui à elle seule distinguerait celte espèce des précé- dentes. Il y a ensuite une épine à chaque tempe. Celle du bas du préopercule est petite et non pré- cédée dune arête. L'opercule en a une très-aiguë; mais peu alongée. Le surscapulaire en a une très- pointue, et son bord interne est linement mais très- CHAP. I. TPJGLES. 79 sensiblement dentelé. L'huméral est velouté comme la tête, et terminé par une épine irès-aiguë et assez longue. Les épines qui garnissent la fossette dorsale sont tranchantes, crochues et pointues, comme dans la lyre. Il y en a vingt-cinq de chaque côté, dont les deux ou trois premières ont seules la crête dentelée. Les écailles sont plus grandes qu'à aucun autre trigle, obliques, plus larges que longues, fortement dente- lées ou ciliées au bord externe, tronquées à la racine, et divisées en sept crénelures alternativement plus larges et plus étroites. On n'en compte que soixante sur une ligne longitudinale, et treize ou quatorze sur une verticale, à l'endroit des pectorales. La ligne la- térale ne se distingue que par de légères élevures non contigués sur les écailles qui lui appartiennent. La première dorsale a neuf épines assez grêles, dont les deux premières ont le bord antérieur dentelé en scie : la deuxième et la troisième sont les plus lon- gues, et égalent à peu près le corps en hauteur. La longueur des pectorales est comprise trois fois et un tiers dans la longueur totale ; elles dépassent un peu les ventrales. Le dessinateur de Rondelet ayant repré- senté la caudale un peu ramassée, M. de Lacépède l'a crue de forme lancéolée; mais elle a, comme dans toutes les autres espèces, son bord légèrement con- cave, et les deux angles un peu proéminens. D. 9 — 16; A. 15; C. 11; P. 11 et 3 ; V. 1/5. Ce joli petit poisson est d'un beau rouge; et c'est ce qui a déterminé Rondelet à en faire un mulie. ' 80 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le lobe gauche du foie est fort gros, et d'un vo- lume au moins triple du lobe droit. L'estomac est petit , sa branche montante est aussi grande et pres- que aussi longue que l'œsophage. Le pylore est en- touré de six cœcums, dépassant en arrière la pointe de l'estomac. L'intestin fait deux replis égaux , son diamètre est médiocre. Les ovaires , au mois de Novembre , sont vides. La vessie est de movenne grandeur , ovale , poin- tue en arrière. Sur le haut de sa face inférieure elle porte un petit sillon ; mais elle n'est ni divisée ni bifurquée. Les reins sont petits antérieurement , et très-gros près de l'anus. Le squelette a onze vertèbres abdominales et dix- neuf caudales. L'oubli où l'ont laissé tous les autres ich- tyologistes prouve qu'il n'est ni très-utile ni très-remarque. De quelques Trigles étrangers, voisins de la Cavillone. La Cavillone papillon. ( Trigla papilio } nob.) Feu Péron avait rapporté de son voyage dans la mer des Indes un petit trigle assez semblable pour les formes à la cavillone, mais CHAP. I. TRIGLES. 81 remarquable par la tache noire, entourée d'un iris blanc, qui distingue sa première dorsale. Sa tête est exactement celle de la cavillone , et a la même incision derrière l'orbite; mais l'épine cla- viculaire est plus courte. Les écailles du corps sont petites et d'une forme singulière, terminées à leur bout extérieur par deux petites pointes, échancrées au milieu de chaque côté, élargies en arrière, et crénelées de quatre ou cinq crénelures. Les épines tranchantes qui bordent la fossette du dos sont aussi fortes à proportion que dans la lyre : il y en a de chaque côté vingt-deux, dont les trois pre- mières sont moins hautes et crénelées. La ligne latérale n'est pas moins bien armée que le dos : ses écailles, plus larges que longues, carénées, ont le bord dentelé, de chaque côté, de deux petites dents, et la crête relevée d'une épine comprimée , dirigée en arrière, sous laquelle en sort obliquement une ou quelquefois deux plus petites. On en compte de chaque côté cinquante-cinq. Sous leurs carènes est le canal des tubes de la ligne. La pectorale est com- prise trois fois et demie dans la longueur du corps; elle dépasse très-peu les ventrales. La première dor- sale est arrondie, parce que ses troisième, quatrième et cinquième rayons sont les plus longs, et que les autres diminuent lentement : elle est d'un tiers moins haute que le corps ; ses rayons sont compri- més, pointus: les quatre premiers sont remarquables parce que leur tiers inférieur est plus gros, et que leur partie supérieure fait un angle avec cette base renflée , comme si elle était un peu brisée. Les deux 4. 6 82 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. premiers sont en outre sensiblement dentelés en scie. D. 9-14; A. 14; C. 11; P. 11 et 3; V. 1/5. Ce poisson a près de cinq pouces. Dans la liqueur il paraît en dessus d'un gris-brun pâle, en dessous d'un blanc jaunâtre. La première dorsale a vers son bord, entre son quatrième et son septième rayon , une - large tache réniforme noire , entourée d'un bord blanc. Les pectorales ont la face externe d'un blanc bleuâtre, et l'interne noire. On voit sur le tiers antérieur de la caudale une bande muqueuse blan- châtre. Ce trigla papilio a le lobe gauche du foie assez gros et presque situé dans la ligne moyenne. Le lobe droit est petit, alongé, placé dans le haut de l'ab- domen. L'estomac est ovale. Sa branche montante, qui va au pylore, est aussi grosse que f œsophage, et presque aussi longue; elle monte entre les lobes du foie. H y a sept cœcums, réunis en deux paquets; celui de gauche en a quatre, un peu plus courts que ceux de droite. L'intestin descend jusqu'auprès de l'anus , il re- monte jusqu'au pylore, où il se replie pour se rendre droit à l'anus. La vessie natatoire est assez grande et très -faiblement échancrée à sa partie antérieure: ses deux muscles sont assez gros , épais. Les reins sont médiocres , et la vessie urinaire est assez grande. CHAP. I. TPJGLES. 83 La Cavillone phalène. {Trigla phalœna , nob.) Le même voyage a procuré un poisson très- semblable au précédent, et qui a de même une tache ocellée à la première dorsale , mais de forme ronde, et une armure pareille à la ligne latérale , mais où les épines de la fossette du dos sont beaucoup plus basses, et à peine saillantes, les rayons de la première dorsale grêles , simples et à peu près droits , et dont surtout les écailles sont trois fois plus grandes , en rhombe un peu ar- rondi par les bords, à pointe double, sans échan- crures latérales ni crénelures à la base, D. 9 — 15; A. 14; C. 11; P. 11 et 3 ; V. 1/5. Dans la liqueur il paraît d'un brun noirâtre en dessus, blanchâtre en dessous. Ses pectorales, com- prises trois fois et deux tiers dans la longueur to- tale, sont à l'extérieur brunes, avec des raies trans- verses grises ; à l'intérieur elles sont noires. Les intestins du trigla phalœna ressemblent à ceux des précédens , mais je ne lui vois que six cœcums, divisés en deux paquets égaux. Sa vessie natatoire est de la grosseur d'un pois, ronde, sans échancrure, et ses muscles latéraux sont assez forts. La Cavillone sphinx. {Trigla sphinx, nob.) Cette tache ocellée se reproduit dans un troisième poisson, toujours du même voyage. S 84 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. et qui semble intermédiaire entre les deux précëdens. Ses rayons sont grêles et comprimés comme dans le second, et cependant un peu plus forts, plus longs et plus arqués. L'armure du dos est aussi forte que dans le premier , et les écailles sont dune grandeur intermédiaire, mais à peu près de la forme de celles du second. D. 9 — 14; A. 14; C. 11; P. 11 et 3 ; V. 1/5. Ce poisson n'a que quatre pouces et demi. Dans la liqueur il parait gris-brun en dessus, blanchâtre en dessous : sur le brun sont des taches nuageuses, éparses , irrégulières , d'un brun plus foncé. La pre- mière dorsale a, entre son quatrième et son sixième rayon , une tache ronde noirâtre , entourée d'un cercle blanc, ombré encore en arrière d'un peu de noir. Les pectorales sont brimes , variées de brun plus clair. Son foie est plus gros que dans le précédent : son estomac un peu plus grand, avec huit appendices cœcales au pylore, quatre de chaque coté; celles de gauche les plus longues. L'intestin fait les mêmes replis que dans le trigJa papilio. La vessie natatoire est excessivement petite ; elle a tout au plus deux lignes de long et une de large ; elle est assez profondément divisée antérieurement : les deux lobes sont droits et pointus. CHÀP. II. PRIONOTES. 85 CHAPITRE IL Des Prionotes , ou Trigles à grandes pectorales et à palatins garnis de dents en velours. L'Amérique produit des poissons semblables, presque sur tous les points, à nos trigles pro- prement dits , et surtout à notre perlon [trigla hirundo), qu'ils surpassent cependant par la longueur de leurs pectorales, ainsi que par le nombre des rayons de ces nageoires, qui va à treize, quoique leurs filets libres soient, comme dans nos trigles d'Europe, au nombre de trois. Ils se distinguent, dans tout le grand genre des trigles, par les dents en velours, qui forment une bande sur chacun de leurs palatins. M. de Lacépède , d'après une indication inexacte de Linnaeus,a formé de l'une de leurs espèces un genre particulier, qu'il a nommé prionote ou dos en scie , parce qu'il suppo- sait qu'elle avait quelques épines libres entre ses deux dorsales; et nous avons conservé ce nom pour ne pas sans cesse altérer la nomen- clature, quoique nous ayons vérifié que ces épines font partie de la première nageoire et s'y lient par la même membrane qui en réunit 86 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. les autres rayons, ainsi que chacun aurait pu s'en assurer par la seule figure qui ait été ci- tée comme représentant le prionote, celle de Brown (Histoire naturelle de la Jamaïque, pi. 47), figure où l'on ne voit aucune trace de ces rayons libres. Nous possédons aujourd'hui non -seule- ment l'espèce représentée par Brown, qui est le trigla punctata de Bloch , et celle que Lin- nœus avait mal à propos confondue avec elle sous le nom de trigla evolcms, et qui doit être le trigla lineata de Mitchill; mais nous en avons encore deux autres, dont l'une nous paraît le trigla carolina de Linnaeus et le trigla palmipes de Mitchill, et dont l'autre est nouvelle. Ainsi ce sous-genre se compose maintenant de quatre espèces, toutes des côtes du Nou- veau-Monde sur l'Atlantique. Le Prionote strié. (Prionotus strigatus, nob.; Trigla lineata,, Mitch. ; Trigla evolans, Linn. ?) Nous parlerons d'abord de la plus grande et de celle qui du moins a obtenu dans ces derniers temps une description et une figure suffisamment caractéristiques. CHAP. II. PRIONOTES. 87 C'est le trigla lineata de M. Mitchill (Poiss. de New-York, pi. 4 , fig- 4 )> bien différent du trigla lineata de Bloch, qui est notre rouget camard de Paris. Nous en avons reçu trois échantillons par les soins de M. Miibert, dont un a plus de dix- sept pouces. M. Mitchill annonce que l'espèce parvient communément à cette taille. Sa tête est fort semblable à celle de nos trigles rougets {trigla pini) et perlons {tripla hirundo); elle tient surtout de cette dernière par la largeur et le peu de concavité de l'intervalle des yeux. Toutes les pièces de sa tête ont des rayons serrés, formés de granelures bien marquées et rudes ; la joue n'a pas les parties lisses qu'on voit dans le perlon , et il y a surtout au second et au troisième sous-orbitaire des centres d'irradiation que le per- lon n'a pas. Les lobes antérieurs du museau sont très- obtus, à peine séparés par une échancrure, et leurs crénelures ne sont guère plus grandes que les granulations qui couvrent toute la tête. On en compte dix ou douze de chaque coté. Il n'y a qu'une épine peu marquée à l'angle antérieur de 1 orbite. Une échancrure arrondie et peu profonde entoure son angle postérieur. On ne voit pas d'épines particu- lières au museau ni à la tempe ; mais celle du bas du préopercule est forte : l'arête horizontale qui la précède se mai que peu sur la joue. L'os de l'épaule a la sienne plus courte qu'au perlon, et est presque lisse. On n'y voit que deux ou trois lignes de gra- 88 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. nidations le long de son arête. Les dents palatines sont sur une bande étroite. La pectorale, plus grande que dans aucun des trigles proprement dits, n'est comprise que deux fois et trois quarts dans la longueur totale ; elle dépasse les ventrales d'un bon tiers. La première dorsale a trois rangs de granulations pointues à son premier rayon. Les deux suivans en ont chacun deux , savoir : le deuxième du côté droit, le troisième du gauche. Les autres sont lisses, sauf quelques vestiges de crénelures sur le devant du huitième et du neuvième. C'est le second de ces rayons qui s'élève le plus , et cependant il n'a que les deux tiers de la hauteur du corps, les autres s'abaissent au point qu'on a peine à voir le dixième ; mais aucun n'est entièrement libre. Le premier rayon de la deuxième nageoire a aussi quelques cré- nelures au-devant de sa base. B. 7 ; D. 10— 12; A. 11; C. 11; P. 13, et 3 libres; V. 1/5. La fossette dorsale est très -peu creuse, et ses bords n'ont point d'épines , mais seulement de lé- gères élevures mousses, couvertes d'une peau molle. Les écailles sont petites, lisses, plus larges que lon- gues : leur racine n'a que quatre ou cinq crénelures, et leur éventail que cinq ou six rayons. La ligne latérale n'a point d'écaillés particulières, et ne se marque que par une raie brune, qui suit toute la longueur du poisson, à commencer du haut de la fente des ouïes. Une autre raie brune, qui commence à l'épine claviculaire , suit également cette longueur, CHAP. II. PRIONOTES. 89 et forme en quelque sorte une deuxième ligne latérale. Ce poisson est brun en dessus , blanchâtre en dessous : tous les côtés de sa tête sont semés de points et de petites lignes d'un brun foncé. Les écailles de son dos ont chacune un point blanchâtre et une ou deux lignes brunes : ces lignes ou ces points bruns se continuent, en s'affaiblissant , sur les écailles des flancs. La pectorale est, à l'extérieur, d'un gris brunâtre, traversé d'un grand nombre de raies étroites d'un brun foncé, dont quelques-unes se joignent diversement à leurs voisines. En dedans elle est noirâtre, avec une large bande blanche le long de son bord su- périeur. La première dorsale est blanchâtre, avec une tache noire entre le quatrième et le sixième rayon; la seconde est grise, et il y a des points brunâtres sur ses rayons : la caudale est brune ; les ventrales et l'anale blanchâtres. Il paraît , d'après M. Mitchill , que dans le vivant le brun des taches et des lignes se change quelque- fois en rougeâtre, que la caudale et l'anale sont rou- geâtres , et qu'il y a sur le blanc des parties infé- rieures des teintes roses et jaunâtres. Le squelette du trigla slrigata n'a que dix ver- tèbres abdominales et quinze caudales. Ce sont les abdominales antérieures qui sont aplaties en des- sous : les postérieures sont comprimées. Pour tout le reste ce squelette ressemble à ceux des espèces d'Europe, et surtout au perlon. S'il fallait absolument deviner quelle espèce 90 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Linnseus avait sous les yeux quand il a décrit son trigla evolans, je me déciderais pour celle-ci, parce quelle répond particulière- ment à ce qu'il dit de la dentelure des petites épines de l'arrière de la dorsale, et parce que la brièveté de ces épines a pu le tromper plus aisément ; d'ailleurs ses nombres s'accordent mieux que pour l'espèce suivante l : mais la citation de Brown nous parait plutôt devoir être rapportée à notre troisième espèce. Le Prionote de la Caroline. (Prionotus carolinus , nob.; Trigla carolina, L.? Trigla palmipes , Mitch. ?) Nous avons reçu de New-York par M. Mil- bert, et de la Caroline par M. Bosc, un trigle très -semblable au précédent par toutes ses 1. Voici son article (Syst. nnl., 12. e édit., 1. 1, p. 49&) : Trigla digiiis ternis , mucronibus tribus serrât is pinnis dorsalibus interposilis. (B. 9'; D. 8v-U 3 ; P. 13; V. 6; A. 11; C. 134) Caput radiaio-cœlatum; rostrum emarginatum; pinnœ pectorales nigrœ , longitudine dimidii corporis sed latiores inter pronom dor- salem anieriorem et posteriorem quasi rudimenta trium spinarum serrât a. Spina prima et secunda in priore , et prima in posteriore pinna dorsali antico laiere scabra sunt. Cauda bifida. 1. Il n'y en a que sept, comme dans tous les autres irigles. 2. Il ne compte pas les petites épines, qu'il croit libres. 3. Il aurait dû éctive 12. 4. 11 compte une paire de rayons courts à laquelle nous n'avons pas d'égard. CHAP. II. PRIONOTES. 91 proportions, par la granulation de la tète et la forme du museau, mais où l'intervalle des yeux est plus étroit et plus concave (au moins autant que dans le rouget"), où les échancrures de l'angle supérieur-postérieur des or- bites se joignent l'une à l'autre par un sillon qui tra- verse le crâne, et où l'on voit une petite épine avant cette échancrure , et une autre au milieu du bord interne de l'os surscapulaire. La bande de dents pala- tines est plus courte que dans les trois autres espèces. Les dernières épines de la première nageoire dorsale sont moins raccourcies que dans l'espèce précédente : il n'y a de crénelures qu'aux deux premières, et un rang seulement : la troisième est lisse ; mais on en retrouve au premier rayon de la deuxième dorsale. Les rayons libres sous les pectorales ont leur mem- brane un peu élargie vers le bout , en forme de spatule. D. 10 — 13 ; A. 12; C. 11 ; P. 14 et 3 ; V. 1/5. Son corps n'a ni points ni lignes , mais des ta- ches nuageuses mal marquées. Sa première dorsale est grise, avec trois lignes blan- ches obliques, et une tache noire et ronde entre la quatrième et la cinquième épine, qui, bordée de deux de ces lignes blanches, est vraiment ocellée. La seconde dorsale a aussi des lignes obliques blanches sur un fond plus brun. La pectorale paraît alterna- tivement plus ou moins foncée par larges bandes: son bord supérieur est blanc du côté interne. L'anale est grise et a une bande blanche sur sa base. La caudale paraît brune. 92 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Les mâles se distinguent des femelles par des épines plus saillantes derrière l'orbite et à l'os surscapulnire. Le squelette de cette espèce a vingt-six vertèbres, dont dix abdominales. C'est la septième vertèbre ab- dominale qui est le plus aplatie en dessous : les suivantes sont comprimées. Ce que Linnaeus dit de son trigla carolina, convient assez à cette espèce , qui d'ailleurs vient du même pays , pour que Ion puisse croire que c'est elle qu'il a eue en vue. 1 Quant au trigla carolina de Bloch (pi. 35a), c'est l'espèce suivante. J'ai lieu de penser que c'est l'espèce actuelle que M. Mitchill (p. 43 1 et pi. 4? fig- 5 ) nomme trigla palmipe s. Sa figure y répond bien, ainsi que la terminaison élargie des rayons libres; mais il lui donne seize rayons à l'anale, ce que je soupçonne ne pas être exact, attendu que dans tous les autres trigles l'anale a un rayon de moins que la dorsale. Dans tous les cas c'est une espèce très -voisine. L'auteur décrit ses couleurs comme il suit : 1. Voici son article [Mantiss., alter. suppl. anim., p. 528): Trigla digitis tribus ; pinnœ dorsalis parle priore aculeolata. (D. 10 — 13; A. 12; G. 10; P. 15; V. 6.) Habitat in Carolina mari. A. D. Garden, Piscis missus digilo longior. syuamis minuiissi- mis omnibus. Caput car acte ribus seu arleriis; iinea lateralis simplex , fere lœvis; cauda emarginata; radii pinnœ dorsalis prions spinosi; primo antice longiludinaliter aculeato. CHAP. IL PRIONOTES. 93 Dos brun, mêlé de rougeâtre,d'ocreux et de jaunâ- tre ; dessous du corps blanc, surtout derrière les rayons libres et les nageoires : derrière l'anus le blanchâtre se mêle de jaunâtre et de rougeâtre; les rayons libres d'un beau jaune ; la face externe des pectorales irrégulièrement jaune et brun pourpre; l'interne bleu-pâle et obscure ; le bord inférieur blanc ; les ventrales blanches , à rayons jaunes en dessus; les dorsales brunes, mêlées de jaune; la cau- dale brune, surtout vers l'extrémité, avec des lignes jaunâtres entre les rayons ; l'anale d'un jaune clair. D. 9 — 14 5 A. 16; C. 15; P. i4; V. 6. Le Prionote ponctué. (Prionotus punctatus , nob. ; Trigla punctata et carolina , Bl.) Il y a une troisième espèce, qui se tient plus au sud que les précédentes, aux Antilles et tout le long de la côte du Brésil, et jusque près de l'embouchure de la Piata, car nous en avons des individus de tous ces différens points. C'est celle que Bloch a représentée planche 35a , et qu'il a crue la même que la précédente. C'est aussi, autant que Ton en peut juger d'après une figure grossière, celle de Brown {Jamaic, pi. 47)? que Linnaeus croit identique avec son trigla evolans, et quelque contraire que la différence du coloris puisse paraître à mon opinion, je suis convaincu que 94 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. c'est encore celle que Bloch a donnée (pi. 353) sous le nom de trigla punctata, d'après un croquis de Plumier. Il n'y a enfin aucune raison de douter que ce ne soit le rubio-volador ou rouget-volant de Parra (pi. 38). Cette espèce se distingue aisément et prompte- ment des deux précédentes par deux petites épines pointues qu'elle a de chaque côté du museau : l'une immédiatement en dehors de la crénelure des lobes ; l'autre plus en arrière et presque au-dessus de l'angle de la bouche. Les centres d'irradiation de tous les os de sa tête sont les mêmes ; mais les stries sur les os sont beaucoup plus fines , plus nombreuses ; les points saillans qui les composent , plus menus , plus serrés, paraissent beaucoup moins, et ne forment pas une apreté ni une rudesse telles que les leurs : ces stries ressemblent tout-à-fait au travail d'un ci- seleur, et c'est à elles que se rapporterait particu- lièrement bien l'expression de capul cœlatum , que Linnœus emploie pour les espèces précédentes. L'in- tervalle des yeux est concave , comme dans le trigla carolina ; mais les échancrures de derrière l'orbite ne s'y unissent pas par un sillon aussi marqué : chacune délies est précédée par une pointe ; il y en a deux à l'angle antérieur, suivies dune ou deux dentelures. On voit aussi une pointe ou petite crête, terminée par une épine , sur la tempe , au bord ex- terne du mastoïdien, à la racine interne de la grande pointe de l'occiput , au bord du pariétal. Il y a de plus une pointe sur Tarête du bas du préoper- CHAP. II. PRIONOTES. 95 cule, avant son épine ordinaire; enfin, on voit cette épine, les deux de l'opercule, et celles du sursca- pulaire et du claviculaire : celte dernière avance autant que celle de l'opercule , et l'os n'a que deux lignes de points sur son arête pour toute scabrosité. Les pointes ou épines que nous venons de décrire se relèvent plus ou moins, selon les individus, mais jamais autant que dans l'espèce qui va suivre. La bande de dents palatines est plus large à proportion que dans notre première espèce, et plus longue que dans la seconde. Les premières épines des dorsales n'ont ni scabrosité ni dentelures ; on y dislingue à peine une fine et légère ponctuation. Pour tout le reste notre espèce actuelle offre à peu près la même conformation que les deux pré- cédentes ; elle n'a aussi sur les côtés de la fosse dor- sale que de légères élevures obtuses : sa ligne latérale n'est point armée. D. 10 — 12; A. 11; C. 11; P. 13 et 3; V. 1/5. Le rouge que, d'après les croquis de Plumier, on s'est cru autorisé à donner à ce poisson, est trop vif, ou du moins ce n'est pas sa couleur dans les temps ordinaires. D'après le récit d'un des aides- naturalistes du Muséum, M. Louis Kiener , qui en a pris beaucoup sur la côte du Brésil, le dos était brunâtre, le ventre argenté, les pectorales d'un beau bleu, les dorsales grises, tachetées de bleu. Pana dit le sien cendré dessus, orangé dessous ; mais il faut ajouter à ces indications abrégées quelques dé- tails , que nous fournit surtout un individu arrivé presque frais de la Martinique par les soins de 9G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. M. Achard. Le dessus est gris -brun, varié de taches nuageuses plus ou moins grandes , et qui paraissent roussâtres. Les flancs ont une teinte orangée, et le ventre est blanchâtre. Il y a des teintes jaunes sous la gorge et autour des bases des nageoires pecto- rales et ventrales. Les ventrales mêmes et les doigts libres sont jaunes. Une tache noire occupe , sur la première dorsale, le haut de l'intervalle entre le quatrième et le sixième rayon. De petites taches sont semées sur le reste de cette nageoire. Il y en a aussi sur la seconde dorsale et sur la caudale, qui y forment des lignes transverses : elles suivent en effet les rayons; mais dans quelques individus il y en a de plus sur la membrane qui alternent avec celles des rayons. Ces taches, dans notre individu le mieux conservé, paraissent roussâtres. Les pectorales ont aussi des taches brunes ou noires , qui tantôt for- ment des séries transversales , tantôt s'élargissent assez pour se confondre en bandes ou en marbrures. Leur bord postérieur et inférieur est d'un beau bleu. L'espèce atteint un pied de longueur. Son squelette a onze vertèbres abdominales et quinze caudales. Les dernières abdominales sont comprimées verticalement, et leurs apophyses trans- verses descendent au lieu de s'élargir en disque. De la quatrième à la septième elles sont aplaties en dessous. Ce trigle est commun au Brésil, et il est singulier que Margrave n'en ait point parlé. L'observateur que nous avons déjà cité nous assure qu'il se tient non loin de la côte par CHAP. II. PRIONOTES. 97 bandes de plus de cent, s' élevant au-dessus des eaux par des espèces de sauts, plutôt que par un véritable vol; sauts assez forts cepen- dant pour qu'ils se prennent dans les haubans des navires. Sa chair, ajoute-t-il, est excellente; cependant M. Plée nous dit qu'à la Martinique on ne le mange point. Les colons de cette île lui donnent le nom de poule, par opposition à celui de coq, par lequel ils désignent le dactyloptère; noms qui, sans doute, tiennent tous les deux au souvenir qu'avaient gardé les colons de ceux de coq de mer, de galline, de gallmette, que portent tant de trigles sur les côtes de l'Europe. Les Espagnols de Porto- Rico le nomment angelito (petit ange) : c'est le petit poisson volant (the smaller jlying triglci) de Brown, et Sloane (Jam., t. II, p. 288) le décrit assez bien sous les noms de milvus cirrhatus et de gurnet; mais parmi les cinq ou six poissons volans dont parle Hughes dans son Histoire naturelle de la Barbade, on ne peut distinguer lequel est celui-ci. Le foie du prionote ponctué est médiocrement gros, et profondément divisé en deux lobes, dont le gauche est beaucoup plus volumineux que le droit. La vésicule du fiel qui s'y attache est ronde, petite ; son canal cholédoque est assez long : il se rend dans le duodénum auprès du pylore. 4- 7 98 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. L'œsophage est long et assez gros. Au-dessous du cardia, à gauche, il y a un étranglement considé- rable , après quoi on voit l'estomac , qui est une poche petite, à peu près cylindrique. La branche montante est presque aussi longue et aussi grosse que l'oesophage. Le pylore est très-étroit et entouré de six cœcums assez longs. L'intestin qui suit le pylore a ses parois excessivement fines; elles se renforcent un peu plus loin : cet intestin descend jusqu'un peu au-delà de l'estomac ; il remonte alors vers le dia- phragme, passe au-dessus du duodénum, et se replie sur le pvlore, d'où il se rend à l'anus, en augmentant beaucoup de volume. La vessie natatoire est assez grande et très -pro- fondément divisée en deux lobes, qui communi- quent entre eux, par un trou assez petit, aux deux tiers postérieurs de la longueur de la vessie. Cha- que lobe a un muscle propre latéral , composé de fibres transverses. Les reins sont petits antérieurement. Au-delà de la vessie natatoire ils se renflent beaucoup et ver- sent l'urine dans une grande vessie à parois très- minces, et située, comme à l'ordinaire, entre l'ex- trémité postérieure des laitances ou des ovaires, qui dans notre individu n'étaient pas du tout développées. Le Prionote chaussetrape. (Prionotus tribulus, nob.) Notre quatrième espèce vient des États-Unis, comme les deux premières; elle nous a été CHAP. II. PRI0N0TES. 99 envoyée en quantité de New -York par M. Milbert, et nous en avons aussi reçu un indi- vidu de la Caroline par M. LTIerminier : c'est à la précédente quelle ressemble le mieux; mais on la distingue tout de suite parce qu'elle a une épine de plus sur la ligne horizontale, qui va du museau à l'épine du préopercule, et cette épine, qui du reste est fort petite, est au centre d'irradiation du grand sous-orbitaire. Une distinction encore plus sensible , mais susceptible de plus ou de moins, c'est que toutes les épines de la tête , surtout celles de l'arrière de l'orbite et de la pointe du surscapulaire , sont plus relevées que dans l'espèce précédente, ai- guës et comprimées comme des pointes de sabre. Celles du préopercule et du claviculaire sont aussi bien plus larges et plus aiguës. Les mâles surtout ont ces caractères très - prononcés , et il en fait les trigles les mieux pourvus d'armes offensives. C'est dans cette espèce que la bande des dents palatines est la plus étroite. La pectorale égale presque la moi- tié de la longueur du corps. D. 10 — 13; A. 12 j C. 11; P. 13, et 3 libres; V. 1/5. Dans la liqueur ce poisson paraît brun dessus, blanchâtre dessous. La première nageoire est grise, variée de blanc, et a une tache noire entre le qua- trième et le sixième rayon. La seconde parait grisâ- tre, et il n'y a que deux taches noirâtres sur sa base ; l'une du cinquième au septième rayon , l'autre du dixième au douzième. La caudale est brune , les pectorales noirâtres, plus foncées du côté interne. \ 00 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. où leur bord supérieur est blanc. Il est possible cependant que ces diverses teintes soient différentes dans le frais. Nous n'avons pas d'individus de cette espèce de plus de sept ou huit pouces. S> n squelette a onze vertèbres abdominales et quinze caudales : les sept premières de l'abdomen sont plus ou moins aplaties en-dessous. La vessie aérienne du trigla carolina ressemble à celle du strigata; mais elle est encore plus profon- dément divisée, et ses lobes sont arqués en croissant. Celle, au contraire, du trigla tribulus est à peine divisée à ses deux pointes; ses lobes sont ovales, et les muscles qui leur sont propres sont petits. L'estomac de cette espèce est grand , mince ; sans plis. Je n'ai pu compter les ccecums du pylore. On trouve dans le Liber Mentzelii (p. 1 o3) sous le nom de pira meivy , qui appartient aussi au dactyloptère,une figure àepi^ionote, que nous ne pouvons rapporter à aucune de nos espèces. Le dos en est vert-pâle , avec des taches d'un vert plus foncé. H y a aussi des points vert- foncé sur la première dorsale , et des lignes en travers sur la caudale : la pectorale en a de noires, longues entre les premiers rayons, et plusieurs rondes vers le bord interne. CHAP. III. MALARMATS. 101 CHAPITRE III. Des Malarmats , ou Trigles cuirassés (Péristédion, Lacép.) Le malarmat est nommé ainsi à Marseille et à Gènes; mais, comme le dit Rondelet, c'est par antiphrase, car il est le mieux armé de tous les poissons de nos mers. Des plaques osseuses garnissent son corps d'une armure défensive, comme autrefois les hommes d'armes étaient revêtus de toute part de pièces de fer mobiles, et les deux fourches longues et pointues de son museau lui donnent en même temps des armes offensives redoutables. A la suite d'une grosse tête, son corps octogone s'alonge en pointe vers la queue. La longueur totale, y compris les fourches, comprend sept fois la hauteur à la nuque, et la longueur particu- lière de la tête comprend près de deux fois et demie cette hauteur, en sorte qu'elle est elle-même trois fois moins un tiers dans la longueur totale. Cette tête ressemble à celle des trigles; elle rappelle surtout celle de la lyre , au point que Rondelet a appelé le ma- larmat lyra altéra. 4 02 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Toutefois le museau est plus aplati et plus alongé* la joue moins haute , la crête horizontale qui la traverse plus longue et plus saillante : les deux pro- ductions du premier sous-orbitaire qui forment la fourche du museau égalent chacune en longueur la moitié du reste de la tête; elles ne sont pas den- telées. Le premier sous-orbitaire s'avance pour les former, tellement qu'il n'occupe qu'une petite partie de la joue , et qu'il y est remplacé par le préoper- cule, qui s'élargit à cet effet dans le bas, et par le deuxième sous-orbitaire, qui occupe presque tout le bord inférieur de l'orbite. Une petite pointe, relevée un peu eii arrière de la proéminence, est le commen- cement de la crête horizontale qui règne, en deve- nant de plus en plus saillante et aiguë , jusqu'à l'angle du préopercule , lequel se porte en arrière presque jusque sous la pointe de l'opercule; elle a, dans sa partie qui appartient au sous-orbitaire, quel- ques petites dentelures ; sous elle le bord des os se recourbe en -dessous, et a encore quelques sillons en avant. Une crête horizontale plus petite règne sous l'orbite, sur le deuxième sous-orbilaire. Chaque nasal a une épine relevée , et l'ethmoïde en a une quelquefois fourchue : les trois forment un triangle sur la partie déclive du museau. Cinq ou six petites pointes pareilles sont en avant de l'angle antérieur de l'orbite , sur le frontal antérieur , et une crête surcilière s'étend de là jusqu'à l'angle postérieur, où il y a aussi quelques points, et jusqu'au bord posté- rieur de l'occiput. Dans certains individus cette crête surcilière est elle-même divisée en trois ou quatre CHAP. III. MALARMATS. \ 05 dentelures ou petites pointes. Sur la tempe est une autre petite crête, qui se termine à l'angle posté- rieur et latéral de l'occiput. L'opercule est petit, relevé d'une arête qui se termine à sa pointe. Au- dessus est une autre petite pointe, et son bord su- périeur échancré est rond et complété, comme dans la plupart des trigles, par une partie membraneuse. Toutes ces parties sont finement granulées ou cha- grinées : mais les granulations ne sont pas disposées en rayons ni en lignes. Le diamètre horizontal de l'orbite fait presque le tiers de la longueur de la tête , y compris les four- ches. Sa position est vers le bord supérieur de la face latérale de la tête et dans l'angle que le crâne forme avec le museau. L'intervalle des yeux est un peu concave. La bouche s'ouvre en demi-cercle sous la base des fourches. La mâchoire supérieure est plus avancée que l'inférieure : ni l'une ni l'autre n'a de dents, et il n'y en a aucunes non plus au vomer, aux palatins, ni à la langue; seulement les pharyngiens sont un peu âpres. Les mâchoires et la membrane des bran- chies sont lisses, sans écailles ni scabrosités, excepté à l'angle postérieur de la mâchoire inférieure, où il y a une pièce osseuse, âpre et relevée de deux crêtes. Sous la mâchoire inférieure pendent plusieurs bar- billons charnus et branchus : le plus considérable est le plus extérieur; placé dans un angle que la lèvre fait avec la branche de la mâchoire inférieure , il égale cette branche même, se termine en pointe, et a plusieurs filamens adhérens à sa longueur. Plus en 104 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. dedans, à l'extrémité antérieure de chaque branche de la mâchoire inférieure, en est un autre, qui consiste en un groupe de filamens, et qui est suivi de quatre groupes semblables, adhérens le long de la branche. Les ouïes sont bien fendues ; leur membrane a sept rayons. Le bord postérieur de leurs ouvertures, la pointe de la poitrine entre elles et la base de la pectorale, sont revêtues d'une peau molle et lisse. Le dessous du tronc , jusqu'à l'anus , est cuirassé , au contraire, de deux boucliers osseux, formés chacun de deux pièces, unies par une suture longitudinale, et relevées latéralement d'une arête qui se continue avec celles du rang inférieur d'écaillés, en sorte que ces boucliers peuvent être regardés comme les pre- mières écailles de ce rang. Trois autres rangs, de chaque côté, complètent l'armure du poisson , de- puis la tête et l'épaule jusqu'au bout de la queue, en sorte que son corps représente une longue pyra- mide octogone, dont la queue fait la pointe. Les écailles, de substance osseuse et âpres à leur surface, ont le contour à peu près rhomboïdal ; mais dont la grande diagonale est en travers ; elles s'engrènent par leurs angles latéraux , sont carénées dans leur milieu, et ont leur carène relevée d'une crête, ter- minée par une pointe aiguë, dirigée en arrière, ce qui fait, tout le long du corps, huit rangées très- régulières de ces pointes, quatre de chaque côté. La supérieure se continue avec la crête surcilière ; la seconde répond à la pointe de l'opercule ; la troi- sième continue la ligne par laquelle la ventrale s'unit au tronc , et la quatrième, comme nous l'avons dit, CHAP. IIÎ. MALARMATS. \ Olî commence à la crête latérale des boucliers inférieurs, La seconde de ces séries d'épines tient la place de la lijme latérale, et on chercherait vainement cette ligne ailleurs : elle a trente écailles, et par conséquent trente épines, dont les dix dernières ont aussi sur leur base une petite pointe dirigée en avant. Celle qui est au-dessus et celle qui est au-dessous, régnent, comme elle, jusqu'aux côtés de la caudale; mais la supérieure et l'inférieure ont leurs épines effacées plus tôt; en sorte que la queue n'est armée, vers la fin, que de trois rangées d'épines de chaque côté: les trois dernières sont plus longues et plus cou- chées contre la nageoire, que celles qui les précèdent. La première dorsale a sept rayons ; elle est con- tiguë à la seconde , qui en a dix -huit, et elle ne s'en dislingue que par la brièveté de son septième rayon , et par une solution de continuité de la membrane, qui même ne descend pas jusqu'à sa base dans plusieurs individus ; en sorte qu'il n'y a vrai- ment alors qu'une dorsale. Ses épines sont grêles et flexibles , et dans le plus grand nombre des in- dividus les plus longues ne dépassent les rayons de la seconde que d'un quart , et n'égalent pas le corps en hauteur; mais dans quelques-uns, peut- être les mâles , ils s'alongent en filets , dont le troi- sième, le quatrième et le cinquième égalent le tiers de la longueur totale. La pectorale est médiocre et ne fait guère que le sixième de la longueur totale ; elle n'a sous elle que deux rayons libres , dont le premier l'égale en longueur. Les ventrales sont un peu plus courtes , et adhèrent au tronc par près- 1 06 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. que tout leur bord interne ; mais elles ne sont nul- lement unies aux pectorales, comme le dit Linnseus. » L'anus est à peu près au milieu de la longueur to- tale. L'anale répond à la seconde dorsale par la longueur, la hauteur et le nombre des rayons. L'es- pace placé entre ces deux nageoires et la caudale est peu considérable, et la caudale elle-même est petite, et a son bord taillé un peu en croissant , comme à peu près dans tous les trigles. B. 1; D. 1 — 18 ou 19; A. 18; C. 11; P. 12 et 2; V. 1/5. Ce poisson, comme beaucoup de trigles, est, en dessus et à la tête, d'un beau rouge, qui prend sur les flancs une teinte dorée, et devient sous le ventre d'un blanc plus ou moins argenté. Les dorsales et la caudale sont rouges ; les pectorales brunes ou violâlres , les ventrales et l'anale blanchâtres. Le malarmat a le foie petit, très- profondément divisé en deux lobes , dont le gauche est un peu plus grand et plus épais que le droit. La vésicule du fiel est oblongue, assez grande, eu égard au vo- lume du foie. Le canal cholédoque est long, gros, et il s'ouvre dans le duodénum assez loin du pylore. L'œsophage est court et très-large : il est plissé, ainsi que l'estomac , qui est la continuation de cet œsophage, sans qu'on aperçoive presque l'étrangle- ment qui marque le cardia. Celui qui indique la place du pylore est au contraire très-fort. Le pylore est entouré de sept appendices cœcales extrêmement courtes. 1. Pinnœ ventrales pectoralibus annexée. CHAP. III. MALAîIMATS. 107 L'intestin qui suit est assez gros et descend jus- qu'auprès de l'anus, où il se replie et se porte un peu en avant vers le diaphragme : il se replie de nouveau, et il remonte jusqu'auprès du pylore, où il frit un troisième repli, pour se porter directement à l'anus. A compter du premier repli, son diamètre est un peu diminué, et ses parois sont très-minces. La rate est fort petite et située auprès de la vési- cule du fiel , entre l'estomac et le duodénum. Les laitances de l'individu pris à Naples au mois de Mai, par M. Savigny, étaient fort petites. La vessie natatoire est assez grande , de forme ovale, plus rétrécie en avant, simple et sans lobes ni échancrure. Les membranes sont d'une finesse ex- trême : l'interne est argentée ; mais elle se divise promptement en petites paillettes argentées. Les reins sont petits , un peu renflés vers la tête ; ils ne dépassent pas les deux tiers de l'abdomen. Les uretères sont assez longs, et ils se rendent dans la vessie urinaire , qui est d'une forme singulière ; elle est longue et étroite , et elle se replie en suivant les contours du second repli de l'intestin sur lequel elle s'appuie. L'estomac était rempli de petits crustacés. L'extérieur du malarmat nous a déjà appris que sa tête osseuse est composée, pour l'essentiel, comme dans les trigles 1 . En l'examinant dans le squelette, on trouve qu'indépendamment des différences que 1. Il y a une figure de la tête osseuse du malarmat, vue en dessus, dans les Tables ichtvotomiques de M. Rosenthal (pi. 17, %4). 108 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. nous avons mentionnées dans les proportions des sous-orbitaires, l'ethmoïde est un peu plus remonté sur le museau, déforme presque rectangulaire, et que les os propres du nez se réunissent sous lui et forment un autre rectangle, qui ne laisse pas paraî- tre le vomer au-dehors. Le disque du bassin est attaché aux os claviculaires , non -seulement par sa pointe antérieure, mais par ses angles latéraux, et par conséquent plus solidement que dans les trigles: il est aussi large que long, et son milieu est pres- que entièrement évidé. Il y a dix vertèbres à l'abdomen et vingt- trois à la queue. Celles de l'abdomen ne sont point apla- ties, mais un peu canaliculées en dessous. Les côtes sont simples et de force médiocre; leur brièveté est la même que dans les trigles. La figure que Rondelet (pi. 299) donne du malarmat, est encore une des meilleures quil y ait, saufle nombre trop petit des rayons de la deuxième dorsale. Salvien (fol. 1 92) divise en deux la première dorsale, et marque mal les ventrales. Bélon (p. 209) et Duhamel (sect. Y, pi. 9, fig. 2) ne distinguent pas les deux dorsales. Bloch (pi. 349) multiplie beaucoup trop les épines et les rayons de la seconde dorsale, dont il marque vingt-six, tandis quil ne doit y en avoir vingt-six qu'en comptant les deux. Il répète cependant ce nombre dans son texte, CHAP. III. MÀLARMATS. 109 ce qui me fait croire que sa figure a été fabri- quée sur un individu mutilé et sur des textes mal compris ; ce qui n'a pas empêché que son erreur n'ait été copiée par plusieurs naturalistes qui avaient toutes les occasions possibles de la corriger; mais leur autorité ne doit point prévaloir contre un fait si facile à vérifier. Duhamel et M. Risso, à peu près les seuls auteurs qui aient parlé des mœurs de ce pois- son , disent qu'il se tient dans les profondeurs, et n'approche des bords que dans le temps du frai, savoir vers l'équinoxe. Il nage avec vélocité, et brise souvent contre les rochers les proéminences de son museau; il vit soli- taire, et se nourrit surtout de méduses, de béroës et d'autres mollusques ou zoophytes gélatineux. L'espèce habite toutes les parties occiden- tales de la Méditerranée , et y est commune sur toutes les côtes. Nous avons déjà vu les noms qu'elle porte en Provence et en Ligurie. A Iviça on l'appelle armado; à Rome, forchato elpesce-forca, et on lui donne aussi en commun avec la lyre, et probablement avec d'autres trigles, le nom de pesce-capone. Elle est rare dans l'Adriatique; ni Bélon ni Willughby ne l'ont vue à Venise, mais M. de 110 LIVRE IV. JOUES CUIRASSES. Martens 1 l'y a observée, et nous dit quelle y est nommée par les pécheurs anzoletto délia m a donna et anzoletto di mar. Je ne trouve aucun témoin 'qui rapporte en avoir vu ou pris dans l'Océan. C'est par une de ces inadvertances qui lui sont trop ordinaires, que Bonnaterre 2 lui assigne cette demeure, contre l'assertion expresse de tous les auteurs qu'il copiait. Si on en a placé dans la mer des Moluques, c'est sur la foi d'une figure de Renard, inti- tulée ikan-paring (2. e part., pi. i4> fig. 67), qui, toute grossière qu'elle est, semble, en effet, par la tête , devoir appartenir à un pois- son de ce genre; mais, outre que le corps n'y montre ni écailles ni épines, la seule indica- tion que l'original était long de huit pieds sept pouces, aurait dû faire sentir que ce ne pouvait être notre espèce d'Europe. La même figure avait été gravée auparavant dans Valentyn (Ost-Ind., t. III, p. 363, n.° 55), sous le nom malais Rikan-seithan-merah, que l'auteur traduit poisson-diable-rouge , et l'on y avait marqué les écailles et les épines qui lui manquent dans la copie de Renard ; mais on 1. Vojage ù Venise, t. II, p. 4>>i. 2. Encyclopédie méthodique (ichtyologie), p. i/\5. CHAP. III. MALARMATS. 1 \ I y dit que sa taille est de trois pieds, ce qui surpasserait toujours de beaucoup celle du malarmat de la Méditerranée. Nous trouvons aussi dans le recueil ma- nuscrit de Corneille de Vlaming (n. os i65 et 166) des figures encore plus reconnaissables dun malarmat muni de tous ses caractères et de couleur rouge de vermillon, niais dont les fourches sont bien plus courtes que dans le nôtre, et tout au plus comme dans la lyre. Ce poisson y est nommé esturgeon de Banda; ce qui semble encore annoncer une grande taille. Ainsi l'on doit croire qu'il y a dans la mer des Jndes une espèce de ce genre différente de la nôtre ; mais nous ne pouvons en rien dire de plus , car aucun des voyageurs dont nous connaissons les collections , ni Commerson , ni Péron, ni Sonnerat, ni les compagnons de M. Freycinet et de M. Duperrey, ni même les voyageurs hollandais et M. Duvaucel, n'en ont apporté ou envoyé en Europe. Il est singulier que les anciens n'aient pas parlé d'une manière distincte d'un poisson si remarquable et si commun dans la Méditer- ranée : ce ne peut être, comme le veut Ron- delet, le poisson cornu, indiqué par Pline 1 ; 1. Pline, 1. IX, c. 43 : Attollit e mari sesquipedanea fere cornua quœ ab his nomen traxii; et 1. XXXII, en: Cornutœ, gladii, serrœ, $ I 2 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEEs. car il lui donne des cornes d'un pied et demi de longueur, et quand il faudrait écrire un demi-pied, ce serait encore le sextuple de leur vraie longueur dans le malarmat. Ce poisson cornu est bien plutôt le céphaloptère , et si Rondelet a pensé autrement, c'est quil ne connaissait pas cette grande raie. On a voulu faire une espèce particulière, soit de trigle, soit de malarmat 1 , du trigla chabrontera d'Osbeck , et l'on a cru la distin- guer, parce qu'elle ne serait pas renfermée dans une gaine octogone ; mais c'est là tout le con- traire de ce que dit Osbeck. Corpus durum, rubrum, quadrisulcatum , utrinque articulatum; hami quatuor ordinum parallelorum utrinque, unus horum in uno articulo vel squama durissima. .Rien ne s'applique mieux que ces paroles aux huit séries d'écaillés dures , carénées et épineuses qui revêtent le malarmat. Tout le reste de l'article est également ap- plicable 2 , hors un seul point, dont linexac- 1. Trigla, Hispanorum chabrontera; Osbeck, Frag. icht. hisp. , in JSov. act. nat. cur. , t. IV, p. 201; Trigle chabrontère , 601111a- terre, Plancli. de l'Eue, méth. , p. i/ t 5; Péristédion chabrontère, Lacépède, t. III, p. 5y5; Trigla hamata , 61och, édit. de Schn., p. 16. 2. Membr. br. oss., 7; pinna dorsi rad. , 26; laminœ ventrales duœ a peetore ad anum; pinn. pect. oss., xi; venir. , G; ani, 20; CHAP. III. MALARMATS. \ 1 5 titude est probablement l'effet d'un manque de mémoire, lors de la rédaction définitive * ; ainsi on ne peut douter que ce ne soit encore là une espèce factice. Je ne trouve, du reste, ce nom de cliabrontera ni dans les diction- naires ni dans les naturalistes espagnols. caud. lifurcata; omnes pinnœ prœter caudœ longissimœ , rubrœ , a sulcis exeunies. Caput depressum ; rostrum plagioplateum , bipar- titum ; inter rostrum et oculos très aculei minores in triangulo siti prœter alios Iiamos et aculeos capitis. 1. C'est sa dernière phrase : Hami très supra et très infra cau- dam. Il aurait dû écrire, et il avait probablement écrit dans ses notes : Hami très utrinque ad caudam; mais, roulant ensuite ex- pliquer Yutrinque, il aura mis dans le sens vertical ce qui a lieu effectivement dans le sens horizontal. Ce mémoire d'Osbeck, que plus d'un naturaliste a cité sans l'avoir lu , est de 1770, et pos- térieur de dix-neuf ans aux observations qui en avaient fourni la matière, et qui dataient de 1 y5i , ainsi qu'on peut le voir dans le commencement de la relation de son voyage à la Chine; et quand Osbeck le rédigea, il n'avait encore que la neuvième édi- tion du Sjstema naturœ , où les espèces des poissons ne sont pas caractérisées. Avant d'établir des espèces sur de pareils documens, on devrait toujours considérer les circonstances où se trouvait l'au- teur dont on les emprunte. Il est vrai qu'alors on ne pourrait pas les multiplier aussi légèrement. 4- \\ A LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. CHAPITRE IV. Des Dactyloptères et des Céphalacanthes. DES DACTYLOPTÈRES, Vulgairement rougets -volans, arondes ou hirondelles de mer. Ces poissons, si célèbres parmi les naviga- teurs, et dont tant de relations font l'histoire, ont été généralement placés dans le genre des trigles; mais ils en diffèrent beaucoup plus cpie les trois sous-genres dont nous venons de parler ne diffèrent entre eux : c'est même à peine si l'on pourrait leur trouver d'autre ca- ractère commun que l'étendue du casque qui garantit leur tète; encore ce casque a-t-il une tout autre forme : il est long et large, mais plat et peu élevé. Le museau est court et sans proéminences. Le sous-orbitaire ne couvre pas toute la joue, et s'articule d'une manière mo- bile avec le préopercule; en sorte que celui-ci peut s'écarter plus que dans les trigles, et que le poisson peut profiter pour sa défense d'une énorme épine qui arme l'angle inférieur de cet os. L'opercule, au contraire, n'est pas épineux. CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 415 Les dents des dactyloptères sont en petits paves, et ils n'en ont qu'aux mâchoires seule- ment, et non au vomer ni aux palatins. Leurs ouïes s'ouvrent peu, et il n'y a que six rayons dans leur membrane. Il n'y en a que quatre mous dans les ventrales; circonstance très-rare parmi les acanthoptérygiens. Les pectorales n'ont point de rayons libres; mais elles se divisent profondément en deux parties, une antérieure, de longueur médiocre et de peu de rayons, et une postérieure, presque aussi longue que le corps, et dont les rayons se dédoublent; ce qui en porte le nombre à près de trente. Lorsque cette partie s'étend, elle de- vient aussi large que longue, et c'est au moyen de la grande surface qu'elle présente, que le poisson peut s'élever dans l'air et s'y soutenir quelques instans. Les dactyloptères sont revêtus partout d'é- cailles dures, au milieu desquelles on aurait peine à discerner une ligne latérale. Quelques- uns des premiers rayons de leur dorsale anté- rieure sont libres ; la postérieure , ainsi que l'anale, en ont moins que dans les trigles. Ces différentes considérations nous déter- minent à séparer les dactyloptères des autres trigles d'une manière plus tranchée que nous n'avons distingué ceux-ci entre eux. 1 I G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le nom de dactyloptère leur a été donné par M. de Lacépède, et désigne la composi- tion de leurs ailes, soutenues par une partie des rayons de leurs pectorales, c'est-à-dire de leurs doigts. Nous en connaissons deux espèces, dont lune , qui habite la Méditerranée, a été décrite depuis long-temps; l'autre, native de la mer des Indes, est distinguée aujourd'hui pour la première fois , bien que divers auteurs en aient parlé ; mais on l'avait toujours confondue avec la précédente. Nous en rejetons trois que l'on aurait pu introduire dans ce genre, et dont l'une y a été effectivement déjà placée. La première , nommée par Walbaum trigla tentabunda 1 , n'est établie que sur une figure de Klein 2 , faite sur un individu ramolli de l'espèce commune, et où Walbaum avait pris une épine courbée pour un tentacule. Une autre , appelée par Bloch trigla fas- ciata 5 , repose aussi sur une figure de Klein, 4 , que l'on a copiée en la falsifiant , et qui ne re- présentait qu'un jeune dactyloptère commun desséché. 1. Walbaum, Arted. renov., t. 111, p. 56a , note. — 2. Miss. IV, pi. i4,fig. i. — 3. Bl., Syst., p. 16, et pi. 3. %• i.— 4. Miss. IV, pi. i4,%. 2. CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. \\7 Enfin, la troisième, qui est le tripla alata de Gmelin, ou le dactyloptère japonais de M. de Lacépède, est un trigle ordinaire, et nous avons vu ci-dessus que c'est pour avoir mal compris un texte, à la vérité assez mal rédigé , de Houttuyn , qu'on a cru devoir en faire un dactyloptère. Le Dactyloptère commun, Aronde, ou Hirondelle de mer de la Méditerranée. ( Trigla volitans; Linn.) Ce poisson était trop remarquable , soit par la faculté qu'il a reçue à un degré égal ou su- périeur à celui de tous les autres poissons volans, de s'élever au-dessus des eaux, soit même par sa conformation , pour qu'il n'en ait pas été question, à toutes les époques, dans les livres où il est parlé d'objets d'histoire na- turelle. Le nom d aronde ou d'hirondelle , qu'il porte encore sur les côtes de la Méditerranée, en commun avec Xexocet> lui avait déjà été donné par les Grecs et par les Romains» Il ne nous paraît pas même que chez les anciens il l'ait partagé avec cet autre poisson , et nous sommes par conséquent bien éloignés de l'opi- nion de Salvien et de Bélon ? qui ont voulu H 8 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. voir l'hirondelle exclusivement dans l'exocet. A la vérité, ce qu'Aristote dit de l'hiron- delle n'est pas encore bien décisif 1 . Il parle de son vol élevé, et lui attribue un bruit; mais il semble expliquer ce bruit par le choc des nageoires contre l'air , ce qui peut s'entendre également bien des deux poissons. Mais lorsque Oppieir range l'hirondelle avec les scorpions, les dragons, et les autres pois- sons dont les épines faisaient des blessures mortelles; lorsque iElien 3 répète la même chose, ils n'ont pu vouloir parler de l'exocet, qui n'a point d'épines; c'est le dactyloptère et les terribles épines de son préopercule qu'ils avaient en vue. Un témoignage tout aussi décisif est celui de Speusippe dans Athénée 4 , qui dit que le coucou, l'hirondelle et le trigle se ressemblent. On ne peut l'appliquer à l'exocet, qui ressemble bien plutôt à une sardine ou à un muge , et qui a même reçu de quelques auteurs le nom de muge volant. Le dactyloptère est très -connu dans la Méditerranée. Tous les auteurs qui ont décrit les poissons de cette mer en ont parlé en dé- 1. llist. an., 1, IV, c. 9. — 2. Hal, 1. II, v. 45 7 à 46i. — 3. £lien, Hist. an., 1. II, c. 5. — 4. L-VU, p. m. 324- CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. Il 9 tail. Bélon, Salvien, Rondelet, en ont donne' des figures, sinon parfaitement exactes, du moins très-reconnaissables et même fort bonnes pour leur temps. On le nomme à Marseille landole x et ron- dole* ; à Montpellier, aronde , arondelle et rate-penade, c'est-à-dire chauve-souris 3 ; à Rome, nibio 4 et pesce-rondine b y nom qu'on lui donne aussi en Sardaigne 6 ; dans l'Adria- tique, rondela et rondola 1 ,• à Nice, gallina 8 ; en Espagne j volador^; en Sicile et à Malte, galinedda et pesce-falcone. 10 Je ne vois pas qu'on l'ait irouvé commu- nément sur nos côtes de l'Océan. Cornide ne le nomme point parmi les poissons de Gallice , ni Pennant parmi ceux de la Grande- Bretagne. Duhamel n'en parle point, et plus au nord il en est encore moins question. Cependant il se retrouve sur les cotes d'A- mérique et dans leurs parties les plus chaudes. Du moins la comparaison la plus scrupuleuse ne m'a fourni aucun moyen de distinguer de nos arondes de la Méditerranée celles que 1. Bélon, p. 195. — 2. Rondelet, p. 285. — 3. Idem, ibid. , rate-penade, rai empenné. — 4. Bélon, p. ig5. — 5. Salvien, fol. 184. — 6. Cetti, t. III, p. 194. — 7. Rondelet, p. a84- — 8. Risso, p. 201. — 9. Rondelet, p. 285. — 10. Willughby, p. 283; Rafinesque, Indice, p. 28. 120 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. nous avons reçues de la Martinique par M. Plée, et des divers points de la cote du Brésil par MM. Delalancle, Auguste Saint-Hilaire, et par les expéditions de MM. Freycinet et Duperrey. Le grand courant appelé gulf-stream rem- porte fort avant vers le nord. M. Mitchill la fait graver dans ses Poissons de New-York sous le nom étrange de six rayed poljneme > mais sans en parler dans son texte. Il en va jusqu'à Terre-Neuve, d'où M. de la Pilaye nous eu a rapporté de beaux échantillons, encore parfai- tement semblables à ceux de la Méditerranée. Nos colons de la Martinique l'appellent coq. C'est le morcielago de la Havane, très-bien représenté et décrit par Parra (pi. i4, p. 25), et le pirabébé et le miivipira des Brésiliens, dont Margrave donne déjà une bonne ligure (p. 162), accompagnée d'une description fort exacte. Mais on ne devine pas trop pourquoi quelques modernes 1 ont été chercher ce nom brésilien de pira bébé (poisson volant) pour le donner à un poisson français, et cela en l'estropiant encore en celui de pwapède, qui ne signifie rien. Pirabébé ne parait pas même avoir été d'un usage général du temps de Mar- 1. Daubenton et Haùy, Encyclopédie méthodique, Dictionnaire d'ichtyologie, p. 3oo ; Bonnaterre , Planches de l'Encyclopédie méthodique, p. ifa, suivis par M. de Lacépède, t. III, p. 326, CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 121 grave. On trouve la figure de cette espèce dans le Liber priricipis (t. II, p. 3go) sous le nom de miicapira, et dans le Liber Mentzelii sous celui de pirameivi. Larme offensive la plus puissante qui ait été donnée au dactyloptère , c'est la longue épine de son préopercule , qu'il peut rendre presque perpendiculaire à son corps. Pointue, forte et dentelée comme elle est, elle doit produire des blessures très-dangereuses, et il n'est point étonnant qu'un poète tel qu'Op- pien les appelle mortelles. Néanmoins c'est principalement sur la rapi- dité avec laquelle il s'élance au-dessus des eaux qu'il paraît taire reposer sa défense. Rien n'est plus célèbre dans toutes les rela- tions des navigateurs que l'histoire de ces poissons volans; de l'ardeur avec laquelle ils sont poursuivis par les bonites et les dora- des ; des efforts qu'ils font pour leur échapper, en s'élevant dans les airs; du nouveau danger qui les attend dans cet autre élément de la part des frégates et des albatrosses , et de l'obligation où les met le dessèchement de leurs pectorales de se rejeter promptement dans l'élément liquide. Le dadyloptère a, comme les trigles, le corps 1 22 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. rond, alongé , diminuant vers la queue, et la tête parallélépipède; mais elle est plus plate et plus alon- gée à proportion que celle d'aucun trigle. Le diamètre de son corps, derrière les pectorales, est cinq fois et demie dans sa longueur : sa tête, à prendre du museau aux ouïes , y est quatre fois et deux tiers. La hauteur de la tête ne fait que les trois cinquièmes de sa longueur, et elle est encore un peu plus large que haute. Si on prend la longueur de la tête jusqu'au bord de l'occipital , elle fait plus du quart de la longueur totale , et si on la mesure jusqu'aux pointes des surscapulaires , elle n'y est comprise que deux fois et demie. La physionomie de ce poisson est fort différente de celle des trigles, bien que la composition de sa tête soit à peu près la même ; cela tient à ce que le parallélépipède en est bien moins élevé à propor- tion de sa longueur et de sa largeur, et surtout «à ce que le museau en est très- court, et tombe presque verticalement. Les sous-orbitaires, au lieu de se porter en avant pour former une proéminence plate et échancrée, entourent le museau et se rapprochent l'un de l'autre sous l'ethmoïde, de façon à former avec lui l'appa- rence d'un museau de lièvre. Tout le dessus du crâne est plat; les yeux , fort écartés l'un de l'autre , se diri- gent en dehors, et le crâne devient entre eux un peu concave , en sorte que le bord antérieur de l'orbite forme une légère convexité. Il n'y a pas d'épines sur son contour. Le sous-orbitaire, près de quatre fois plus long que haut, a en arrière de l'œil une large CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. \ 23 échancrure, qui laisse, entre lui et le limbe du préo- percule , une partie de la joue couverte seulement d'écaillés. Tout son bord inférieur est crénelé, et a, vers son angle postérieur, quatre ou cinq fortes den- telures en scie : cet angle postérieur et inférieur s'unit au préopercule au moyen d'un second sous-orbitaire fort petit, et qui se trouve ainsi placé au-dessous de la partie écailleuse de la joue. Le limbe du préopercule a la forme d'une équerre, et c'est dans l'angle rentrant de cette équerre qu'a- boutit le petit sous-orbitaire dont nous venons de parler. L'angle saillant se prolonge en une grande et forte épine, dont la pointe se porte en arrière jusque sous le bord postérieur de la base des pec- torales. Sa face externe a une arête finement den- telée en scie. L'opercule est petit, arrondi, flexible, et couvert d'écaillés comme la joue. Le sous -oper- cule et l'interopercule disparaissent presque dans la membrane. Les surscapulaires s'unissent au crâne par suture, comme dans tous les trigles- mais dans le dactylop- tère ils prennent un développement énorme, et se portent en arrière, chacun de son côté, plus loin que la base des pectorales, laissant ainsi entre eux, sur la nuque, une grande échancrure demi-circulaire, dans le milieu de laquelle est en partie implantée la pre- mière dorsale. Chaque surscapulaire est relevé d'une arête, et se termine en une pointe aiguë. Toutes ces parties sont chagrinées par des points concaves serrés, mais sans former de lignes ni de rayons. 124 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le scapulaire et l'huméral ne se montrent point, Une peau lisse les recouvre. L'ouverture des ouïes est petite, verticale, se ter- mine sous la base antérieure de la pectorale, et est loin, par conséquent, de se rapprocher de celle de l'autre côté, comme dans les trois sous-genres précé- dens. Elle a proprement six rayons, mais on n'en sent avec le doigt que trois dans la partie lisse et mo- bile de sa membrane. Le quatrième, qui est tout droit, est dans la partie de la peau par où cette membrane s'unit à la gorge, et les deux autres sont cachés par la peau même de la gorge et par les écailles dont elle est garnie. La bouche est petite; elle s'ouvre immédiatement sous le museau, par une courbe à peu près parabo- lique. La mâchoire inférieure est un peu plus recu- lée que l'autre; toutes les deux ont leurs lèvres légè- rement charnues, sans écailles : le maxillaire n'en a pas non plus; il en manque également sous l'inter- valle des branches de la mâchoire inférieure et au- tour de la base de la pectorale, ainsi qu'à un petit cercle autour de celle de la ventrale; mais tout le reste du corps, à compter de la gorge, en est couvert dessus et dessous. On ne voit de dents qu'aux mâchoires , en forme de très-petits pavés, sur une bande plus large dans le milieu, où il y en a quatre ou cinq rangs, et qui se ré- trécit vers les angles de la bouche. Le palais est entiè- rement lisse, la langue se réduit à une convexité lisse et étroite, un peu charnue, du plancher de la bouche; mais les pharyngiens sont armés de dents en cardes CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. \ 25 La première dorsale se compose de sept rayons épineux, mais à pointes flexibles et non poignantes: les deux premières sont à peu près libres, n'ayant un peu de membrane que tout près de leur base. Quand la dorsale s'abaisse, ils se courbent, l'un un peu plus à droite, l'autre un peu plus à gauche : leur hauteur est à peu près des deux tiers de celle du corps : les cinq suivans sont compris dans une membrane qui diminue en arrière en s'arrondis- sant. Entre cette première dorsale et la seconde est une petite épine ou crête triangulaire, pointue et fixe, qui est une proéminence de l'interosseux placé au- dessous ; puis vient la deuxième dorsale , un peu plus haute que la première, à huit rayons articu- lés, mais non branchus, excepté le sixième et le sep- tième, qui sont fourchus. Ces deux nageoires occu- pent à peu près des espaces égaux en longueur, et qui font ensemble plus des deux tiers de la longueur totale. Il n'y a guère que la première dont on puisse dire qu'elle est implantée dans une espèce de sillon du dos , encore ce sillon n'est-il point garni d'écail- lés pointues, comme dans la plupart des trigles. L'anale n'a que six rayons, qui répondent aux six derniers de la seconde dorsale ; le cinquième seul est fourchu. Entre ces deux nageoires et la caudale est un es- pace qui fait plus du cinquième de la longueur du poisson. La caudale en fait un peu plus du sixième ; elle a son bord postérieur un peu concave. En ne prenant A 26 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. que les rayons qui vont jusques à ce bord, elle n'en a que neuf; mais on en trouve encore trois ou quatre dessus et dessous, qui vont en diminuant. De chaque côté de sa base sont deux longues écailles pointues à carènes crénelées, qui terminent deux séries dont nous parlerons bientôt. Ce qui caractérise éminemment le dactyloptère, ce sont ses pectorales ; elles sont portées sur une base ou espèce de bras charnu, gros, court et sans écailles, et se divisent en deux parties: une anté- rieure, qui est proprement la nageoire et se com- pose de six rayons articulés assez forts , dont les extrémités dépassent un peu la membrane et dont la longueur est comprise quatre fois et demie dans celle du poisson. La seconde partie ou postérieure, qui est proprement l'aile, se compose de vingt-neuf ou trente rayons : le premier est de moitié plus court que ceux de la première partie ; le second les égale : ils vont ensuite en s'alongeant jusqu'au sep- tième et au huitième, qui ont presque en longueur les deux tiers de celle du poisson. Cela dure à peu près ainsi jusqu'au dix-neuvième , ensuite ils dimi- nuent assez rapidement, de manière que les cinq ou six derniers sont extrêmement courts , et que leurs pointes sortent de la membrane vers la base posté- rieure de l'aile comme des filamens. La membrane qui unit tous ces rayons est très-extensible, et quand elle est tendue, l'aile est aussi large que longue. Ces îayons sont simples ; je n'y vois pas même d'arti- culations, si ce n'est vers leur extrémité. Leur partie extérieure est très -flexible et presque sans consis- QHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. \ 27 tance : leur grand nombre résulte du dédoublement des rayons ordinaires, qui, ainsi que nous l'avons vu dans l'introduction à cet ouvrage, sont toujours divisibles en deux filets. On s'aperçoit aisément, en examinant leurs bases, que dans l'aile du dactylop- tère ce ne sont que des moitiés de rayons, et celte circonstance se marque aussi en ce qu'ils sont alter- nativement plus ou moins saillans en dessous, et que le plus saillant est toujours coloré en blanc , tandis que l'autre n'a que la couleur du fond. Les ventrales sortent entre les bases des pectorales, et sont étroites et pointues, composées d'une épine et de quatre rayons mous seulement; elles égalent en longueur la partie antérieure de la pectorale. Leur second rayon mou est le plus long. Leur bord in- terne n'adhère point au tronc. L'anus est précisément au milieu de tout le poisson. Les écailles du dactyloptère sont dures , créne- lées à leur bord , et élargies à chacun des angles de leur base ; celles du dos et des flancs sont relevées chacune d'une arête longitudinale finement créne- lée, et les arêtes, disposées très - régulièrement , se joignent pour former des crêtes tranchantes , qui régnent en ligne droite sur la longueur du poisson, et dont les mitoyennes s'étendent jusqu'à sa cau- dale. Il y en a sur le devant du tronc environ dix- huit ou dix-neuf : les douze ou treize plus élevées finissent successivement, de manière que le dessus de la queue n'a que des écailles sans arêtes ; les quatre suivantes se continuent sur les côtés de la queue jusqu'à la caudale , mais de manière que des 1 28 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. quatre la supérieure et l'inférieure prennent des crêtes plus fortes à mesure quelles se portent en arrière , en sorie que le bout de la queue est à peu près quadrangulaire. Ces deux séries, plus saillantes, se terminent par une écaille plus longue du triple, à crête plus relevée, qui forme, comme nous lavons déjà dit, de chaque côté de la caudale une double arête. Au-dessous de la dernière de ces longues lignes en est encore une incomplète, qui a aussi quelques fortes crêtes sur une partie de ses écailles; mais qui ne va ni jusqu'à la pectorale, ni jusqu'à la caudale. Entre elles , le ventre et tout le dessous du corps n'ont que des écailles plates et sans arêtes, mais dures , irrégulièrement striées en longueur, et déchirées ou dentelées vers leur pointe. On peut compter soixante-cinq écailles sur une ligne, depuis l'ouïe jusqu'à la caudale, et trente-trois ou trente- quatre sur le demi- cercle, depuis la dorsale jusque sous la ligne mitoyenne du ventre. Ces écailles ne laissent pas que de former au poisson une cotte de mailles assez puissante. Le dos du dactyloptère est brun - clair , marbré ou tacheté de brun plus foncé : la couleur est plus claire vers la tète, et les marbrures y sont plus sen- sibles. Les côtés de la tête et du corps sont d'un rouge-clair glacé d'argent; le dessous d un rose pale. Ses grandes pectorales sont en dessous d'un noirâtre qui devient cendré vers la base; un rayon sur deux coupe ce noir d'une ligne d'un blanc rosé. En des- sus elles sont noires, avec des taches bleues dis- posées diversement, selpn les individus, tantôt se- CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 129 inees comme des gouttes plus ou moins larges, tantôt s'unissant vers les bords en lignes ou en bandes transversales, et vers la base en lignes longi- tudinales entre les rayons; vers le bord interne ce sont des taches blanchâtres plus nombreuses , mais plus nuageuses. La petite pectorale est brune , ta- chetée aussi de bleuâtre. La ventrale et l'anale sont rose comme le ventre. La première dorsale est grise, avec des taches nuageuses brunes ; la seconde est transparente, et ses rayons ont, chacun, quatre ou cinq anneaux bruns. La caudale a aussi des bandes, au nombre de quatre ou cinq, irrégulières, et formées par des suites de taches : sur les rayons leur couleur est d'un brun roux. La longueur la plus ordinaire du dactyloptère est d'un pied. Un individu venu tout nouvellement de Sicile, et d'après lequel nous avons décrit les couleurs, était long de quinze pouces. M. Ajasson vient d'en offrir un plus grand encore au Cabinet du Roi : il a dix-neuf pouces de long, et ses ailes, étendues, ont deux pieds d'envergure. L'œsophage du dactyloptère commun est long et étroit : il se renfle à la hauteur des ventrales pour former l'estomac, qui est situé dans le côté droit, comprimé, à parois peu épaisses : il n'y a pas de plis à l'intérieur. Le pylore s'ouvre plus en avant que le cardia; il est entouré de plus de trente cœcums grêles , plus courts que l'estomac, et disposés en deux paquets , à peu près égaux, de chaque côté de ce viscère. L'intestin est long, replié six fois sur lui-même, 4- 9 1 50 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. à parois très-minces, et d'un diamètre égal dans toute sa longueur. La rate est très-pelile, arrondie, et située auprès du cinquième repli de l'intestin. La vessie aérienne est petite, placée entre les pecto- rales, profondément divisée en deux lobes arrondis, un de chaque côté de l'épine, entouré chacun sur sa moitié extérieure postérieure d'un muscle puissant, composé de fibres transverses. Chaque lobe envoie en avant une production oblongue, qui se loge sous le crâne, dans une cavité recouverte par les occipi- taux supérieurs. Les parois de cette production sont beaucoup plus minces et plus argentées que celles du lobe. Les reins, placés comme à l'ordinaire sur la vessie, sont assez gros; chacun est renflé vers la tète , et ce lobe est logé dans une cavité creusée sous le crâne à côté de celle de la vessie. Le rein devient ensuite très-mince, et s'appuie sur le lobe de la vessie nata- toire. Quand le rein l'a dépassé , il se dilate de nou- veau, et se réunit à celui du côté opposé sous la colonne vertébrale, pour former un lobe très-grêle et de peu de longueur. Les reins donnent directe- ment dans la vessie urinaire , qui est grande , et qui . a des parois très-minces. J'ai trouvé dans l'estomac des débris de petits crustacés. La tête osseuse du dactyloptère, qui semble différer si énormément des autres poissons, et même des tri- gles communs, ne montre cependant que les mêmes os, aux mêmes places, et servant aux mêmes usages. CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 1 51 Elle est déprimée et élargie dans toute sa lon- gueur, de manière à représenter un disque presque rectangulaire, dont le côté antérieur serait courbé en angle obtus , et les angles postérieurs prolongés en longues pointes. A sa face supérieure l'ethmoïde, les frontaux antérieurs, principaux, et postérieurs, l'interpariétal, les pariétaux, les mastoïdiens, les ro- chéens, les occipitaux externes, et les immenses sur- scapulaires de l'épaule , forment une sorte de com- partiment ou de pavé à surface âpre, mais plate, ou plutôt légèrement concave. Le très -large ethmoïde et les deux frontaux an- térieurs forment la première rangée, échancrée de chaque côté pour les narines. Les frontaux anté- rieurs se divisent chacun en deux pièces ; mais Tune des deux ne se montre pas à la surface. Deux grands frontaux hexagones forment la se- conde ; ils atteignent le bord supérieur de l'orbite par une petite partie du leur , en arrière de laquelle est un petit frontal postérieur. La troisième rangée est faite de l'interpariétal au milieu, des pariétaux à ses côtés et des mastoïdiens aux bords; ceux-ci sont larges et hexagones. Une quatrième rangée est formée par les occipi- taux externes et les surscapulaires , et entre cette rangée et la précédente il y a, de chaque côté, deux os ovales, dont l'un plus grand que l'autre, qui représentent les rochers. L'interpariétal, qui en dessus ne'se montre que fort en avant du bord postérieur, atteint ce bord en dessous, en passant sous les occipitaux externes. \ 32 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le crâne forme en dessous une saillie longitu- dinale, de deux tiers plus étroite que son disque supérieur, à laquelle participent, à la face inférieure, en avant, le vomer et les deux frontaux antérieurs, puis le sphénoïde; à ses côtés, en arrière, les grandes ailes, puis l'occipital inférieur, et le long de ses côtés, les occipitaux latéraux , qui se continuent chacun avec une arête saillante du surscapulaire. Dans l'orbite le sphénoïde a deux lames , qui re- montent pour s'unir aux ailes orbitaires, lesquelles s'unissent en arrière aux grandes ailes. Le plafond de l'orbite est formé par ces ailes or- bitaires et par les trois frontaux. Entre l'ethmoïde et le vomer est un grand espace vide, qui unit les deux narines osseuses et commu- nique dans le crâne. Les lames montantes du sphénoïde laissent en avant mie partie non ossifiée dans l'espace interor- bitaire. La hauteur du crâne n'est pas le tiers de la lar- geur du disque supérieur, et la largeur de ce disque n'est que moitié de sa longueur. Le reste du squelette offre encore plusieurs par- ticularités dignes de remarque. L'occiput se conti- nue à un tube comprimé, sans division, qui lient la place des premières vertèbres, et va jusque vis- à-vis la base de la première dorsale. Il ne vient à sa suite que cinq vertèbres abdominales , toutes très-comprimées verticalement , dont les deux anté- rieures sont un peu élargies en dessous , et y sont creusés d'une concavité. Il y a quatorze vertèbres CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. '153 caudales, aussi toutes très -comprimées, plus hautes que larges. Ces vertèbres, tant abdominales que cau- dales, ont chacune, vers le haut de chaque côté, une apophyse transverse montante, et vers le bas une descendante, toutes comprimées et pointues. Dans les abdominales, c'est l'inférieure qui porte la côte. Les interosseux, très-comprimés aussi, et non en forme de poignard , s'unissent par suture, un en avant et l'autre en arrière de chaque apophyse épineuse, et ils s'unissent de la même manière entre eux , en sorte que l'épine a plus de solidité que dans aucun autre poisson , ce qui rappelle un des caractères de celle du dos et des lombes des oiseaux. Les pièces analogues au carpe s'alongent plus que dans les autres trigles. Les os que l'on a comparés à l'avant-bras laissent un grand vide entre eux et l'hu- méral. La forme des os du bassin est aussi très- compliquée : leur disque est très-creux en dessous , caréné en dessus : ils n'adhèrent pas comme d'ordi- naire par leur pointe à la suture des numéraux , mais ils tiennent par une apophyse assez longue à l'os humerai de leur côté, et ont chacun en arrière une petite apophyse dirigée en avant. Une tige os- seuse , se rendant dune extrémité à l'autre dans la ligne moyenne, partage en deux l'ouverture de leur concavité inférieure. \ 34 LIVRE IV. JOUÉS CUIRASSÉES. Le Dactylo ptère tacheté de la mer des Indes. (J)actjlopterus orientalis , nob.) 1 Tant que l'on na eu que des figures gros- sières des dactyloptères de la mer des Indes, telles que les donnent Valentyn ou Renard, on a pu les croire identiques avec celui de la mer Méditerranée, et un premier coup d'ceil, jeté avec légèreté sur celui que nous allons décrire, aurait pu confirmer cette opinion ; mais une comparaison directe et suivie nous a prouvé que l'espèce en est fort différente. Son caractère le plus sensible consiste en ce que le casque osseux de sa tête est échancré en arrière bien plus profondément, et jusqu'au-dessus de l'angle supérieur du préopercule, en sorte que d'avant en arrière, et dans la ligne mitoyenne, son crâne, à largeur égale , n'a guère plus de moitié de la lon- gueur de l'espèce commune. Son premier rayon dorsal s'avance jusque dans l'angle de cette échancrure, en sorte qu'il répond aussi au dessus de l'angle supérieur du préopercule; tandis que dans l'espèce commune il répond à peine à la base postérieure de la pectorale. Ce rayon est aussi beaucoup plus long, il a près 1. Cyanopler, Commerson , manuscrits; Moore-godoo , Russel, p. »6i. CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 135 du triple de la hauteur du corps à cet endroit. Une membrane étroite garnit sa base. Un long espace libre le sépare du deuxième rayon , qui est à peu près à la place qu'il occupe dans le dactyloptère or- dinaire et fort court : le troisième grandit de nou- veau, et commence proprement la nageoire. Ce dactyloptère des Indes a en outre l'ethmoïde plus avancé, ce qui empêche les sous-orbitaires de se joindre l'un à l'autre sous son bord inférieur, et ce qui lui rend le museau un peu plus saillant. Le bord inférieur de son sous-orbitaire n'a pas de dents en scie ; ses surscapulaires sont plus arrondis vers leur pointe : toutes ses écailles sont aussi plus ar- rondies vers le bout. Une seule des séries de crêtes qui vont vers la queue , l'inférieure , en a de plus fortes que les autres , et même celles qui excèdent la mesure commune de cette série sont plus sail- lantes et plus larges que celles qui jouent le même rôle dans l'espèce commune. Les ventrales sont un peu plus étroites et un peu plus en arrière, et les ailes nous ont paru encore un peu plus longues ■ mais leur partie antérieure en est moins profondément séparée. Du reste ces deux poissons se ressemblent extrêmement. D. 7 — 8; A. 6; C. 11; P. 6 — 23; V. 1/4. Nos individus des Indes, dans la liqueur, nous paraissent gris-brun doré dessus, plus blanchâtres dessous ; mais nous savons par INI. Dussumier que dans le frais c'est le rouge -brun et le noirâtre qui dominent. Leurs grandes nageoires sont semées de taches brunes plus larges, et d'autres taches, blan- 1 56 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. châtres ou bleuâtres, plus petites que dans l'espèce de nos mers. L'un de ces individus a, vers la pointe de chaque écaille, une petite tache d'un brun-roux foncé; un autre en a de grandes noirâtres, nua- geuses, éparses sur le dos. Il y en a deux qui n'en ont aucunes. Les viscères du dactyloptère oriental sont assez semblables à ceux du commun. Cependant on ne lui compte que dix -neuf appendices cœcales, dont dix sont à la gauche de l'estomac. La vessie aérienne est plus grande ; elle est de même divisée en deux lobes , dont chacun a sur la face dorsale un énorme muscle qui le recouvre. Nous avons surtout reçu ce poisson de l'Isle-de-France ; Péron, MM. Quoy et Gay- mard, et M. Dussumier, l'en ont apporté. Il est aussi venu de Waigiou, par la dernière expe'dition autour du monde. Commerson en avait déjà laissé une figure dune exactitude singulière , où il n'avait mis d'autre étiquette que le mot cyanoptere ; mais M. de Lacépède n'y a point donné d'attention, et ne l'a point fait graver. C'est le moore-godoo de Vizagapatam , que M. Russel a donné planche 161 , le croyant le trigla volitans de Linnams, ou notre dac- tyloptère commun. Sa figure est très-bonne, sauf le premier rayon libre du dos, qui est représenté trop court. CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 457 L'auteur dit que la tête et le dos sont d'un rouge foncé, avec des taches rondes d'un vert obscur; les flancs d'un rouge plus pâle; le ventre blanc; les nageoires pectorales, dorsales et caudales tachetées aussi d'un vert foncé ; les ventrales et l'anale pales. La taille ordinaire de l'espèce est de onze pouces. Elle n'est pas commune sur la côle d'Orixa. Il faut qu'elle ne le soit pas non plus sur celle de Coromandel ) car M. Leschenault ne l'y a pas recueillie. C'est, selon nous, cette espèce qu'ont don- née , mais grossièrement, Valentyn (fîg. 35) et Renard (part. I, pi. 10, fig. 66) : Valentyn la nomme ikan terbang warna rœpanja ou poisson volant très- tacheté. Renard l'appelle terbang boudjou. Les couleurs dont il l'en- lumine sont trop vives ; mais son original , que nous avons retrouvé dans le Recueil de Corneille de Vlaming , paraît plus naturel. Il a le corps violàtre, tacheté de vert; les ailes jaunes, et vertes vers le bout, tachetées et piquetées partout de brun et de noirâtre. Le poisson y est nommé boudjou terpang et vliegende zee-aap (singe de mer volant). Quant aux figures 186 (pi. 35) et 2o5 (pi. 40 ^ e Renard, 5o6 de Valentyn, colorées en blanchâtre, et intitulées vliegende zee-uyl (chouettes de mer), elles sont aussi copiées \ 58 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. de Vlaming , et je ne doute point qu'elles n'annoncent encore l'existence dans la mer des Indes de quelque dactyloptère inconnu. DES CÉPHALACANTHES (Cephalacanth us, Lac), Et de T espèce unique de ce genre. (Cephalacanthus spinarella , Lac; Gasterosteus spinarella , Linn. ) * Le céphalacanthe , car on n'en connaît qu'un ■ est un des plus petits et des plus sin- guliers poissons de la mer. Dans sa taille, d'un à deux pouces , il présente presque la même tête et le même corps que le dactyloptère ; mais il n'en a pas les longues pectorales, et ne peut , comme lui , s'élever dans les airs. Il n'a pas non plus les rayons libres des trigles ordinaires. C'est, si l'on veut, un dactyloptère sans ailes ou un trigle sans rayons libres. Il est originaire de Surinam, et non pas des Indes, comme on l'a dit jusqu'à présent, sur la foi de Linnaeus , qui ne lavait vu que dans le Cabinet du roi de Suède. Il est vrai qu'il aurait été difficile de le contredire, car 1. Pungitius pusillus, Linn. , Mus. Ad. Fr. , p. 74 , pL J2 , fig. 5 ; Gasterosteus spinarella, Linn., Sjst. nat., i2. e éilit., et Gmel. et Bl. Schn.5 Céphalacanthe spinarelle , Lacép., t. III, p. 322 et 325. CHAP. IV. CÉPHALACANTHES. \ 39 il a seul parlé de ce poisson d'une manière distincte. Hermann, à la vérité, le décrit aussi dans ses Observations posthumes (p. 3o6), sous le nom de pisciculus habitu et capite trigÏŒj, mais sans en indiquer ni la patrie ni l'identité avec le poisson de Linnaeus ; en sorte qu'il a fallu que nous vissions son indi- vidu pour en constater la synonymie. La ligure que LinnsettS en donne suffisait du moins pour prouver qu'il avait bien fait de l'ériger d'abord en un genre particulier, sous le nom de pungitius, et pour empêcher que l'on ne se laissât induire par son exemple à en faire une épinoche, puisque cette figure n'offre ni épines libres en avant de la dorsale, ni grandes épines à la place des ventrales : on n'aurait pas eu alors besoin de créer le nouveau nom de céphalacanthe , sous lequel M. de Lacépède le désigne. Sa tête a tous ses os disposés comme dans le dactyloplère , et formant ensemble une cuirasse en parallélépipède moins haut que large , mais plus long; seulement sa face supérieure n'est pas concave, mais plutôt légèrement convexe , même entre les yeux. Les quatre pointes formées par les sursca- pulaires et par les angles des préopercules sont beaucoup plus longues à proportion que dans le dactyloplère, égalent même le reste de la tête en 1 40 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. longueur, et se portent presque aussi loin en ar- rière que les pectorales , qui , à la vérité , sont assez petites. Les bords de ces quatre grandes épines sont finement dentelés en scie, et leur surface, ainsi que celle de tous les os de la tête, est poreuse ou granu- lée. Le devant du museau est même presque caver- neux. Le grand sous-orbitaire, échancré en arrière, comme dans le dactyloplère, laisse également une partie de la joue sans cuirasse, et s'unit de même à l'angle du préopercule par un petit os particulier et dentelé ; mais le bord montant du préopercule a dans le haut une petite pointe qui manque au dactyloptère. L'opercule pst petit, sans épines; l'ori- fice branchial assez étroit, et sa membrane munie seulement de trois rayons grêles. La bouche s'ouvre sous le rebord du museau, et n'a à chaque mâchoire qu'une rangée de très-petites dents. Les pectorales ne font guère plus du cinquième de la longueur totale. Une profonde échancrure les divise en deux parties : une supérieure, dont les rayons sont séparés jusqu'à leur base et de couleur jaune (j'ai pu en compter huit de tels); une inférieure, qui m'a paru avoir aussi huit ou dix rayons blanchâtres, reunis par une membrane noirâtre très-ténue. La première dorsale a six rayons très-grêles, distincts presque jusqu'à la base; la se- conde m'en a paru avoir huit ou neuf, l'anale six ou sepi, et la caudale dix : mais je n'oserais répondre de ces nombres, difficiles à bien compter sur un poisson si menu. Les ventrales, cela du moins est sûr, en ont six, dont un épineux : leur longueur est la même que celle des pectorales, sous lesquelles elles sont exacte- CHAP. IV. CÉPHALACANTHES. \A\ ment placées. La caudale est coupée carrément : sur sa base sont de chaque côté deux longues écailles, comme dans le dactyloptère, et tout le corps est cou- vert d'écaillés carénées, dont il y a environ dix-huit rangées à l'endroit des pectorales. La couleur de ce petit poisson est sur le dos d'un brun olivâtre ou verdàtre, sur les flancs et sous le ventre d'un doré tirant sur la couleur du laiton. Les pectorales, comme je l'ai dit, ont du noir vers le bout de leur partie inférieure ; les ventrales sont blanches , les autres nageoires brunes. Deux indi- vidus, de dix-huit lignes de longueur, ont le brun du dos uniforme ; dans un troisième , long de près de deux pouces et demi, il y a sur la tête et sur le brun du dessus du corps de larges bandes d'un brun plus foncé, au nombre de sept ou huit : tous les trois ont un demi-cercle de couleur vive d'argent autour de l'œil, en dessous; une ligne semblable au bord montant du préopercule, et une à chacune des quatre grandes épines qui prolongent la tête en arrière. Le foie du céphalacanthe est gros, et remplit pres- que tout lhypocondre gauche : le lobe droit du foie est petit; l'œsophage est assez long, et se prolonge en un estomac médiocre , pointu en arrière. Auprès du cardia est la branche montante, qui est grosse et épaisse. Le pylore est entouré d'une quantité in- nombrable de cœcums fins et serrés l'un contre l'au- tre tout autour de l'intestin. Celui-ci est d'un dia- mètre petit, mais égal dans toute sa longueur: il se replie cinq fois sur lui-même avant de se rendre à l'anus. Il n'y a pas de vessie natatoire. 142 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. CHAPITRE Y. Des Chabots et Cliaboisseaux (Cottus, Linn.). Après avoir fait connaître, dans les quatre chapitres précédens , tous les poissons que Linna?us comprenait sous son grand genre trigla, nous allons tracer l'histoire de ceux qu'il réunissait sous son genre cottus. Ce genre avait pour type primitif un petit acanthoptérygien de nos rivières, à tête large, à deux dorsales , à préopercules épineux, et l'on y avait rangé, à mesure de leur décou- verte, plusieurs poissons de mer qui répon- dent plus ou moins à ces premiers caractères. Les cottes en général se reconnaissent donc à une tête large, déprimée, cuirassée et diver- sement armée d'épines ou de tubercules, et à deux nageoires dorsales distinctes ou du moins très-peu unies. Ce dernier trait les sé- pare des scorpènes, qui leur ressemblent par leur tête armée et cuirassée, mais dont la plu- part l'ont d'ailleurs comprimée latéralement et non horizontalement déprimée. On a distingué nouvellement des cottes CHAP. V. CHABOTS. 1 43 proprement dits, les platycéphales 1 , dont la tête est encore plus déprimée que la leur, et autrement cuirassée, dont le corps est écail- leux, et dont les ventrales, larges et dévelop- pées, sont attachées plus en arrière cpie les pectorales; et les agomis , phalangistes ou aspidophores , dont le corps entier est enve- loppé de pièces osseuses et anguleuses. 2 Les batrachus , dont quelques-uns avaient aussi été placés parmi les cottes 3 , en ont été séparés avec encore plus de raison; car leur tête, quoique aplatie , n'est pas cuirassée; leurs ventrales sont en avant de leurs pectorales, et n'ont que deux rayons mous, et leurs in- testins, ainsi que toute leur structure, mon- trent qu'ils appartiennent à une autre famille. Au moyen de ces distinctions, les cottes proprement dits ne comprennent plus que des poissons vraiment semblables à notre chabot de rivière parleur forme large en avant, mince vers la queue; par leur tête déprimée; par leur préopercule armé d'épines; parles rayons de leurs ventrales, au nombre de quatre ou de trois seulement. Ils ont tous des dents au- 1. Collus insidiator, Linn. ; Coitus madagascariensis, Lacép. ; Coitus scaber, Linn. — 2. Cottus cataphractus , Linn.; Cottus japonicus , Linn.; Coitus monopterygius , Linn. — 3. Coitus grun- niens , Linn. 144 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. devant du vomer, mais non aux palatins; six rayons à leur membrane branchiale , un esto- mac en sac obtus, des appendices cœ cales en petit nombre (de quatre à huit), la membrane des vésicules séminales et des ovaires teinte en noir; ils manquent de vessie natatoire. Nous devons avertir que dans rénuméra- tion que nous allons en donner nous ne com- prendrons pas le cottus indicus de Linnaeus *, ni le cottus massiliensis de Forskal et de Grae- lin% ni le cottus australis de John White 3 , ni le cottus hemilepidotus de Tilesius 4 , qui sont des scorpènes ou qui s'en rapprochent plus que des cottes; ni le cottus hispidus ou acadianus de Schneider, qui doit faire un petit sous-genre intermédiaire entre les scor- pènes et les cottes; ni le cottus chœtodon de Schneider, ou cottus glaber de Schœpf 5 , qui est un batrachus; ni le cotte noir de Com- merson 6 , qui est un périophtalme ou une éléotris. Nous y ramenons au contraire le sj- nanceia cervus de Tilesius 7 , qui est un vrai 1. Mvs. Ad. Freder., t. II, p. 66. — 2. Forskal, p. 24- — 3. Voyage à la Nouvelle-Galles du sud, p. 266. — 4. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. III, p. 262, pi. 11 et 12. — 5. Écrits de la Société des naturalistes de Berlin, t. VIII, p. i46. 6. Lacépède, t. III, p. 2 5o. — 1. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. III, p. 268, pi. i5. CHAP. V. CHABOTS. \ 45 cotte proprement dit, avec tous les caractères du sous-genre. Nous devons avertir aussi que le cottus anostomus de Pallas (Zoogr. ross., tom. III, pag. 128, n.° 101) n'est pas autre chose que luranoscope vulgaire. Nous en faisons la re- marque, parce que l'auteur a oublié d'en join- dre la synonymie à son article, et que son éditeur , M. Tilesius , n'a suppléé à son oubli par aucune note. Le Chabot de rivière. (Cottus gobio, Linn.j BL, pi. 39.) Notre chabot de rivière est un petit pois- son de quatre à cinq pouces de longueur, dont la partie la plus large, qui est la tête, égale presque le tiers de la longueur totale. Cette tête est aussi large que longue, mais d'un tiers moins haute que large. La plus grande hauteur du corps est sous la première dorsale et fait le cinquième de sa lon- gueur; ensuite il diminue jusqu'à la caudale, près de laquelle il n'a plus en diamètre qu'un douzième de la longueur. La tête est arrondie en avant ; la bouche est fen- due à son bord antérieur; ses deux mâchoires n'a- vancent pas plus l'une que l'autre ; les yeux sont à la face supérieure , dirigés cependant un peu de côté, et un peu plus près du museau que de la 4- 10 î 46 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES, nuque : ils sont petits; leur diamètre longitudinal ne fait pas le cinquième de la longueur de la tête; leur dislance égale deux fois ce diamètre dans la fe- melle; mais le mâle les a un peu plus rapprochés : il n'y a point d'aiguillons aux orbites ni à la tempe. Une peau molle et nue enveloppe la tête comme le corps. Le sous-orbitaire ne se montre point au travers, bien qu'il s'articule avec le préopercule et cuirasse ainsi le haut de la joue : le préopercule lui-même ne se fait remarquer que par une épine recourbée en dessus, dont son angle est armé, et sous laquelle il y a une très-petite dent cachée par la peau. L'oper- cule osseux finit en pointe plate et peu acérée; l'ou- verture des ouïes est médiocrement fendue, parce que la membrane se fixe au tronc à la hauteur du bas de la pectorale: le poisson, en la gonflant, fait encore paraître sa tête plus large qu'elle ne l'est or- dinairement, et il soulève ainsi son préopercule, de manière à pouvoir blesser avec son épine : aussi a-t-il recours à ce gonflement lorsqu'il est en danger. Mal- gré l'assertion précise d'Àrtedi et de Bloch 1 , quelques modernes, qui ont copié une faute d'impression de ce dernier 2 , ne donnent que quatre rayons à la membrane branchiostège du chabot; mais elle en a bien certainement six, très-faciles à compter. Chaque mâchoire a une large bande de dents en 1. Bloch, 2. e part., p. 11, au bas; Gmelin, p. 1211; Lacépède, t. m, p. 255. 2. Bloch dit dans son texte qu'il y a six rayons; mais dans le tableau des nombres, en tête de l'article, on a imprimé B. IYau lieu de B.VI. CHAP. V. CHABOTS. \ 47 fin velours , et il y en a une étroite, en forme de che- vron très-évasé, en avant du vomer • mais les pala- tins n'en ont aucune. La langue, très -large, très- courte, fixe, est également lisse et sans dents; les tubercules des arceaux des branchies et les pharyn- giens en ont en velours. La pectorale est très -large, arrondie, et a treize ou quatorze rayons, dont les six ou sept supérieurs sont branchus à leur extrémité , et les autres sim- ples , mais articulés. Sa longueur fait presque le quart de la longueur totale. Les ventrales sortent un peu plus en arrière que le bord inférieur des pectorales , et ne vont pas aussi loin en arrière. Leur épine est grossie et alongée par son enveloppe membraneuse, et, ce qui est remar- quable, elles n'ont que trois rayons mous. La première dorsale commence au-dessus de la base des pectorales ; elle est trois fois plus basse que le corps, et a de six à huit et quelquefois neuf rayons, tous très-flexibles , quoique non articulés. Sa mem- brane, bien que très-abaissée en arrière, l'unit cepen- dant assez sensiblement à la seconde. La seconde, un peu plus haute et bien plus lon- gue, a dix-sept ou dix-huit rayons, dont le dernier fourchu, tous flexibles et articulés, mais dont quel- ques-uns seulement sont rameux. L'anale ne commence pas tout-à-fait aussi avant et ne va pas tout-à-fait aussi loin; elle a treize rayons, dont le dernier est fourchu et pourrait en faire compter quatorze : tous sont flexibles et articulés, mais la plupart ne se divisent point en branches, I 48 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. La caudale esl arrondie el n'a que onze rayons entiers , dont les deux extrêmes sans branches : comme à l'ordinaire , il y en a quelques petits en dessus et en dessous de sa base. Sa longueur fait le sixième de la longueur totale. Nulle part il n'y a d'écaillés visibles. La ligne la- térale ne se marque que par une suite de petites éle- vures ; elle occupe le tiers de la hauteur et demeure à peu près droite. Les jeunes individus ont beau- coup de pores très-sensibles au-dessus de la ligne latérale et aux côtés de l'abdomen. L'anus est un peu plus avant que le milieu, et ses bords forment un bourrelet assez saillant. Les teintes, toujours grises ou brunes, du chabot varient en intensité et en égalité. En général les mâles sont plus foncés. Les jeunes individus des environs de Paris, que nos pêcheurs nomment cJtapsuts, sont d'un gris roussâtre tout marbré de grandes taches nuageuses et irrégulières noirâtres ; le dessous est blan- châtre. Nous en avons d'Alsace d'un gris cendré , où les nuages bruns forment des espèces de bandes trans- versales. Il y en a aussi de semblables du lac de Genève. Quelques-uns de ceux de ce lac ont des points plu- tôt que des taches. Dans ceux que nous avons du lac Majeur, les marbrures s'étendent plus que dans les nôtres. Il en est du Rhône qui ont le dessus du corps d'un brun uniforme, le dessous d'un gris blanchâtre. CHAP. V. CHABOTS. \ 49 Il y a généralement des lignes transverses de points ou de petites taches brunes sur les nageoires. L'anale et les ventrales n'en ont pas toujours ; la première dorsale a un liséré blanc ou rose excessivement étroit. L'iris des yeux est rouge. Le chabot a le foie rougeâtre, assez gros, occu- pant tout l'hypocondre gauche; la vésicule du fiel est grande, ovale, située à droite. L'estomac est en sac arrondi, assez grand; le pylore a quatre cœ- cums assez longs : l'intestin fait deux replis avant de se rendre à l'anus. Les ovaires sont divisés en lobes, et quand les œufs sont près d'être pondus, ils sont très-gros, et augmentent encore la diffor- mité du poisson par l'énorme grosseur de l'abdo- men. Les sacs de ces ovaires sont teints en noir, et les vésicules séminales le sont également, quand elles ne sont pas très-remplies. Il n'y a point de vessie natatoire. Le squelette a trente-deux vertèbres à son épine : dix abdominales et vingt-deux caudales, Le nom français chabot, le languedocien tête d'aze (d'âne), l'anglais bull-head (tète de taureau ) , l'allemand kaulkopf, kaul- rjuappe ( tète en boule , lote en boule ), l'ita- lien capo- grosso, le russe buitchok (petit bœuf) ou clùrokolobka (tète large), viennent de la largeur de sa tête. A Paris, les pécheurs , au lieu de chabot, disent chapsot ; sur le Rhône on le nomme scchot et quelquefois. 150 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES sorcier : il se nomme encore en Lombardie bota el butina ou botella. Le nom de cottus, que l'on applique main- tenant à ce genre, d'après Artedi, a été em- ployé par Gaza pour traduire le (Zciroç ou koitoç d'Aristote (qu'il avait apparemment lu x'ottoç), petit poisson d'eau douce qui se tient sous les pierres, et que Ton fait sortir en frappant ces pierres , comme s ils entendaient et si le bruit leur faisait mal a la tête (à>ç ànêo-flu v.cà KccpiCuçîsvJcc vTio rë \|>o#g); passage qui pourrait en eiïet se rapporter à notre chabot commun; car ce séjour est tellement le sien, qu'à Ge- nève les enfans du peuple, qui bien sûrement n'ont pas lu Aristote, vont dans l'Arve et sur les bords du Rhône soulever les pierres, et prendre avec une fourchette les chabots qu'ils y trouvent. Le chabot paraît habiter sans exception les eaux douces de toute l'Europe, depuis l'Italie jusqu'en Suède , surtout celles qui sont claires et qui coulent sur des fonds de sable ou de pierre : toutes les Faunes sont unanimes à cet égard. Pallas le nomme parmi les poissons de Sibérie et même parmi ceux du lac Baïkal. Fabricius l'a décrit en Groenland ; mais peut- être serait-il nécessaire de voir ensemble et de comparer des individus venus de ces con- CHAP. V. CHABOTS. 1 51 trées si éloignées les unes des autres, pour s'assurer qu'ils n'offrent point quelques diffé- rences échappées à des observateurs isolés. Ce poisson, selon divers auteurs, fraie en Mars et en Avril; dans la Seine, c'est en Mai, Juin et Juillet. Plusieurs observateurs lui at- tribuent l'habitude de déposer son frai sous une pierre ou dans un trou qu'il creuse pour cela, et de l'y garder jusqu'à ce qu'il soit éclos avec beaucoup de courage et de constance l ; Fabricius dit même que c'est le mâle qui remplit ce devoir, et assure que cet instinct est commun aux autres cottes et aux lumps 2 ; mais les pécheurs de nos environs n'en ont aucune connaissance. Peut-être a-t-on voulu parler du gobius niger, qui, selon les obser- vations positives d'Olivi, prend en effet ce soin de sa progéniture, et est probablement le phjcis dont les anciens ont parlé comme du seul poisson qui sût faire un nid. 3 Le chabot nage avec la rapidité d'un trait, ce qui s'explique très-bien par la grandeur de ses pectorales et par sa forme rétrécie en ar- rière. Sa nourriture principale consiste en in- sectes , en larves de libellules , etc. 1. Marsigli, Dan., t. IV, p. fî; Linnseus, Syst. nat. t douzième édition, t. I. er , i. re part., p. 4^2. — 2. Faun. groeril., p. i6o.— 3. Aristote , Hist. anim,, l.VIII, c. 5q. 1 52 LIVfcE IV. JOUES CUIRASSÉES. C'est après le goujeori le poisson que l'an- guille aime le plus ; et comme son prix est moindre , on s'en sert de préférence comme d'appât pour amorcer les lignes de fond. Sa chair devient rouge en cuisant; elle est agréable et saine, surtout lorsqu'il est pris sur des fonds pierreux et dans des eaux pures. Ainsi il fournit, comme le dit M. Risso, un mets délicieux aux habitans des montagnes; sa petitesse seule empêche qu'il ne soit re- cherché des riches. Pallas assure cependant qu'en Russie per- sonne ne le mange , mais que les gens du peuple le portent suspendu au cou comme une amulette, dans l'idée qu'il les préserve de la fièvre tierce. 1 Le petit Chabot de Russie. (Cottus minutus, Pall.) 2 Nous avons examiné avec soin le chabot que Pallas a décrit sous le nom de cottus minutus, et qui nous a été confié par M. Lichtenstein. Sa ressemblance avec l'espèce commune de nos eaux douces est telle, que nous n'oserions l'en distinguer. 1. Pallas, Zoogr. ross., t. TU, p. 126. *2. Zoogr. ross., t. DI, p. i45, n.° 109, pi. 20, ûg. 5 et 6. CHAP. V. CHABOTS. 1 53 Il a la même tête , la même épine crochue au préopercule , les mêmes marbrures de diffërens bruns sur le corps, les mêmes points bruns sur les na- geoires, et à peu près le même nombre de rayons. D. 9' — 17; A. 13; C. 13, etc. Peut-être son museau est-il un peu moins obtus, et les épines d'au-dessus de ses narines un peu plus longues ; mais, pour assurer que ce sont là des dif- férences constantes, il faudrait les avoir retrouvées dans des individus plus nombreux. La longueur de celui que nous avons observé est de trois pouces. Il avait été donné à Pallas par Merk comme provenant de la'mer d'Ochotzk; mais rien ne prouve qu'il ne vînt pas de quelqu'une des rivières qui s'y jettent. 1. Pallas dit sept; mais il n'est pas difficile d'en compter neuf sur son individu. \ 54 LIVRE ÎV. JOUES CUIRASSÉES. DES CHABOTS DE MER, OU CHABOISSEAUX, Vulgairement aussi scorpion de mer, crapaud de mer, diable de mer, têtard, father-laslier des Anglais (Cottus scorpiis, Linn.), et des deux espèces confondues sous ces noms (Cottus scorpius, nob., et Cottus bubalis, Eupbrasen). Les poissons de nos côtes maritimes qui ressemblent le plus au cbabot de rivière, sont armés d'épines plus nombreuses et plus dan- gereuses, ce qui, joint à la laideur que leur donnent leur grosse tète, leur large gueule et les teintes peu agréables de leur peau, leur a valu toute sorte de noms odieux. On leur a transféré celui de scorpion, qui appartenait originairement à la rascasse. Celui de crapaud tient à leur couleur, à leur nudité et à leur grande bouche. On les nomme diables , parce qu'ils sont laids et médians. Les Anglais sont al- lés jusqu'à les appelei : father-laslier (qui frappe son père), comme si des traits si hideux de- vaient être l'annonce de tous les vices. On nous assure qu'ils partagent sur quel- ques-unes de nos côtes le nom de boi de roc avec la petite vive, et qu'ils ne sont guère moins redoutés. Sur la basse Seine , oii ils re- CHAP. V. CHABOTS. 1 55 montent quelquefois aussi haut que la marée, on les appelle caramassons. J'ai dit que le nom de scorpion de mer n'appartenait pas originairement aux chabois- seaux, et en effet ce nom, pris des anciens, ne peut appartenir à des poissons étrangers à la Méditerranée. Nous n'en avons jamais reçu de cette mer, et ils ne sont indiqués par aucun des auteurs qui en ont décrit les poissons. Ce n'est pas, comme le croit Pennant, la scorpène de Bélon, qui est une rascasse. Cetti, le seul Italien dont Bloch réclame le témoignage, n'a parlé aussi que d'une rascasse *. A la vérité , Aldrovande 2 a donné une figure grossière qu'à la rigueur on pourrait croire d'un de nos cha- boisseaux; mais il ne dit pas d'où il l'avait reçue, et l'on sait qu'il a représenté plusieurs poissons du Nord. Au contraire, tous les auteurs du Nord ont parlé de ces poissons ; il semble même qu'ils deviennent chez eux plus abondans et plus grands. On en voit dans toute la mer Bal- tique , et M. Noël nous en a rapporté du cap Nord en Laponie. Cependant ils sont aussi fort communs sur nos côtes , soit dans la Manche , soit dans le golfe de Gascogne. Mais 1. Hist. tint, sari., t. III, p. 106. — 2. Pisc. 202. \ 56 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. il est essentiel de faire observer qu'il en existe deux espèces, que presque tous les naturalistes ont confondues, parce qu'elles vivent dans les mêmes parages et qu'elles ne diffèrent que par quelques détails dans les proportions des épines et les nombres des rayons. Celle qui paraît la plus commune a les épi- nes du préopercule moins longues, au nom- bre de trois seulement , et quatorze ou quinze rayons à la seconde dorsale. C'est elle qu'a représentée Bloch (pi. 4o). Elle est surtout très- bien rendue par Klein {Miss. IV> pi. i3, fig. 2). L'autre espèce, qui nous paraît le cottus bubalis d'Euphrasen 1 , a quatre épines au préo- percule , dont la première très -longue, et douze, ou tout au plus, mais rarement, treize rayons à la seconde dorsale. C'est celle qu'ont décrite et représentée Schonevelde, dans son Ichtyologie du Holstein ( pag. 67 , pi. 6 ) , et Tonning, dans les Mémoires de Drontheim ( t. II , p. 345 , pi. 1 3 et 1 4 )• Nous nous sommes assurés que leurs diffé- rences ne tiennent point au sexe, comme on aurait pu le soupçonner ; nous avons des mâles et des femelles de l'une et de Vautre espèce. 1. Nouveaux mémoires de l'Académie de Stockholm, t. VII - p. 65, pi. 3, fig. 2 et 3. CHAP. V. CHABOTS. \ i)7 Au surplus, leur histoire est à peu près la même. Ce sont des animaux très- voraces , qui nagent avec une grande rapidité et dont les habitudes sont assez solitaires. Ils quittent le fond au printemps et viennent se loger dans quelques creux de rochers, où, abrités par les varechs, ils jouissent à chaque marée du retour périodique des eaux, qui leur ap- portent une nourriture nouvelle. Vers l'équi- noxe d'automne ils retournent dans les eaux profondes, qui font leur séjour d'hiver 1 . On ne les mange point, sans doute parce que leur chair est aussi médiocre que peu abon- dante, et peut-être aussi parce que leur figure et les noms qu'on leur donne inspirent quel- que répugnance. Cependant les pauvres en Danemarck ne les dédaignent point , et en Norwége leur foie, comme celui de beaucoup d'autres poissons, sert à faire de l'huile. L'épine de leur préopercule est une arme perfide, et fait des piqûres très-douloureuses, que l'on prétend même empoisonnées; mais leur danger ne vient probablement, comme dans les piqûres de la vive , que de la profon- deur à laquelle cet aiguillon mince et pointu 1. Nous tirons ce détail d'un mémoire envoyé par feu Noël de la Morinière à M. de Lacépède. \ 58 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. peut pénétrer. Les pécheurs ont coutume d'y appliquer le foie même du poisson , et Noël de la Morinière nous assure en avoir éprouvé de bons effets. Il y a d'étranges assertions sur la taille à la- quelle ces poissons, qui, chez nous et en An- gleterre, ne passent pas huit ou dix pouces, parviendraient dans le Nord. M. de Lacépède parle de six pieds, et le traducteur français de Bloch de deux brasses, ce qui, à le prendre à la lettre, ferait dix pieds. Comme ni Scho- nevelde, ni Linnaeus, ni Othon Fabricius, ni même Tonning de Drontheim 1 , n'ont rien dit de semblable, j'ai cherché la source de ces exagérations, et je n'ai pu remonter qu'à un passage de Pontoppidan 2 , où il est dit que Yulk ou marulk des Norwégiens, ou le scor- pion de mer, est de deux sortes, et qu'il y en a une grande espèce qui a quelquefois quatre pieds de long; mais comme il ajoute quelle est rouge , couverte de petites écailles , et qu'elle n'a qu'une nageoire sur le dos, il est bien évident qu'il n'a voulu parler que de la grande sébaste du Nord , appelée par Lin- nœus perça marina, que nous décrirons ail- leurs. De ces quatre pieds qu'il lui attribue, 1. Mém. de la Société de Dronllieim, t. II {iy65) f pi. i3 et i4- 2. Hist. nat. o/Nortvay, t. II, p. 160. CHAP. V. CHABOTS. \ 59 Bloch a fait deux aunes (ellen), parce que Faune allemande n'a en général que deux pieds. Son traducteur a mis brasses pour aunes, et voila comment un poisson de quelques pouces est crû subitement jusqu'à une longueur de dix pieds. L'ichtyologie, n'ayant jamais été traitée avec un peu de critique , est pleine de semblables bévues. Bloch s'est bien aperçu ensuite que ce marulk n'est pas le chaboisseau ; il le dit for- mellement dans son article de la scorpène truie 5 mais sa remarque n'a servi qu'à trans- porter aussi à cette scorpène ce qu'il avait dit de la taille du chaboisseau et même à l'exa- gérer encore, comme nous le verrons à l'ar- ticle des scorpènes. Ces chaboisseaux vivent très-longtemps hors de l'eau, et sont du nombre des poissons que l'on a nommés grogneurs , coqs-bruyans ou coqs-de-mer [knorr-liahn , see-murre), parce qu'ils font entendre un bruit quand on les prend ou qu'on les presse dans la main, et même, à ce que dit Klein, parce qu'ils ré- pètent ce bruit à l'approche des tempêtes ; mais cette dernière circonstance, rapportée d'après l'opinion populaire des marins de Dantzig ? est fort contestée par Bloch. \ 60 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. D'après l'observation d'Edwards ' , l'espèce commune pond au mois de Janvier, et donne des œufs rouges de la grosseur d'un grain de navette. Le Chaboisseau de mer commun. (Coltus scorpius, Bl., pi. 40.) Nous décrirons d'abord l'espèce commune, celle du chaboisseau à courtes épines. Sa forme est en grand la même que celle du cha- bot de rivière; une grosse tête, qu'il peut élargir beaucoup en écartant ses opercules et en renflant sa membrane des ouïes, et un corps qui diminue par degrés jusqu'à la caudale. Sa hauteur , à la nuque , est cinq fois dans sa lon- gueur; la largeur de sa tête à cet endroit, lorsque les branchies sont resserrées, n'excède pas beaucoup cette hauteur; mais il peut écarter ses opercules et ses préopercules de manière à donner à sa tête une largeur presque double de l'ordinaire , et alors il rappelle beaucoup la forme de la baudroie. Sa gueule est fendue jusque sous l'œil, et sa large ouverture s'agrandit encore par la protractilité de la mâchoire supérieure , qui alors dépasse un peu l'autre. Les yeux sont grands , un peu plus rapprochés du mu- seau que de la nuque; leur intervalle est concave et n'égale pas leur diamètre. La tête, le corps et les nageoires sont revêtus d'une peau molle et lâche, 1. Glanures, pi. 284* CHAP. V. CHABOTS. \ 61 au travers de laquelle les pointes des aiguillons se font quelquefois jour. Au-devant de l'intervalle des orbites sont d'abord deux très-petites épines vertica- les, qui appartiennent chacune au nasal de son côté. Sur le bord supérieur de l'orbite, en arrière, est un petit tubercule plus ou moins pointu, d'où part une ligne légèrement saillante, qui sépare de chaque côté le dessus du crâne de la tempe , et se termine à la nuque par un autre tubercule : l'intervalle de ces deux lignes serait à peu près carré , s'il ne se rétré- cissait un peu en arrière. Le premier sous-orbitaire est sous l'orbite, plus long que large; le second, encore plus étroit, traverse obliquement le haut et l'arrière delà joue pour aller joindre le préopercule: mais ni l'un ni l'autre ne se montrent au travers de. la peau par aucune épine ou dentelure, et on ne les sent qu'au doigt : le bord montant du préopercule est plus court que son bord inférieur , lequel va un peu en descendant en avant. Son arête produit une forte épine dirigée en arrière et un peu vers le haut, dont la longueur fait à peu près le cinquième de celle de la tète ; sous elle en est une plus petite , et l'ex- trémité antérieure du bord inférieur en a une dirigée vers le bas et en avant. L'opercule se termine par une épine aiguè; le sous-opercule, attaché au bord an- térieur de l'opercule, sous son articulation, par une espèce de pédicule, se dilate dans le bas et y produit deux épines , l'une dirigée en arrière et l'autre vers le bas. L'os scapulaire et le claviculaire ont aussi chacun une épine dirigée en arrière, mais il n'v en a point au surscapulaire. 4- n 1 02 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Les pectorales sont très-larges, coupées oblique- ment, arrondies à leur extrémité, qui est plus voi- sine du bord supérieur. Elles ont dix-sept rayons, tous articulés , mais simples et sans branches. Les six ou sept premiers sont plus minces- les dix ou onze autres, plus gros, vont en diminuant de longueur jusqu'au plus inférieur , qui est aussi le plus court ; la membrane est un peu échancrée entre leurs pointes. La poitrine, entre les deux pectorales, est large et plate ; les ventrales s'y attachent un peu plus en arrière que le bord inférieur des peclorales , qu'elles sont loin d'égaler en longueur. Elles sont étroites , et leur épine est si intimement unie à leur premier rayon mou, qu'elles paraissent n'avoir que trois rayons. La première dorsale répond au dessus de toute la longueur de la pectorale; elle est moitié moins haute que le corps, et sa longueur est double de sa hau- teur. Elle a tantôt huit, tantôt neuf rayons flexibles, peu poignans , à peu près égaux , excepté les deux derniers , qui diminuent. Sa membrane finit juste au pied du premier rayon delà seconde : celle-ci, un peu plus haute et plus longue que la première, a tantôt quatorze, tantôt quinze rayons, mais jamais moins, tous simples et sans branches, bien qu'arti- culés, flexibles et peu inégaux. L'anale en a onze ou douze à peu près pareils. Elle commence sous le cinquième rayon de la seconde dorsale; sa membrane va un peu plus loin en arrière , mais non pas ses rayons. L'espace nu derrière ces nageoires fait à peu près le onzième du total; la caudale en fait le sixième. CHAP. V. CHABOTS. ] 65 Elle a douze rayons entiers et quelques-uns incom- plets, dont les huit du milieu sont fourchus à leur extrémité. D. 8 ou 9 — 14 ou 15; A. il ou 12; C. 12; P. 17; V. 1/3. La peau , dans l'état ordinaire , est partout lisse et sans écailles ; mais le dessus de la tête a beaucoup de petits points saillans. La ligne latérale se marque par une suite d'élevures rhomboïdales, creuses au milieu, qui vont àtpeu près en ligne droite du haut de l'épaule au milieu de la base de la caudale, sans se prolonger sur cette nageoire. Un phénomène singulier, c'est que l'on trouve des individus de cette espèce qui ont, éparses sur le corps, principalement au-dessus de la ligne ver- ticale et aux côtés de la queue , de petites écailles rondes, plates, dont le bord postérieur est divisé en quatre ou cinq épines un peu crochues, très-sépa- rées et très - pointues. Les circonstances dans les- quelles ces écailles se manifestent, ne sont pas bien connues. M. Tilesius, ou plutôt Steller 1 , dit les avoir observées sur deux femelles, et les croit une marque du sexe; mais nous sommes certains de les avoir trouvées aussi sur des mâles , tandis que des femelles n'en avaient pas. Le fond de la couleur de ce poisson est tantôt gris- roussâtre, tantôt gris-verdàtre sur le dos ; blanchâtre ou jaunâtre sous le ventre. De grandes et petites mar- brures brunes ou noirâtres, mêlées de taches et de points 4e la même couleur et quelquefois aussi de 1. Mém. de l'Acad. de Pétersbourg, t. IV (pour 1811), p. 273 164 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. points blanchâtres , varient diversement le brun de la tête, du dos et des flancs; des taches et des points bruns diversifient aussi le gris des nageoires et y forment des espèces de bandes irrégulières plus ou moins obliques , plus ou moins serrées ; les ven- trales en ont moins que les autres, et quelquefois, au lieu de points bruns, elles en ont de blancs mats. Il y a en général un cercle de points bruns autour de l'œil, et quelques bandes en travers des mâ- choires. Nos plus grands individus n'ont que huit à neuf pouces. Le foie du cottus scorpius est gros, formé d'un seul lobe, situé tout entier dans le côté gauche. Il est épais, triangulaire, de couleur rougeâtre. Son angle droit s'avance sous l'œsophage et donne at- tache à la vésicule, qui est petite, ovale et placée à droite de l'œsophage sur le pylore. L'œsophage est large, très-court, et il se dilate en un large sac , arrondi en arrière , qui est l'esto- mac. Ses parois sont épaisses et grossièrement ridées à l'intérieur. La branche montante, qui aboutit au pylore, est assez grosse, à parois fort épaisses. Il y a huit cœ- cums au pylore. L'intestin fait deux replis courts avant de se ren- dre à l'anus. La rate est brune, fort petite et cachée entre les appendices cœcales. Les laitances sont peu volumineuses ; mais elles sont remarquables par leur couleur, noire comme de l'encre. CHAP. V. CHABOTS. \ 65 Les ovaires sont médiocres et également noirs. Les œufs sont extrêmement petits. Il n'y a pas de vessie natatoire. Les reins sont alongés depuis la tête jusqu'à l'anus; ils se détachent très-facilement, parce qu'il n'y a pas d'enfoncemens entre les côtes dans lesquels ils puis- sent entrer. La vessie urinaire est simple, grande, et forme un assez grand sac , qui remonte vers le diaphragme entre les ovaires. Nous avons trouvé dans l'estomac differens crusta- cés, tels que le cancer pagurus, le cancer crangon, etc. Le squelette a trente-quatre ou trente-cinq vertè- bres; douze ou treize abdominales et vingt-deux cau- dales, dont tous les corps, à compter du milieu de l'abdomen , sont comprimés latéralement et un peu plus hauts que longs. Les côtes sont grêles et assez courtes; les os du carpe larges, plats, et de forme à peu près carrée. Le Chaboisseau de mer a longues épines. (Cottus bubalis , Euphrasen.) L'autre chaboisseau de nos côtes, celui qui a les épines plus longues , comparé soigneuse- ment avec le premier, offre les différences suivantes : L'intervalle des yeux est plus étroit et plus con- cave. Les deux crêtes du crâne sont plus rapprochées; l'espace qu'elles renferment est deux fois plus long 4 66 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. que large : elles sont plus relevées, ont immédiate- ment derrière l'orbite de fines dentelures, sur le mi- lieu de leur longueur une petite dent, et se terminent par une pointe tranchante et aiguë. La grande épine du préopercule fait le tiers et non le cinquième de la longueur de la tête. Il y en a une petite au milieu du bord inférieur de cet os, qui manque au chabois- seau commun. L'épine de l'opercule est âpre, celle de l'épaule a de petites dentelures fines et aiguës, qui se répètent sur les tubercules qui composent la ligne latérale, de manière qu'on en voit quatre ou cinq sur les premiers, et ensuite deux ou trois sur les autres. A la queue on n'en sent plus. Il n'y a que douze rayons à la deuxième dorsale, neuf à l'anale, dix à la caudale et seize aux pectorales. Les ventrales en ont de même quatre, qui sont réduits à trois par l'intime adhésion de l'épine au premier rayon mou. D. 8— 12; A. 9; G. 10; P. 16; V. 1/3. Nous ne savons pas s'il y a quelquefois, comme dans le chaboisseau commun, des écailles épineuses éparses sur le corps. Nos individus n'en offrent au- cunes. Il ne paraît pas que les couleurs soient très-dif- férentes de celles du précédent. Des individus rap- portés frais de Granville par MM. Audouin et Milne- Edwards, nous ont offert de grandes marbrures brunes sur le dos, et des teintes aurores et rosées sur le ventre. Notre plus grand individu n'a que cinq pouces et demi. La plupart des autres n'en ont que trois ou quatre ; mais il parait que ceux de Tonning et de Schonevelde étaient un peu plus grands, CHAP. V. CHABOTS. 1 G7 Les viscères du cottus bubalis diffèrent à peine de ceux du scorpius. Le foie est un peu plus arrondi, et les huit ccecums sont plus courts. Cette espèce remarquable habite toutes nos côtes de l'Océan : nous l'avons vue et dessinée à Fécamp. M. Lamouroux nous en a envoyé un individu de Caen , et M. d'Orbigny un grand nombre de la Rochelle. On voit par Schonevelde , par Tonning et par Euphrasen, qu'elle habite aussi la mer du Nord et le Categat. ' 1. Voici l'article d'Euphrasen à son sujet (Euphrasen, Nouveaux mémoires de l'Académie de Stockholm, t.VII ; 1786, p. 65): Cottus bubalis. Capite spinoso scabroque bicorni. Corpus cotti scorpionis minus , comprcssiusculum a capite ad cau- dam sensim attenuatum nudum, supra fuscum, subtus album. Caput corpore latius , depressum , scabrum, spinosum , spinis plu- rimis , quarum duo minores frontales ante oculos ad tiares linea eleçata dislinctœ ; duo nuchales magnitudine proecedenlium versus basin pinnœ dorsalis sitœ , ad oculos linea elevata, scabra, decurren- tes; latérales utrinque sex. In margine ossiculi anterioris quatuor, quarum prima inferior acuta, deflexa; secunda , tertia intermediœ minores erectœ ; quarta superior maxima , subulata , cornu instar longiludine operculorum. In margine ossiculi posterions duo, qua~ non prima anterior acuta, antrorsum deflexa; secunda posterior minor, retrorsum deflexa ab apice ossiculi posterions ad basin linea eleçata, scabra. Maxillœ œquales; superior duplicata. Dentés plurimi setacei in maxillis palatoque. Oculi verticales approximati rotundati, superciliis elevatis. Lingua brevissima , lata, edentula. 168 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le Chaboisseau a quatre tubercules DES MERS SEPTENTRIONALES. {Cottus quadricomis, Linn. *) Les auteurs du Nord, particulièrement Ar- tedi 2 , ont fait connaître un cotte de la mer Baltique, quils nomment cottus quadricomis, et qui j bien quassez semblable à notre cha- boisseau commun, en diffère par des carac- tères manifestement spécifiques, et principale- ment par quatre grosses tubérosités en forme de champignon à surface âpre et comme ca- riée , qui remplacent les quatre épines que le chaboisseau a sur le crâne. Dorsum convexum, subdipterygium fuscum , maculis palliais. Latera comexa, albo fus coque varie gâta. Linea lateralis tuberculata , scabra , dorso parallela. Abdomen convexiusculum album punctis rarioribus , lacteis ad- spersum. Membrana branchiostega sexradiata. Pinnœ dorsales duo, membrana concurrentes ; anterior radiis octo, çosterior radiis tredecim. Pectorales rotundaiœ, albo nigroque variegatœ; radiis quindecim. Ventrales subpecioralibus lineares nigro maculatœ; radiis quatuor, Pinna analis albida , nigro maculata; radiis octo. Caudalis rotundaia , albo nigroque variegata; radiis decem. Habitat in Oceano occidentali , in Kirkesund Bahusiœ. \. Bloch, pi. 108. (Copié dans l'Encyclopédie méthodique, planches d'ichtyologie, n.° i48.) 2, kcitài,Spec, p. 84 à 86. CHAP. V. CHABOTS. 169 D'ailleurs la tête de ce chaboisseau du Nord est plus large. Son crâne est plus large que long, il n'est point séparé des .tempes par des crêtes : son premier sous-orbitaire est bien plus caverneux : il y a souvent sur le deuxième un petit aiguillon. L'angle du préo- percule a trois épines, toutes les trois très-fortes, et dont les deux supérieures sont divisées et comme rompues à leur extrémité ; la première est plus longue et se recourbe un peu en dehors. L'épine de l'opercule et celle de l'os surscapulaire se recour- bent également un peu; cette dernière est grosse, et comme tronquée et divisée à sa pointe. Les écailles de la ligne latérale sont grosses, osseuses, coupées en rectangle, avec deux impressions concaves, l'une au-dessus de l'autre. Les écailles, ou tubercules acci- dentels, sont rondes, un peu relevées au milieu, et finement granulées en rayons; mais elles n'ont pas de crochets. Il y en a une rangée au-dessus de la ligne latérale , et quelques-unes sont éparses au-des- sous. Du reste, tout est pareil dans les deux espèces, à quelques légères différences près dans les nombres des rayons, qui d'ailleurs sont assez variables dans ce genre. D. 7— 14; A. 15; C. 11; P. \1 ; V. 1/3. Le foie du cottus quadricornis forme une grosse masse située entravers sous l'œsophage, qui descend un peu plus à gauche qu'à droite. Il est convexe en dessous, concave en dessus; ses bords amincis re- couvrent un peu l'estomac et le pylore. La vésicule du fiel est petite, et cachée entre le foie et le duo- dénum. 1 70 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. L'œsophage est long et gros; il se prolonge, sans se rétrécir, jusqu'aux deux tiers de la cavité abdomi- nale. L'estomac remonte ensuite jusque sur le bord postérieur du foie. Le pylore est marqué par un très- fort étranglement , entouré de six appendices cœ- cales, courtes et peu grosses. L'intestin fait ensuite deux replis; ses tuniques sont minces jusqu'au rec- tum, qui les a fortes et épaisses, et dont la veloutée est ridée longitudinalement. La rate est grosse, ovale, aplatie, et située sur la branche montante de l'estomac. Les ovaires étaient remplis d'œufs assez gros, nom- breux, et ils occupaient presque la moitié postérieure de l'abdomen. Il n'y a pas de vessie aérienne. Les reins sont renflés et gros sous la tête et jus- ques entre les muscles propres de l'œsophage. Au- delà de ces muscles ils ne forment plus qu'un sim- ple filet étroit de chaque côté de l'épine jusqu'auprès de l'anus, où ils se réunissent en un seul, qui débou- che presque directement dans la fourche de la vessie urinaire. Cette vessie est grande; la corne droite est beaucoup plus grande et a ses parois bien plus minces que la corne gauche. Pallas avertit dans ses Glanures 1 que les tuberositës qui doivent caractériser cette es- pèce n'existent pas toujours , et d'après des observations plus précises, il assure, dans sa 1. Spic zool, t. VIII, p. 25. CHAP. V. CHABOTS. 471 Zoographie russe 1 , que les jeunes individus, jusqu'à neuf pouces, n'en ont point encore, qu'il leur en vient ensuite deux , et que les adultes seuls en ont quatre ; mais il parle de pouces anglais. Nous les voyons parfaitement développées dans un individu de huit pouces français du Muséum royal des Pays-Bas. Ce poisson a été regardé long-temps comme propre à la mer Baltique , où il se prend aux embouchures des fleuves; mais Pallas nous apprend qu'il se trouve abondamment dans le lac Baïkal et dans toutes les rivières qui s'y jettent, ainsi que dans le Iéniseï, jusqu'à la mer Glaciale, et qu'il n'est pas moins fréquent dans les anses et les golfes du Ramtschatka et aux embouchures des rivières de cette presqu'île. Il atteint dix à douze pouces. Ses habitudes ressemblent à celles du chaboisseau ordinaire , et l'on en fait tout aussi peu de cas comme aliment. Des Chaboisseaux étrangers. On a vu que le chabot de rivière et le cha- boisseau à quatre tubercules s'étendent jus- qu'au fond de la Sibérie. Pallas 2 dit que l'on 1. P. 127. — "l. Zoogr. rossic, t. III, p. i3i. \ 72 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. trouve également un chaboisseau tout sembla- ble au commun de l'Atlantique (cottus scor- pius), dans la Baltique, dans la mer Blanche et dans la mer Glaciale; mais il décrit ensuite sous le même nom un poisson du Kamtschatka fort différent, et son éditeur, M. Tilesius, en ajoute, comme synonyme, à sa description, un autre, encore plus différent, s'il est possible (son cottus hemilepidotus); ce qui aurait pu produire une confusion presque inextricable , si d'heureuses circonstances n'avaient mis à notre disposition et l'individu de Pallas et ce- lui de M. Tilesius, ce qui nous a rendu facile d'établir leurs caractères. Il y a d'ailleurs dans les deux Océans plusieurs autres espèces de chabots, faciles à caractériser; mais, jusqu'à présent, c'est dans les climats septentrionaux qu'on les a découverts, et il ne nous en est arrivé aucuns des parages de la zone torride. Le grand Chaboisseau du Kamtschatka. {Cottus jaok, nob.; Cottus scorpius , Pall.) M. Lichtenstein a bien voulu nous confier l'individu qui a servi de sujet à Pallas pour la description de ce grand cotte du Kamtschatka, qu'il croit de même espèce que notre scorpius 1 : 1. Zoogr. rossic., t. III, p. i3i. CHAP. V. CHABOTS. \ 75 nous lavons comparé avec soin à nos individus d'Europe, et nous avons trouvé qu'il en a en effet plusieurs caractères, et notamment que les épines de son préopercule sont disposées de la même manière et dans les mêmes pro- portions ; mais ses différences sont nombreuses. Au lieu de tubercules , il a derrière l'œil , derrière le crâne et à la tempe, quelques légères granulations. Le long de son dos, au-dessus de la ligne latérale, est une rangée d'écaillés tout autrement faites que celles qu'on voit quelquefois sur l'espèce d'Europe; elles sont rondes, un peu concaves :leur surface est chagrinée, et leur bord entouré tout autour de pe- tites pointes minces, courtes et relevées, etc.; mais au-dessous de la ligne latérale il y en a quelques- unes de semblables à celles de notre espèce. La pre- mière dorsale est plus basse, plus courte, et je n'ai pu y découvrir que sept rayons; Pallas n'en compte même que six. La seconde en a quinze, et l'anale quatorze. D. 1 — 15; A. U. Sa taille surpasse tout ce que l'on connaît de nos chaboisseaux d'Europe. L'individu que nous avons sous les yeux est long de vingt-un pouces. Pallas ajoute qu'il y en a de deux pieds. Ce grand naturaliste en décrit les cou- leurs comme il suit : Le dos roussâtre, semé de petites taches brunes, irrégulières, inégalement serrées, et qui disparaissent i 74 LIVRE IV. JOUES CUIRASSES. par degrés au-dessous de la ligne latérale; le ventre blanchâtre; cinq bandes brunes, transverses, irré- gulières sur la pectorale; la dorsale épineuse tache- tée de brun, la molle marquée de quatre bandes ver- ticales brunes; la caudale, de trois. Il y en a aussi trois sur l'anale. Nous avons constaté sur l'individu sec les restes de ces différentes teintes, et nous y avons reconnu, ainsi que Pallas le dit lni-même, que les couleurs de cette espèce diffèrent encore plus que les formes de celles de nos mers. Ce poisson est très-vivace; on a dit à Pallas qu'il subsiste hors de l'eau pendant deux jours, et même qu'après qu'on lui a enlevé ses en- trailles et qu'on l'a suspendu à la fumée pour le sécher, il s'agite encore pendant quelques heures. Son goût ressemble à celui des gades, et l'on fait avec les têtes d'excellent bouillon , comparable à celui du poulet. Les noms de l'espèce sont, chez les Ramt- schadaies,yVzt>À; chez les Koriakes, ilaal; chez les Kouriles, susiatki et keischag. Les Piusses du Ramtschatka le nomment ramscha, et les Lamutes , takfchi. Nous devons faire remarquer ici que Pallas, à la suite de sa description de ce cotte 1 , ajoute 1. Zoogr. rossic, t. III, p. i3a, B. CHAP. V. CHABOTS. 175 comme variété l'indication d'un autre poisson, qui est assez différent , ne fût-ce que par les nombres de ses rayons (D. 8/20; A. 15), et qui, d'après les rangées d'écaillés âpres qu'on lui attribue, nous paraît appartenir bien plu- tôt à notre sous-genre des hémilépidotes, ce qui est d'autant plus singulier, que le même auteur décrit ensuite l'hémilépidote fort exac- tement sous le nom de cottus trachurus : c'est probablement le résultat d'une confusion de notes, telle qu'il ne s'en fait que trop souvent dans les ouvrages qui ne paraissent qu'après la mort de leurs auteurs. M. Tilesius, dans un mémoire sur les pois- sons de Kamtschatka, imprimé parmi ceux de l'Académie de Pétersbourg 1 , a inséré, sous le titre de myoxocephalus Stelleri et sans autre explication, une description très - détaillée , laissée par Steller, qui porte bien sur un cha- boisseau, et sur un chaboisseau à dos sou- vent tuberculeux; mais, malgré sa longueur, cette description ne s'étendant presque que sur des caractères génériques ou sur les cou- leurs , il est difficile d'en reconnaître l'espèce. Les dimensions ne s'y trouvent même pas; les nombres seuls des rayons (D. 8 — 16; A. 15) 1. T.IV(i8n),p. a 7 3. 176 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. semblent indiquer ce jaok. Steller croyait son poisson identique avec le chaboisseau d'Eu- rope. Les Russes, selon lui, le nomment buik, ou taureau, ce qui est aussi le nom de notre chaboisseau ordinaire , et les Ramtschadales , jagho, nom qui revient probablement à celui de jaok. Steller avait observe des tubercules sur des femelles et les croyait un attribut de ce sexe; mais cela n'est probablement pas plus exact du jaok que du chaboisseau commun. Le Cotte a tète très-épineuse. (Cottus polfacanthocephalus, Pallas.) Nous avons aussi examine par nous-mêmes le poisson qui a été décrit par Pallas sous la dénomination un peu longue de polyacantho- cephalus 1 , et c'est le propre exemplaire de Pallas que nous avons eu sous les yeux , tou- jours parla complaisance de M. Lichtenstein. Il venait du cap Saint-Élie, sur la côte ouest de l'Amérique , par les 6o° de latitude nord , et avait été pris par le capitaine Billings. C'est une espèce particulière, qui se rapproche un peu des caractères assignés au quadricornis , mais qui a les opercules mieux armés. 1. Zoogr, ross., p. i33, n.« io4j pi. 23. CHAP. V. CHABOTS* \ 77 Sur le crâne , au lieu d'un tubercule derrière l'or- bite et d'un autre à la crête occipitale, il n'a que des groupes de petites granulations pointues, nom- breuses, irrégulièrement disposées en rayons: celui de derrière l'orbite est plus considérable. Un groupe semblable et moins régulier encore occupe le haut de la tempe. L'épine de l'opercule est à peu près comme dans le chaboisseau commun ; la première de celles du préopercule est plus grande, et atteint presque aussi loin que celle de l'opercule. Pour tout le reste, les proportions de ce poisson sont à peu près les mêmes que celles de notre chaboisseau or- dinaire. D. 10 — 1/14; A. 12; C. 15, et quelques petits ; P. 17; V. 4. Tout le dessus du corps est brun verdâtre, avec de petits points pales, serrés ; sur les flancs les points s'élargissent ; en dessous tout paraît blanchâ- tre. La tête est mêlée de brun et de pâle, comme par nuages. Les nageoires ont des taches nuageuses bru- nâtres sur un fond blanchâtre, formant des espèces de bandes peu régulières. La longueur de l'individu est de quatorze pouces. On n'y voit pas d'écaillés épineuses. Le Cotte a tète plate. (Cottus platycephalus , Pall.) Pallas décrit 1 , sous le nom de platycepha- lus, un cotte dont nous ne pouvons donner 1. Zoogr. ross. , p. 1 35 ^ n.° io5, 4- 12 178 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. d'autre idée que celle qui résulte de sa descrip- tion, où quelques traits pourraient même faire douter que ce soit un véritable cotte. Sa longueur passe un pied ; son ventre est plus gonflé que dans les autres; sa tète, grande, aplatie horizontalement et comme écrasée, est aussi large que le corps. La mâchoire supérieure est moins avancée que l'autre, protractile, à double courbure; l'inférieure est presque droite et fait seulement un angle très-obtus, qui répond à une concavité du mi- lieu de la supérieure. Les dents en cardes occupent une bande à chaque mâchoire, un arc au vomer et une ligne à chaque palatin *. Les narines sont tubu- leuses; les yeux médiocres, rapprochés sur le ver- tex. Au-dessus des mâchoires, près des narines, sont deux aiguillons convergens ; derrière les yeux le vertex est plan, bordé de chaque côté d'une carène, en avant de laquelle, près de l'orbite, est un tuber- cule osseux; et à son arrière, sur la nuque, des tu- bercules oblongs, terminés en arrière par un aiguil- lon court. Le préopercule a deux épines très-Fortes, qui partent en divergeant dune seule base et se re- , lèvent beaucoup : l'opercule a une épine cachée dans sa membrane; et il y en a une autre au-dessus de la fente branchiale , où commence la ligne latérale. Pallas ne compte que cinq rayons aux ouïes. La queue est mince et ronde; la ligne latérale droite, s'écartant près de la léte, se rapprochant du dos, 1. C'est ce que Ton pourrait conclure de cette expression : Area nlrinque lineari; mais ce caractère l'éloignerait des cottes. CHAP. V. CHABOTS. \ 79 marquée par des traits alongés et fourchus en avant. Entre elle et la dorsale est une série de verrues rondes, écartées, très-rudes à leur surface : on en voit de semblables, mais plus petites, au-dessous de la ligne, mais seulement aux côtés de la queue. Les pectorales sont épaisses, grandes, en forme d'ailes ou de croissans, et ont quinze rayons, dont les infé- rieurs sont très-petits. Les ventrales en ont quatre, dont les internes sont les plus longs. La première dorsale, un peu éloignée de la tête, a sept rayons épineux, mais faibles; la deuxième est plus longue et a douze rayons mous. L'anale, qui lui est opposée, en a onze, aussi mous. La caudale est arrondie, et a dix rayons fourchus. B. 5?D. T — 12; A. 11; C. 10; P. 15; V. 1/3. M. Pallas en rapporte les couleurs d'après les notes laissées par Steller. Sa tête est brune ; son dos tire un peu sur l'oli- vâtre et est varié de points et de petites lignes d'un jaune verdâtre , qui deviennent plus grandes vers les cotés, où le brun disparaît peu à peu. Il y a sous la queue des taches plus grandes. La gorge et le ventre sont d'un blanc jaunâtre. Les dorsales sont variées de brun sur un fond demi-transparent. La caudale est jaunâtre et a des bandes peu marquées d'un brun violâtre. Sur les pectorales sont des bandes alterna- tives d'un brun violâtre et d'un fauve un peu trans- parent. L'anale est variée des mêmes couleurs. Il ajoute quelques détails anatomiques, tirés également des notes de Steller. 1 80 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le foie n'a qu'un lobe large et long, mais très- mince, de couleur orangée, où se trouvèrent plu- sieurs tœnia. La vésicule du fiel était longue d'un pouce, sur deux lignes et demie de diamètre. On voit huit conduits cystiques, dont cinq vont direc- tement à la vésicule, et trois s'unissent au canal cho- lédoque, à l'endroit où il pénètre dans la grande appendice du pylore. L'estomac, ample et fort, en forme de sac, long de trois pouces et large de deux, reçoit l'œsophage à gauche, et donne le pylore a droite. Six appendices entourent le pylore, et il y en a trois plus grandes que les trois autres. Les intestins sont disposés en spirale. La rate adhère à l'estomac en arrière, et a la forme d'un noyau de datte. Deux ovaires, longs chacun de deux pouces, vésiculeux inté- rieurement, s'unissent vers l'anale en un seul canal, etc. Un autre individu , long de neuf pouces , que Pallas regarde comme un jeune de la même espèce, était tout brun, presque noirâtre, avec de grandes taches jaunâtres sous le ventre; les pectorales plus fauves, avec des bandes noires; la caudale jaunâtre, avec deux bandes noires; les ventrales noires, tache- tées de jaunâtre, ainsi que les dorsales. Les verrues rudes commencent dès la nuque : il y a cinq rayons à la première dorsale, quatorze à la seconde, et douze à l'anale. D. 5-14; A. 12. Si ces nombres sont exacts, il est bien im- possible d'approuver le jugement de l'auteur sur son espèce. CHAP. V. CHABOTS. \ 81 Le GRAND ChABOISSEAU A DIX-HUIT ÉPINES de l'Amérique du nord. {Cottus octodecimspinosus, Mitch. 1 ) Willughby a , le premier , représenté ce poisson, et Tort exactement, d'après un indi- vidu de la côte de Virginie, que lui avait pro- curé le célèbre Lister. Bloch et ceux qui l'ont suivi le regardent comme le même que le chaboisseau d'Europe et ont mêlé l'histoire des deux espèces; mais c'est une erreur, dont nous avons été promptement détrompés, en examinant les individus d'Amérique que M, Milbert nous a procurés. Ils surpassent d'un tiers nos plus grands échan- tillons du chaboisseau commun. Les crêtes de leur crâne , placées à la même distance que dans l'espèce commune , et encore moins saillantes par elles- mêmes, ont au contraire des tubercules plus aigus et en forme d'épines crochues et comprimées. La grande épine du préopercule est aussi longue à proportion que dans notre bubalis; sa pointe atteint celle de l'opercule et même quelquefois celle de l'épaule , ce qu'elle est loin de faire dans l'espèce commune. Cependant il n'y a pas la petite épine au milieu du bord inférieur qui caractérise le bubalis. 1. Transactions de New -York , t. IV, p. 38o; Cottus scorpius , Schœpf, Écrits de la Société des naturalistes de Berlin, t. VIII, p. i45; Scorpius virginianus , Willughby, tab. X, i5, \ 82 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Les épines de la première dorsale ne sont pas flexi- bles, mais fortes et poignantes, et la nageoire qu'elles forment est plus élevée à proportion dans sa partie antérieure. Les nombres des rayons ne sont pas tout- à -fait les mêmes, surtout pour l'anale. B. 6 ; D. 8 ou 9 — 1/15 ; A. 14 ; C. 12 ; P. 18 ; V. 1/3. De grandes marbrures brunes ou noirâtres sont répandues sur le dos de ce poisson, comme dans nos espèces d'Europe. Sa première dorsale est pres- que noire, avec quelques taches nuageuses blanchâ- tres. Les autres nageoires sont blanches, avec des suites de taches ou même de bandes assez larges, noirâtres. Sur la seconde dorsale il y en a trois grandes obliques et une petite à la base antérieure, toutes interrompues par des taches blanches. Celles de l'anale sont plus mêlées. La caudale en a trois, et sur les pectorales il y en a jusqu'à six. Les ventrales n'ont qu'un peu de noirâtre entre leurs rayons. Mais ces teintes varient singulièrement selon l'âge, le sexe ou les saisons. M. de la Pilaye, qui a vu beau- coup de ces poissons à Terre-Neuve , dit qu'il y en a de marbrés de noir, de blanc et d'orangé; d'au- tres où c'est le jaune citron qui domine; d'autres qui paraissent en entier d'un gris de fer plus ou moins foncé : et nous croyons en effet apercevoir des restes de ces nuances sur les individus que nous possédons. Certains de ces poissons ont sur le dos et sur les flancs de petits tubercules ronds et charnus comme de petites verrues, que d'autres n'ont pas, ce qui me CHAP. V. CHABOTS. \ 85 confirme dans l'idée que ces verrues sont une pro- duction temporaire ou peut-être accidentelle. Il y a de ces poissons qui atteignent quinze à dix-huit pouces. Les viscères du chaboisseau d'Amérique diffèrent beaucoup aussi de ceux des chaboisseaux de nos mers. Le foie en est grand , peu épais , d'une couleur grise assez foncée , et tout-à-fait situé dans le côté gauche. Une petite pointe s'étend sous l'œsophage. La vésicule du fiel est un peu alongée, mais extrê- mement étroite. Le canal cholédoque et les vais- seaux hépato-cystiques sont gros, assez longs, et dé- bouchent dans le duodénum tout auprès du pylore. L'estomac est un grand sac dilaté et arrondi en arrière. Ses parois sont peu épaisses, et il n'y a de plis qu'auprès de l'ouverture du pylore. Cette ouver- ture est en dessous et un peu à droite de l'estomac. Le pylore est muni de six appendices cœcales telle- ment courtes, quelles ont l'air de franges j les deux du milieu sont d'une telle brièveté qu'à peine on les distingue. L'intestin fait cinq replis avant de se rendre à l'anus : le diamètre du duodénum est très- grand; l'intestin se rend ensuite jusqu'au rectum, qui est très-dilaté, et qui reçoit l'intestin un peu de côté. La rate est ovale, assez grosse, très-noire, cachée sur les replis de l'intestin. Les laitances sont médiocres , noires , comme celles de notre chaboisseau ordinaire. Il n'y a pas de vessie natatoire. Celle qui reçoit l'urine, est profondément divisée en deux grosses 1 84 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. cornes. Les reins sont rougeàtres , semblables à ceux du chaboisseau ordinaire. On compie trente-six vertèbres au squelette, dont treize abdominales et vingt-trois caudales. M. Mitchill a décrit cette espèce sous le nom de cottus octodecimspinosus , et elle a en effet neuf épiues de chaque coté de la tète : une à la narine, une sur l'orbite, une sur la nuque, trois au préopercule, une à l'opercule et deux à l'épaule. L'auteur oublie même dans ce compte celle du sous-opercule. Ce nombre est au reste exactement le même dans notre cottus scorpius. Selon M. Mitchill, on nomme ce cotte à New-York pig-fish (poisson-cochon), à cause du bruit qu'il fait quand on le tire de l'eau. Un autre de ses noms est sculpin. Schœpf , qui avait parlé de ce poisson, le croyant iden- tique avec notre scorpius > dit aussi qu'il se nomme scolping et sea-toad (crapaud de mer). Sculpin et scolping sont probablement des corruptions de scorpion. CHAP. V. CHABOTS. 185 Le Chaboisseau du Groenland. {Cottus groenlandicus 3 nob. ') D'après les nombres des rayons ( B. 6 ; D. 1 — 17; A. 14; C. 17; P. 17; Y. 5) et d'après les grandes épines de son préopercule, on pourrait croire que le cotte du Groenland crue Fab ricins a nommé cottus scorpius , est ce grand cotte des Etats-Unis; mais cet auteur ne compte que seize épines à sa tête et à son épaule, et ne lui donne sur le crâne que des tubercules obtus et scabres. Toujours ne peut- il être dans aucun cas, comme on l'a dit sur la foi de ce naturaliste, le chaboisseau commun. Le dos, d'après Fabricius, est d'un brun verdâire nuageux, quelquefois rougeâtre, rarement rouge ; le ventre, dans le mâle, jaune, tacheté de blanc, et dans la femelle, tout blanc. Pour le reste, les des- criptions faites par Àrtedi pour le cottus quadricor- nis , et par Tonning pour le bubalis, conviennent, dit l'auteur, à celui du Groenland. Ce poisson est le plus abondant de tous dans les baies et les golfes de la côte du Groenland. Il se tient de préférence sur les fonds pierreux chargés de grandes algues, se rapproche du rivage en été et s'en éloigne en J. Cottus scorpius, Fabricius, Faun. groenï. , p. i56, n.° no. 486 LIVRE IV. JOUES CUÏR ÀSSÉES. hiver. C'est un animal très-vorace, qui fait sa proie de tout, poursuivant sans relâche les petits poissons, même ceux de son espèce, et ne négligeant ni les crustacés ni les vers. Très- vif, très -imprudent, il ne s'élève cependant guère vers la surface, si ce n'est quand il pour- suit d'autres poissons. Il pond en Décembre et en Janvier, et dépose de nombreux œufs rouges sur les fucus. Les Groènlandais en font leur nourriture journalière et l'aiment beau- coup. Ils le mangent cuit ou séché, rarement cru ; mais c'est ainsi qu'ils mangent ses œufs. Il leur sert aussi d'appât pour prendre les goé- lands et les lagopèdes. Pour le prendre lui- même, il suffit du moindre objet attaché à l'hameçon. Ces détails, tirés de Fabricius , ont servi en grande partie à composer l'histoire du cha- boisseau d'Europe , telle qu'on la lit dans Bloch et dans ses copistes; mais l'identité des deux espèces se trouvant aujourd'hui plus que dou- teuse , il convient de la rendre à celle à la- quelle elle appartient. Les Groènlandais nomment ce poisson ka- niok, kanU'inak. Le mâle porte en particu- lier le nom de kivake ou de milektursok, et la femelle celui de nariksoh CHAP. V. CHABOTS. \ 87 Le petit Chaboisseau du Groenland. (Cottus scorpioides, Fabr. 1 ) Nous trouvons encore dans Fabricius et dans Mitchill l'indication de deux cottes du nord de l'Amérique , qui doivent se rappro- cher beaucoup de nos chaboisseaux d'Europe, et qu'il est nécessaire de leur comparer avant de les compter comme des espèces certaines. Celui de Fabricius, qu'il nomme scorpioides, est regardé par lui-même comme synonyme du cottus quadricornis , mais avec doute, parce qu'il lui trouvait sur la tète seulement quatre verrues et non des tubercules. Les épines de sa tête sont beaucoup plus courtes qu'au cottus groenlandîcus ; il lui manque celles du devant des yeux et celles de l'épaule : sa bouche est moins grande ; ses yeux très-rapprochés et presque verticaux ; ses pectorales très-larges et très-longues. Le dessus du corps est brun et nuageux ; le ventre jaune. Une ligne blanche va des ventrales à l'anus. Le devant des ventrales et le bas des flancs sont ta- chetés de blanc. Le dessous de la tête, les dorsales, la caudale, ont des taches blanches et brunes; les pectorales et les ventrales sont d'un blanc jaunâtre. La femelle est plus brune et plus unie que le mâle. D. 10—15; A. 12; C. 15; P. 15 ; V. 3. 1. Coilus scorpioides, Fabricius, Faun. groenl. , p. 1 5y^ n.° u/ ( . A 88 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Si ces détails et ces nombres sont exacts, il est difficile que ce soit notre cottus quadri- cornis. L'espèce grandit moins que le cottus groen- landiciis; elle est plus rare, se tient sur les fonds limoneux , près de l'embouchure des fleuves, et dans les lieux où l'eau est moins salëe. Les Groènlandais la nomment pokudlek , zgarsok et akullikitsok. Ce dernier nom lui est commun avec quelques autres poissons , notamment avec le blennius punctatus. M. Mitchill croit le sien {cottus Mitchilli 1 ) identique avec notre cottus scorpius; mais le peu qu'il en dit n'est pas suffisant pour le ca- ractériser. L'échantillon n'a que six pouces et est varié en dessus de brun et de blanc , et blanc en dessous. Ses épines sont moins saillantes qu'à Xoctodecim- spinosus. Ses nageoires ont des lignes de points ou de taches. L'auteur ne donne pas même les nombres des rayons. Peut-être n'est-ce qu'un jeune de la grande espèce à dix-huit épines. 1. Transactions de New-York, t. IV, p- 58r. CHAP. V. CHABOTS. \ 89 Le Chaboisseau bronzé. (Cottus œneus, Mitch. 1 -) M. Mitchill en décrit un qui paraît un peu plus distinct , et qu'il nomme cotte bronzé. Nous le plaçons ici, mais en faisant remarquer que nous ne l'avons pas vu. Ses épines du dessus de la tête sont moins dis- tinctes qu'à Yoctodecimspinosus ; mais le nombre total en est le même. Sa couleur est en dessus d'un brun pâle avec des taches rousses, au-dessous de la ligne latérale d'un jaunâtre bronzé ; le ventre est blanchâtre. La ligne latérale se sent au doigt, et au- dessous d'elle il y a des tubercules rudes. Les dor- sales sont d'un brun clair avec des taches foncées , et les ventrales blanches avec les mêmes taches. B. 6; D. 10 — 14; A. 10; C. 15; P. 15; V. 4. Le Chaboisseau a bois de cerf. (Cottus diccraus, Pall. 2 ) C'est la mer du Kamtschatka qui nourrit l'espèce de cotte la plus singulière et la mieux caractérisée par ses longues épines dentées , qui l'ont fait comparer à un cerf. 1. Brazen bullhead, Mitch., Mém. de New-York, t. IV, p. 38o. 2. Nov. act. petrop. , 1785, p. 354, pi. 10, fig. 7; Synanceia cerms, Tilesius, Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. III, p. 278, pi. )3. 1 90 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. On la prend surtout aux ports de Saint- Pierre et Saint-Paul, et elle avait été décrite, il y a long-temps , par le laborieux Steller , dont les papiers sont demeurés ensevelis dans les archives de l'Académie dePétersbourg. Elle était même inscrite sous le nom de Steller dans un catalogue manuscrit du Cabinet de Péters- bourg, dont Schneider a inséré quelques ex- traits dans le Système de Bloch \ Pallas en a publié, en 1783, la description, avec une figure médiocre, dans les Nova acta de cette année (p. 354)? sous ^ e nom ^ e c° ttus c ^ ce ' rauSy et M.Tilesius en a donné une autre, avec des figures détaillées et fort exactes, dans le tome III des Mémoires, qui est de 181 1 (p. 27 8). M. Tilesius fait de ce poisson une synancée et le nomme synanceia cervus , s'imaginant qu'il suffit d'avoir la tête difforme pour ap- partenir à ce genre; mais c'est un véritable cottus, dont la ressemblance est même tout- à-fait frappante avec le cottus bubalis, car on n'aurait qu'à se représenter celui-ci avec des épines préoperculaires encore plus longues et dentelées, pour se faire une idée assez juste du cottus diceraus. 1. Cottus Stelleri, mira specie siîuri et loricariœ. Schn., Syst., p. 63. CHAP. V. CHABOTS. \ 91 Nous en jugeons d'autant plus sûrement , que M. Tilesius a eu la complaisance de nous envoyer un échantillon de ce poisson rare et singulier, que nous avons déposé au Cabinet du Roi. Ses proportions sont les mêmes que dans le cot- tus bubalis. Les bords supérieurs de ses orbites, plus relevés, en rendent l'intervalle encore plus concave: après s'être abaissés en arrière, ils se continuent chacun en une arête qui se termine sur la nuque par une crête relevée , tranchante et pointue en ar- rière. Les deux petites épines nasales sont fort poin- tues. Le sous-orbitaire est âpre , et produit de son bord inférieur et antérieur deux petites pointes den- telées, qui croisent sur le maxillaire. La grande épine du préopercule égale les deux tiers de la lon- gueur de la tête; elle est âpre, forte, pointue, et son bord interne est armé de huit aiguillons recour- bés vers sa base. Le bord inférieur du préopercule, qui dans cette espèce se trouve presque vertical, a trois épines, comme dans le bubalis , mais bien plus fortes; une à la base externe de la grande; une au mi- lieu et une tout à son extrémité opposée à la grande épine. Cette dernière est dirigée en bas. L'arête de l'opercule est renflée et âpre; mais se termine par une pointe courte et mousse. Le sous-opercule au contraire a vers le bas deux pointes plus saillantes que dans le bubalis. L'os de l'épaule a aussi une arête ou tubercule fort âpre ; mais celui du clavi- culaire est petit : ni l'un ni l'autre n'a d'épine pro- 192 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. prement dite. La ligne latérale se marque par une suite de tubercules écailleux, saillans et âpres, qui rendent le corps anguleux dans cette direction ; mais le reste de la peau est lisse. Les nageoires sont dis- posées comme dans les autres cottes, et les deux dor- sales bien séparées. B. 6; D. 7 — 14 ou 15; A. 10; C. 12; P. 17; V. 1/3. Le corps et les nageoires sont dans l'état sec d'un brun verdàtre, semé de points serrés, inégaux et en partie nuageux, de couleur noirâtre. MM. Steller et Tilesius , qui ont vu le poisson frais, le décrivent comme agréablement marbré et ponctué de verdàtre et de rougeâlre sur un fond jaune; le dos olivâtre, avec des taches d'un blanc jaunâtre, et le dessous blanc. Les nageoires ont tan- tôt des suites de points, tantôt des lignes continues. Sa longueur ordinaire est de cinq ou six pouces. Les Russes du Ramtschatka le nomment buitscliok (petit taureau), comme on nomme en Russie le chabot de rivière : ils l'appellent aussi rogatka. Les Kouriles l'appellent kcheiljucha, ce qui signifie grimace, face difforme. Les hommes ne le mangent point; mais on le donne aux chiens, et on en fait des amas pour leur nour- riture d'hiver. CHÀP. V. CHABOTS. \ 93 Le Chaboisseau a bois de chevreuil. {Cottus pistilliger, Pall. 1 ) Le cottus pistilliger de Pallas participe un peu des caractères du cliceraus. Nous devons aussi à M. Lichtenstein l'avantage d'avoir pu le décrire d'après nature. La grande épine de l'angle de son préopercule ne dépasse pas l'opercule, et n'a que deux aiguil- lons au bord supérieur, l'un au milieu, l'autre près de la pointe. Il ne s'en voit aucun à son bord infé- rieur ; mais celui du préopercule a trois fortes pointes dirigées obliquement en avant. Ses yeux sont très- rapprochés, et leur intervalle concave; le museau est un peu plus aigu que dans la plupart des autres. On voit deux petites pointes mousses derrière l'or- bite et deux vers l'arrière du crâne. Les épines au- devant des narines sont aiguës. La ligne latérale est marquée par une rangée de tubercules âpres, dont le crâne est aussi très-garni; et il a sur le flanc, au- dessous de cette ligne, de petits filets terminés par une tête plus grosse, et semblables à de petits cham- pignons. D. 9 — 13 5 A. 16; C. 13; P. 18; V. 1/3. Le dessus du corps est brun, avec des points peu marqués d'un brun plus foncé; le dessous est jau- nâtre. Sur les nageoires dorsales sont des bandes obliques et irrégulières , brunes ; trois sur l'anté- 1. Zoogr. ross., t. III. p. i43, pi. 20 ; fig. 5 et 4. 4- i3 \ 94 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. rieure, quatre sur la postérieure : les pectorales et la caudale ont chacune trois rangées transversales de points bruns. L'anale est toute blanchâtre. Notre individu est long de cinq pouces. Il vient du port d'Avatcha. L'espèce s'est trouvée aussi à File d'Unalashka , et c'est de ces deux endroits que l'on en avait envoyé des échantillons à Pallas. Steller ne l'y avait point observée, et elle n'y a pas été vue non plus par M. Tilesius. Le Chaboisseau a longues ventrales. {Cottus ventralis, nob.- Cottus cephaloides, Gray.) M. Collée a rapporté au Muséum britanni- que plusieurs poissons de la mer du Kamt- schatka, que les conservateurs de ce célèbre établissement ont bien voulu permettre à M. Valenciennes de dessiner et de décrire pour notre ouvrage. Il se trouve dans le nombre deux espèces de chaboisseaux voi- sines des précédentes. Celle du présent article est surtout très-semblable au cottus pistilliger, et a de même l'épine de son préopercule armée en dessus de deux pointes ou andouillers crochus, l'une près de la base, et l'autre, plus longue, au milieu. Cette épine n'at- teint pas le bord de l'opercule. Sous celui du préo- CHAP. V. CHABOTS. 1 95 percule sont trois pointes, dont les deux premières dirigées en avant, la troisième en arrière. Il y a une petite épine en avant de l'œil, une pointe mousse, ou plutôt une tubérosité, de chaque côté de l'occi- put. L'opercule a deux arêtes. La première dorsale, plus haute que la deuxième, et d'un quart seulement moins longue, n'a que des rayons faibles ; les ven- trales sont fort alongées, et atteignent au premier tiers de l'anale. D. 9— 13; A. 17; C. 9; P. 18; V. l?/3. La peau est nue et lisse ; la ligne latérale est for- mée comme d'une suite de petits tubes lisses. Le dos est brun, ponctué de noirâtre; le ventre blanc : quelques taches nuageuses marquent la jonc- tion de ces deux couleurs. Les nageoires tirent sur l'orangé, et ont des points noirâtres sur leurs rayons. L'individu décrit n'a que trois pouces et demi. Le Chaboisseau porte-massue (Cottus claviger, nob.; Cottus elegans 3 Gray) est une seconde espèce provenant de la même mer et par le même voyageur. Sa physionomie est très-distincte. Elle a deux épines en avant de chaque orbite, l'arcade surcilière très-haute , et séparée de celle de l'autre côté par un sillon profond. Tout le dessus de sa tête est chagriné. Son sous-orbitaire s'élargit en avant, et donne deux pointes, qui descendent sur le maxillaire : la partie de cet os articulée au préo- \ 96 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. percule est large et fort épineuse. Le préopercule donne de son angle une forte épine, dirigée en ar- rière, qui dépasse même la base de la pectorale, et a sa surface très-àpre, avec deux petites pointes plus fortes. Le bord montant de l'os est ridé et un peu dentelé en scie : il y a trois fortes épines à son bord inférieur; l'antérieure dirigée en avant, la postérieure en arrière, la mitoyenne presque droite. L'opercule est large , presque caché , et a le long de l'épine préoperculaire une carène relevée et épineuse : son bord inférieur a deux épines sous celles du préoper- cule. De l'arrière de l'occiput s'élèvent deux grosses pointes chagrinées, mousses, arrondies en massues, un peu courbées et comprimées. Les écailles de la ligne latérale sont relevées chacune d'un tubercule comprimé, à bord dentelé en scie. Les rayons des deux dorsales sont très-grêles; les ventrales sont petites et pointues. D. 6 — 13; A. 10? C. 11? P. 16; V. l?/3. Il y a trois lambeaux cutanés blanchâtres au-des- sus de l'anale. La couleur est un brun foncé, disposé par bandes verticales, au nombre de trois ou quatre, sur un fond marbré de blanchâtre. Le ventre est blanc. L'individu n'a que deux pouces et demi. Il n'est pas possible de tenir compte dans un ouvrage tel que le nôtre du poisson inti- tulé dans la Zoographie russe cottus villosus, CHAP. V. CHABOTS. \ 97 et dont on ne rapporte qu'une notice incom- plète laissée par Steller, où il en est parlé en ces termes : Il a la taille, la forme et les dimensions du cottus qaadricornis , et même ses intestins ; mais il ré- pand une odeur désagréable de fumier : ses diffé- rences consistent dans une peau molle , lâche , de couleur de sable, couverte de villosités, comme la langue d'un veau. Sur la ligne latérale les villosités sont plus fortes et longues d'une ligne sur deux tiers de ligne de diamètre. Huit appendices cutanées, molles, longues de trois lignes, divisées en deux ou trois lanières, adhèrent par intervalles égaux à sa mâchoire inférieure. Son ventre est blanchâtre, et son dos varié et maillé de brun. Il avait été trouvé près du cap Kronok et de l'embouchure de l'Itscha. Parlas se demande si ce n'est point le cottus grunniens ou notre batrachus grunniens ; et en effet c'est peut-être là ce que l'on peut en dire de plus vraisemblable. Mais alors comment ressemble-t-il tant au cottus quadricornis? et comment un poisson des Indes remonte-t-il jusqu'au Ramtschatka ? M. Tilesius prétend l'avoir trouvé une fois , mais n'avoir pu en faire qu'un dessin trop imparfait pour mériter d'être publié. Il faut donc attendre, pour le classer, que de nouveaux observateurs l'aient fait connaître plus exactement. 198 LIVRE IV. .tOUES CUIRASSÉES, CHAPITRE VI. Des Aspidophorcs , Phalangistes ou Agonus , autrement des Cottes à corps anguleux et cuirassé. Plusieurs naturalistes ont eu presque en même temps l'idée de séparer du grand genre des cottes quelques espèces qui, avec la plu- part des caractères des cottes, notamment leurs rayons simples, leur tète déprimée, les six rayons de leurs ouïes , ont encore une cuirasse formée par plusieurs suites de grandes pièces osseuses, qui s'étendent depuis leur nuque jusqu'au bout, de leur queue, et font ainsi de leur corps une pyramide alongée à plusieurs pans, en sorte qu'à cet égard ils sont aux cottes ce que les malannats ou péristédions sont aux trigles. C'est cette subdivision des cottes qui a été désignée en 1801, par Bloch [Syst., édit. de Schn. , p. 10/f), sous le nom tYagonits; en 1802 et i8o3, par M. de Lacépède (t. III, p. 221 et 226), sous ceux à'aspidophore et dVispidophoroïde , et qui est indiquée sous celui de phalangiste dans la Zoographie russe de Pallas, ouvrage imprimé depuis , mais non encore publié, Elle se justiiie d'autant mieux, CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 1 99 que les espèces qui la composent manquent toutes des dents de l'extrémité du vomer, qui se voient dans tous les cottes: elles n'ont pas non plus de dents aux palatins. Nos côtes de l'Océan en possèdent une es- pèce dont les ichtyologistes du seizième siècle n'avaient pas parlé , mais qui a été assez bien décrite et représentée en 1624 par Schone- velde l , sous le nom de cataphractus. Il l'avait observée dans le Nordstrand , l'une de ces îles basses de la côte de Schleswig, et il assure que l'on en prend souvent aux embouchures de l'Elbe et de l'Eider. Depuis Schonevelde, Johnson en a vu sur les côtes d'Angleterre 2 , où il est même commun selon Pennant 3 ; Linnœus l'a observé dans le Categat 4 , Olafsen en Is- lande 5 , Othon Fabricius jusque clans le Groen- land 6 . 11 y en a quelques-uns dans la Bal- tique, selon Klein 7 et d'autres naturalistes. 8 Nous en prenons aussi quelquefois dans la Manche; et Brimnich, qui en avait vu dans les cabinets de Marseille, le croyait même de la Méditerranée , ce dont nous avons cepen- dant quelque sujet de douter; car il ne s'est 1. Ichtyol., p. 3i et pi. 3. — 2. Willughby, p. 212. — 3. Zool brit., n.°98. — 4. Faun. suec. , n.° 02^. — 5. Voyage d'Olafsen et Powelsen, traduction française, t. III, p.33i.— 6. Faun. groenl, p.i55.— 1. Miss. IV, y. 42.— 8. Georgii,.Rw.w.,t,IlI,p. 1918- 200 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. jamais trouve dans les nombreux envois de poissons que nous avons reçus de cette mer. On a été long-temps avant d'en connaître une seconde espèce. Ce fut Pallas qui la pu- blia en 1769 dans ses Spicilegia, d'après un individu que Steller avait envoyé des îles Kouriles au Cabinet de Pétersbourg. Il la nomma coitus japonicus. Bloch, en 1787, en donna une troisième, quil avait reçue de Tranquebar, son cottus monopterygius (pi. 178), remarquable parce qu'il n'a qu'une seule dorsale. Une quatrième, Yagonus decagonus, parut dans son Sjstema (pi. 27). Il l'avait aussi reçue des Indes orientales. Cependant l'infatigable Steller en avait dé- crit plusieurs autres dans cette mer du Kamt- schatka et du Japon, qui paraît si féconde en poissons de formes singulières; mais les observations de cet homme courageux et ha- bile étaient demeurées enfouies dans les ar- chives de l'Académie de Pétersbourg, et elles y seraient peut-être encore, quoique Pallas en ait profité pour sa Zoographie, si M. Tilesius, parcourant cette mer avec l'amiral Krusen- stern, n'y avait retrouvé les mêmes espèces, et et n'avait fait entrer des extraits des manus- crits de Steller et de l'ouvrage de Pallas dans CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 201 l'histoire qu'il a publiée de tout ce genre en 181 1 1 . Ce savant voyageur a bien voulu nous adresser pour le Cabinet du Roi une des es- pèces qu'il a recueillies, et nous en avons reçu deux autres de la complaisance de M. Lich- tenstein. Ce sont, avec celle de nos côtes et une du Muséum britannique, les seules qu'il nous ait été possible d'observer en nature; en sorte que pour le reste du genre nous serons obligés de recourir aux observations des trois naturalistes que nous venons de citer, et à celles de Bloch. Z/Aspidophore d'Europe. (Aspidophorus europœus, nob.; Cottus cataphrac* tus, Linn., et BL, pi. 39, fig. 3 et 4; Aspidophore armé, Lacép.) L'aspidophore ou agonus d'Europe a le corps octogone , mince de l'arrière , large et un peu dé- primé de l'avant. Sa hauteur, à la nuque, est six fois et demie dans sa longueur , et sa largeur, au même endroit, d'un opercule à l'autre, est double de sa hauteur. La longueur de sa tête est d'un quart moindre que sa largeur. Ses yeux sont plus près du bout du museau que de l'ouïe : ils regardent obli- quement de côté; leur diamètre est d'un cinquième de la longueur de la tête, et ils sont écartés l'un de 1. Dans le tome IV des Mém. de l'Acad. des sciences de P^tersb. 202 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. l'autre d'un de leurs diamètres et demi; leur inter- valle est un peu concave : le profil en avant d'eux fait aussi une courbe concave, au bout de laquelle le museau se relève et porte quatre petites épines ; deux antérieures obliquement dirigées en avant, et deux postérieures dirigées de même en arrière. Le sous-orbitaire couvre entièrement la joue: il a d'a- bord trois tubercules mousses à son bord inférieur antérieur, et ensuite vis-à-vis de l'œil une petite crête terminée par une épine couchée vers l'arrière. Le préopercule continue cette crête, qui se termine à son angle par une autre épine semblable : c'est entre ces deux épines préoperculaires que la tête est la plus large. Le crâne a ses quatre crêtes ordi- naires, mais larges, mousses et peu saillantes : les internes parlent des sourcils , les externes de l'ar- rière de l'œil; celles de chaque côté se rapprochent en arrière : les externes finissent par une pointe qui appartient au surscapulaire. L'orifice antérieur de la narine est tubuleux et placé au côté de la se- conde épine du museau ; l'autre est plus petit et tout près de l'œil. La bouche s'ouvre sous le museau en arc transversal à peine fendu jusque sous le de- vant de l'œil : elle est un peu protractile ; ses lèvres sont un peu charnues, et elle a des dents en velours très-ras, sur une bande de largeur médiocre, à cha- que mâchoire; mais on n'en voit aucunes au palais ni sur la langue, qui est large, plate, et a peu de li- berté. L'opercule est petit , renforcé d'une légère arête et terminé en pointe peu prononcée. L'ouver- ture des ouïes est grande à cause de la largeur de la CHAP. VI. ASP1D0PH0RES. 205 tète , et, quoique la membrane ne soit pour ainsi dire nullement échancrée, mais aille transversalement d'une ouïe à l'autre, se fixant presque jusqu'au bord à l'isthme. Ses rayons sont au nombre de six de chaque côté; toute sa surface est garnie de petits tentacules charnus en forme desoies, et il y en a aussi de semblables à l'angle des mâchoires et le long de l'interopercule : le bout du museau en porte deux, et il y en a un petit en avant de chaque or- bite. La disposition des écailles carénées qui cuiras- sent le corps n'est parfaitement octogone que depuis l'anus jusque derrière la seconde dorsale et l'anale. Plus en arrière, les deux séries supérieures de ca- rènes et les deux inférieures se réunissent en une seule; en sorte que la moitié postérieure de la queue est hexagone. Le tronc l'est aussi, parce que la se- conde série de chaque côté disparaît à peu près vis- à-vis l'anus et qu'il n'y en a plus alors que six. La nuque même n'a que quelques petites écailles comme des pavés : c'est de là que part la série supérieure. Les écailles qui la composent sont plus larges que longues; leurs carènes, d'abord arrondies, devien- nent ensuite plus aiguës et un peu pointues en ar- rière. Il y en a vingt-une de chaque côté jusque der- rière la seconde dorsale , où elles s'unissent en une seule série mitoyenne de douze écailles hexagones, carénées dans leur milieu. La ligne latérale est d'a- bord parallèle à cette première série; vis-à-vis l'anus, où la seconde série commence, elle s'in- fléchit pour régner ensuite en droite ligne jusqu'au bout de la queue, partageant cette partie du côté en 204 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. deux moitiés égales. La seconde série d'écaillés, qui ne commence que vis-à-vis l'anus, en a vingt-six jusqu'à la caudale : ses carènes sont assez aiguës. La troisième commence derrière la pectorale : jusque vis-à-vis l'anus ses écailles sont plus larges que longues, et n'ont que des carènes mousses ; ensuite elles deviennent hexagones et encore assez mousses, et régnent sous la ligne latérale jusqu'à la caudale. Il y en a neuf des premières et vingt-cinq des se- condes. La quatrième série commence sous la pec- torale, et a aussi jusqu'au côté de l'anus des écailles plus larges que longues , à carènes mousses , au nombre de neuf. Aux côtés de l'anale elles devien- nent plus étroites : il y en a douze de telles ; puis ces quatrièmes séries latérales s'unissent en une seule, composée de neuf écailles hexagones très- peu carénées, qui régnent jusqu'au bout de la queue. Les deux séries inférieures s'écartent l'une de l'autre en avant de l'anus , et entre leurs six premières écailles il y a derrière les ventrales deux autres pe- tites séries , chacune de cinq écailles plates. En avant des ventrales il y a quatre de ces écailles plates, for- mant un carré, sur le côté duquel, vers la base des pectorales, il y en a de chaque côté quatre ou cinq petites. La ligne latérale se marque par une chaîne de petites élevures tubuleuses entre les écailles des deux séries voisines. Toutes ces écailles sont dures, osseuses, légèrement granulées, unies par une peau molle, qui leur laisse assez de liberté pour que le corps puisse se fléchir en tout sens. Les pectorales de cet agonus sont arrondies, du CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 20i) cinquième desa longueur totale, et ont quinze rayons articulés, mais non branchus. Les ventrales sortent précisément autant en avant que les pectorales, mais ne vont pas aussi loin en arrière. Elles sont poin- tues, et ne paraissent avoir que deux rayons, parce que l'épine s'attache intimement au premier rayon mou. La première dorsale commence après les qua- trièmes écailles des séries supérieures, sur le tiers postérieur de la pectorale: elle est arrondie, moins haute que la partie du corps placée sous elle, et sou- tenue par cinq rayons flexibles, quoique non arti- culés. Sa membrane finit au pied de la seconde, à la douzième écaille. La seconde n'est pas plus haute, mais prend un peu plus d'espace en longueur ; elle finit sur la vingtième écaille, et a sept rayons sim- ples, mais articulés. L'anale lui correspond absolu- ment; elle a aussi sept rayons et semblables. La portion de queue entre ces deux nageoires et la cau- dale n'est que trois fois et demie dans la longueur totale, mais sa hauteur y est près de vingt fois. La caudale est arrondie et a onze rayons ; sa longueur est le septième du total. B. 6; D. 5 — 7; A. 7; C. 11; P. 15; V. 1/2. L'aspidophore a le foie médiocre, composé d'un seul lobe, placé dans Thypocondre gauche. Sa forme est ronde, convexe en dessous et concave en dessus sous l'estomac. La vésicule du fiel est très-petite ; le canal cholédoque est très-court. L'œsophage n'est pas fort long; il est étroit, et il débouche dans un estomac assez large, déprimé, arrondi, dont les parois sont minces et sans plis en dedans. 206 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le pylore s'ouvre auprès du cardia, sans qu'il y ait de branche montante à l'estomac. Il y a cinq appendices cœcales. L'intestin, après s'être contourné plusieurs fois sur lui-même, se rend à l'anus, en conservant un diamètre égal dans toute sa longueur. Ses parois sont très-minces. Je n'ai pas vu de traces de vessie natatoire. Les ovaires étaient pleins d'œufs petits comme de la fine graine de pavot. Ces sacs, rejelés sur l'arrière de l'abdomen, occupent à peine le tiers de sa longueur. L'estomac était rempli de petits crustacés. A ce que nous avons déjà dit ci-dessus (p. 199) de l'histoire de cette espèce, nous ajouterons quelle se nomme en anglais pogge> en russe lisitza (renard), et dans le Nord brodamus ; qu'elle se tient dans les lieux sablonneux, et qu'on ne la mange point. Il en existe plusieurs bonnes figures. 1 Des Aspidophores étrangers. Les recherches de Steller, de Bloch et de M. Tilesius ont fait connaître sept espèces de poissons, plus ou moins semblables à notre aspidophore d'Europe ; et nous en avons une 1. Outre Schonevelde et Bloch (loc. cit.), on en a dans Seba (t. III, pi. 28, fig. 6) ? dans Pennant (pi. 59), dans Donovan (t. III, pi. 16), etc. CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 207 huitième, due à M. Collée, chirurgien-major de la marine anglaise. Nous allons les décrire dans l'ordre de leur ressemblance, c'est-à-dire que nous commencerons par celles qui ont, comme la nôtre, les deux dorsales contiguès, et surtout par celle que son museau saillant et sa gorge barbue en rapprochent au plus haut degré. Z/ASPIDOPHORE ESTURGEON. {Jgonus acipenserinus , Til.; Phalangistes acipenserinus , Pall.) Cette espèce ressemble tellement à l'aspido- phore d'Europe, que Steller, éloigné comme il était de tout objet de comparaison, la soup- çonnait d'être la même. Elle en diffère cepen- dant par des caractères assez nombreux, et dont quelques-uns sont très-frappans. Sa tête est moins large; son museau plus mince, plus saillant; son corps plus alongé : les arêtes de son museau et de son crâne sont plus prononcées; les crêtes de toutes ses écailles , même du commen- cement de ses rangées supérieures, sont aiguës et terminées en pointes crochues : une ou deux pointes se montrent au-dessus de chaque orbite; ses sous- orbitaires et ses préopercules sont striés en rayons, et font, à quelques égards, ressembler sa tête à celle d'un trigle. Je ne vois point de soies à sa membrane 208 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. branchiostège ; mais il y en a un grand nombre de longues et serrées sous les angles de la bouche el sous le museau , qui fait une plus grande saillie en avant delà bouche. La poitrine, en avant des ven- trales, est garnie de plaques nombreuses , polygones, striées en étoile, et non pas seulement de quatre for- mant un carré. La première dorsale, enfin, a quatre rayons de plus. B. 6; D. 9—8; A. 8; C. 11; P. 17; V. 1/2. La teinte générale de ce poisson est un gris-jau- nâtre pâle, plus brun en dessus : des lignes trans- versales brunâtres, ondulées, se montrent dans les intervalles des écailles. Sa longueur ordinaire est de neuf à dix pouces. Cette description est faite d'après un indi- vidu desséché du cabinet de Pallas , dont nous avons dû la communication à M. Lich- tenstein ; elle s'accorde avec les figures que M. Tilesins l a publiées et accompagnées d'un ex- trait de l'article de M. Pallas 2 sur le même poisson, ainsi qu'avec l'article lui-même, tel qu'on le trouve dans la Zoographie russe. 3 Dans un autre extrait, tiré des papiers de Steller 4 , il est dit que les individus pris dans l'archipel des Kouriles ont la tête plus dépri- mée, les orbites plus saillans, les sept premières 1. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. IV(i8i î), pi. 1 1. 2. Ibid. , p. 422. — 3. Zoogr. ross , p. 1 10. — 4. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. IV (i8x j), p. 42 5. CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 209 écailles de chaque côté du dos moins proémi- nentes. Ce pourrait bien être là une espèce encore plus semblable à la nôtre que celle que M. Tilesius a dessinée. Cette dernière vit plus au nord; elle est commune autour de l'île dTJnalashka et sur les côtes du Kamchatka. Les Russes de ces contrées la nomment, ainsi que les autres es- pèces du genre, lisitza , c'est-à-dire renard; les habitans des îles Aleutiennes l'appellent koschadanguisch. On trouve souvent sur le rivage des individus morts et rejetés par les flots. Les autres aspidophores à dorsales rappro- chées ont la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure; leur museau ne fait point saillie en avant de leur bouche et ne porte pas d'épines. On en connaît trois espèces. Z/AsPIDOPHORE DODÉCAÈDRE. (dgonus dodecaedrus, Tïl. , Acad. de Pétersb., Mém. , t. IV, pi. i5 ; Phalangistes loricatus , Pall., Zoogr. i^oss., t. III, p. 1 14.) Nous avons aussi pour cette espèce l'avan- tage de pouvoir consulter, non-seulement les 4. 14 21 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. descriptions de Pallas et de M. Tilesius, mais un individu de l'animal lui-même, qui nous a été adressé par ce dernier naturaliste. Il est plus alongé, moins renflé vers la nuque que notre espèce d'Europe. Sa hauteur, à la nuque, fait le neuvième de sa longueur totale et les trois quarts de sa largeur au même endroit. Sa tête aun peu plus du sixième de la longueur totale; elle est déprimée : sa largeur , à l'arrière du crâne , est des trois quarts de sa longueur. L'œil occupe le quart de cette longueur et le museau un autre quart. Les deux yeux sont séparés par un espace a peu près égal à leur diamètre; le museau est déprimé, court, obtus; la mâchoire supérieure est presque verticale; l'inférieure se recourbe pour se porter au-devant d'elle : l'épine nasale est à peine visible. Le sous- orbitaire antérieur a à son bord inférieur deux pe- tites épines qui se recourbent en arrière; celui du grand sous-orbitaire est en ligne droite, et cet os va gagner le haut du préopercule , laissant entre lui et le bord horizontal du préopercule la moitié inférieure de la joue sans protection. Le bord du préopercule est arrondi; à sa partie supérieure il a une arête terminée par une épine dirigée en arrière : deux dents plus petites, plates, dirigées oblique- ment en bas et en avant, sont placées au-dessous de l'épine. Le crâne a les quatre arêtes mousses ordi- naires, dont les externes se continuent sur les os surscapulaires. L'ouïe est bien ouverte ; la mem- brane assez échancrée, sans aucunes soies : il y a un CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 2 H assez grand espace entre l'ouïe et la pectorale. Les huit rangées d'écaillés et d'arêtes se continuent dans celte espèce jusque très-près de la queue , et la crête de chaque arête se termine par une petite dent. On pourrait donc dire que ce poisson est octogone, comme les autres ; mais la première série fait sur une partie de sa longueur un angle avec la seconde, et la troisième en fait un avec la quatrième. Ce sont ces angles longitudinaux, beaucoup plus obtus que les autres, qui ont pu justifier jusqu'à un certain point l'épithète de dodécaèdre , que M. Tilesius a jugé à propos de substituer à celle de loricatus, que Pallas avait donnée a cette espèce. Il est vrai que cette dernière n'exprime qu'un caractère com- mun à tout le genre. Le nombre des écailles de la première rangée est de quarante. Ce n'est qu'à la trente-cinquième qu'elle s'unit à celle de l'autre côté , et que la queue devient hexagone. La ligne latérale se marque entre la troisième et la quatrième rangée par une série particulière , composée de petites écailles ovales , relevées chacune d'une petite arête. La poitrine et l'espace entre l'ouïe et la pectorale sont garnis de petites écailles polygones, irrégu- lières, bombées dans leur milieu. La longueur des pectorales est du cinquième du total; les ventrales sont de moitié plus courtes. La première dorsale commence à la neuvième écaille, sur le milieu de la pectorale ; la seconde à la vingt-deuxième. L'anale prend beaucoup plus d'espace en avant et en arrière que celte deuxième dorsale. B. 6; D. 11 — 7; A. 15; C, 11; P. 15; V. 1/2- 21 2 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Ce poisson paraît en dessus d'un brun jaunâtre, plus pâle en dessous. On voit sur sa pectorale quatre ou cinq suites transversales de points bruns : des ta- ches brunâtres forment une suite le long du milieu de ses dorsales, dont le bord est aussi leint de brun. La caudale a des points bruns, comme la pectorale. Cette espèce arrive d'ordinaire à une lon- gueur de sept pouces. Elle est fort commune dans les mers orientales. Les Russes rappel- lent, comme les autres, lisitza, et les Kam- chadales kulna. Z/ASPIDOPHORE A MUSEAU ÉTROIT. {Agonus rostratus,Ti\., Acatl. de Pétersb., Mém., t. IV, pi- 1 4; Phalangistes fusiformis, id. in Pall. Zoogr. ross., t. III, p. 1 16.) M. Tilesius nomme cet aspidophore agonies rostratuSy non parce qu'il aurait un bec, mais parce que sa tête et son museau se rétrécis- sent plus que dans les autres. Son corps est aussi plus alongé que dans l'es- pèce d'Europe , et sa queue surtout est très-mince. C'est entre les pectorales qu'il est le plus gros; en sorte qu'il a un peu la forme d'un fuseau. Sa bouche est fendue obliquement sur le bout du mu- seau, et il s'en faut bien qu'elle aille jusque sous l'œil. Son profil est rectiligne; son crâne plat; ses yeux saillans en dessus. Il n'y a point d'épines à son orbite; mais son préopercule en a trois assez CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 213 fortes à son bord montant, et il y en a deux au bord inférieur du grand sous-orbitaire. Ce poisson est octogone au tronc et hexagone à la queue, à peu près de la même manière que l'espèce d'Europe : mais ses écailles sont plus nombreuses : il y en a au moins quarante à chaque rangée supé- rieure, depuis la nuque jusqu'à l'endroit où elles se réunissent, et les nombres des autres rangées sont à proportion. Les supérieures ont des arêtes assez aiguës- celles des inférieures sont mousses. Les deux rangées qui garnissent l'abdomen sont réunies par une membrane susceptible d'extension , et qui se dilate sans doute lorsque les ovaires se gonflent. La poi- trine est garnie de nombreuses écailles polygones, comme dans l'aspidophore esturgeon et dans le do- décaèdre. Il n'y a point de soies sous la membrane branchiostège. Les pectorales sont plus longues et les dorsales plus en arrière que dans les deux pré- cédens; les rayons inférieurs des pectorales sont plus gros que les autres : l'anale, qui est aussi plus longue que la seconde dorsale, commence sous le milieu de la première. B. 6; D. 8 — 8; A. 13; C. 10; P. 14; V. 1/2. Cette espèce surpasse les deux précédentes par la taille. M. Tilesius , qui en a rencontré beaucoup d'individus près de lile de Sagalien et dans le golfe d'Aniva, en représente un de dix pouces. Steller et Merk en avaient envoyé précédemment quelques-uns des îles Kouriles au Cabinet de Pétersbourg; mais ni ces obser- 214 LIVRE IV. TOL T ES CUIRASSÉES. vateurs ni Pallas n'en avaient laissé de des- cription, en sorte que c'est à IVJ.Tilesins seul que le public en doit la connaissance. Z/ASPIDOPHORE LISSE. (dgonus lœvigatus 3 Til. 1 ; Sjngnathus segaliensisj idem. 2 ) On ne connaît aussi cette espèce que par deux articles que M. Tilesius a publiés à son sujet dans les Mémoires de la Société des naturalistes de Moscou et dans ceux de l'Aca- démie de Pétersbourg. Elle ressemble beaucoup à l'aspicîopliore à mu- seau étroit; mais sa queue est moins alongée. D'après la figure de M. Tilesius, son œil serait plus près de la nuque que du bout du museau, et l'on verrait deux épines au bord du sous-orbitaire; mais sa des- cription semble en indiquer deux de plus sur l'or- bite en arrière. Selon cette même figure, le corps et la queue seraient également octogones. Son tronc est un peu déprimé; ses nageoires sont très-frêles; les pectorales sont grandes ; les deux dorsales se touchent; l'anale surpasse la seconde dorsale en longueur : il n'y a aucunes soies sous la gorge. L'au- teur ajoute qu'il n'y a pas de dents aux mâchoires, et que sa membrane branchioslège a sept rayons ; 1. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. IV, p. 4^6. 2. Mémoires de la Société impériale des naturalistes de Moscou , ». H, p. 216; pi. iL CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 21 S mais je pense qu'il y a lieu de douter de ces deux assertions. D. 7-8; A. 12; C. 10(11?); P. 14; V. 1/2. A letat frais, ce poisson est brun -jaunâtre, plus pale sous le ventre; ses nageoires ont des bandes de taches brunâtres : sa taille ordinaire est de sept pouces. Plusieurs individus de cette espèce furent trouves par des officiers de l'équipage de M. de Krusenstern sur les bords de la mer dans la baie nommée par la Peyrouse de la Patience, dans l'île de Sagalien ou de Jesso. Nous passons maintenant aux aspidophores à dorsales éloignées lune de l'autre : on en connaît trois espèces, et toutes les trois ont les mâchoires égales et les rayons de la première dorsale robustes. Z/ÀSPIDOPHORE HAUTS SOURCILS. {Aspidophorus superciliosus, nob.; Cottus japoni- cus et Phalangistes japonicus , PalL; dgonus japonicus, Bl. Schn. ; Jspidophore japonais , Lacép.) La plus anciennement connue vient aussi du nord de l'océan Pacifique. Elle a été décrite et représentée par Pallas, dans ses Spicilegia 216 1IVÎIË IV. JOUÉS CÙÎRASSÉÈS. (7.* cahier, p. 3i et pi. 5), d'après un indi- vidu desséché que Steller avait trouvé en Juin 1743 sur le rivage d'une des iles Kou- riles 1 , et qu'il s'était empressé d'envoyer à Pétersbourg ; Pallas l'a nommée cottus japo- nicus y parce que, selon la note de Steller, jointe à l'échantillon , elle devait être plus commune vers le sud , nommément au Ja- pon ; mais M. Tilesius assure 2 qu'il n'en a point vu sur les côtes du Japon, et il aime- rait mieux qu'on l'appelât agonus curilicus. D u reste, il se borne à copier la description de Pallas, mais il joint ensuite sous son agonus stegophtalmus , celle de Steller; et c'est d'a- près les deux que nous avons rédigé la nôtre. Cet aspidopliore japonais , ou des Kouriles , s'il est un peu déprimé à la nuque, est comprimé sur la plus grande partie du corps et de la queue. Sa hauteur, à la nuque, est du sixième de la longueur totale, et sa tête en fait plus du cinquième. Il y a au-dessus de chaque œil une proéminence osseuse, plate, triangulaire, dirigée obliquement en dehors et en haut , qui garantit l'œil, comme ferait un au- vent, et empêche qu'on ne le voie quand on regarde en dessus la tête du poisson. Cette tête, assez étroite jusque vers la tempe, s'élargit entre les opercules. 1. C'est ce que nous apprend la note de Steller publiée par M. Tilesius (Mém. de l'Acad. de Pétersbourg, t. IV, 1811, p. 43i). 2. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. IV, p. 4 16. CIIÀP. VI. ASPIDOPHORÈS. 2\7 La mâchoire inférieure dépasse à peine l'autre. On voit peu d'inégalités sur le crâne : une petite épine nasale se montre vers le bout du museau. Le sous- orbitaire antérieur a deux ou trois petites épines en avant b à la première desquelles s'attache un petit barbillon ; le postérieur couvre presque toute la joue ; son centre est bombé. Trois tubercules mous- ses hérissent le bord horizontal du préopercule , dont l'angle a aussi un fort tubercule ; il y a un angle saillant à son bord montant : l'opercule finit aussi en angle. La membrane des ouïes est rude, mais non garnie de soies; ses rayons sont au nom- bre de six. De chaque côté du corps régnent quatre langées d'écaillés ou de plaques plus larges que longues , pyramidales , c'est-à-dire saillantes dans leur milieu, striées en rayons; deux sont au-dessus, deux au-dessous de la ligne latérale : celle-ci forme jusqu'au droit de l'anus une cinquième rangée d'é- cailles semblables , mais plus petites. En supposant la figure exacte sur ce point, on compterait qua- rante-cinq plaques par rangée. Le dessous de la poitrine, et même en partie celui du ventre, n'est garni que d'une peau rude ou plutôt grenue comme du maroquin , sur laquelle sont éparses de petites écailles : il y a aussi quelques-unes de ces petites écailles sur la nuque. L'anus est au tiers antérieur et en forme de fente. Les pectorales se rapprochent de l'ouïe plus que dans les espèces à dorsales conti- guës; leur longueur est du cinquième de la lon- gueur totale, et leurs rayons, au nombre de douze, tous simples: elles sont arrondies. Les ventrales sont 2 '18 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. comme clans le reste du genre , et n'ont guère que la moitié de la longueur des pectorales. La première dorsale commence immédiatement derrière la nuque, et ne s'étend pas plus loin en arrière que les pec- torales (jusque sur la huitième plaque); elle a six rayons pointus, forts, tranchans à chaque côté de leur base, unis par une membrane épaisse, qui est rude: sa hauteur est des deux tiers de celle du corps au-dessous d'elle. La seconde en est séparée par un espace plus long que l'une et l'autre ( de sept ou huit plaques), et s'élève un peu moins. Elle a sept rayons articulés, mais non rameux. L'anale est sous la deuxième dorsale , mais s'étend un peu plus en avant; elle a huit rayons simples, mais articulés, dont le premier est le plus long. La membrane est échancrée entre eux et entre ces deux nageoires, et la caudale est un espace qui fait le quart de la lon- gueur totale. La caudale est de forme ovale, longue comme le sixième du total ou un peu plus, et a douze rayons (ou plutôt onze), et seize, en comp- tant les petits de ses deux bords , comme Font fait Steller et M. Tilesius. Tous les rayons des nageoires sont très-rudes. La couleur de ce poisson, à l'état frais, d'après les notes de Steller, est d'un brun jaunâtre sem- blable à celui de l'ivoire vieilli : une tache brune s'étend de la nuque vers les orbites et les opercules; une ligne brune va obliquement de la première dorsale aux pectorales. Derrière celle-là en est une autre, fourchue; une bande plus large est sous la seconde dorsale, et il y en a quelques autres sur CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 219 la queue. Toutes les nageoires ont des lignes trans- versales brunes. Sa longueur ordinaire est d'un pied ou environ. M. Tilesius a décrit et représenté sous le nom de stegophtalmus (toit sur l'œil) 1 , un aspidophore dont la ressemblance avec celui de Pallas est frappante; et même il lui rap- porte une description extraite des papiers de Steller, qui est évidemment celle qui accom^ pagnait l'individu publié par Pallas , car on y retrouve exactement les passages que Pal- las a cités. Les seules différences que l'on aperçoive dans la description de M. Tilesius, qui est en grande partie calquée sur celle que Pallas a donnée de son cottus japonicus, sont, i.° Deux très-petils barbillons aux côtés de la mâchoire inférieure; 2. ° quatre papilles arrondies et plates de chaque coté sur la membrane d'entre les branches de cette mâchoire ; 5.° des plaques non striées. Mais si l'on réfléchit que M. Tilesius a dé- crit un individu frais, et que celui de PallaS était desséché, on se rendra aisément compte de ces différences. M. Tilesius l'avoue lni- méme (p. 435) relativement aux stries des 1. Agonus stegophtalmus , Tilesius (Mémoires de l'Académie de Pétcrsboiug, t. IV, p. 427, pJ. 12). 220 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. écailles. Je pense donc que M. Tilesius aurait bien fait de conserver l'opinion qu'il avait eue d'abord dans les Mémoires des natura- listes de Moscou (t. II, p. 219 et 220), sa- voir, que son agonus stegophtalmus et le cottus japonicus de Pallas ne forment qu'une espèce. La couleur de son poisson était jaunâtre, plus brune vers le dos , variée de bandes brunes et de taches blanches, quelquefois teintes de violet. La figure qui! en a publiée dans les Mé- moires de Pétersbourg (t. IV, pi. 12) marque surtout une bande brune chargée de taches blanchâtres en travers de la pectorale. H y a aussi de ces taches sur les dorsales et sur la caudale. Mais il en a donné une autre dans le Voyage de Rrusenstern (pi. 87), sous le nom de japonicus, où Ton voit sur la pectorale des bandes plus nom- breuses (cinq ou six), d'un brun roux, avec des points bruns, et sur la caudale, des lignes de points bruns; elle répond par conséquent encore davantage aux descriptions de Steller et de Pallas. Ce qui nous étonne , c'est qu'il ait pu donner deux figures aussi différentes d'un poisson dont il n'a vu, dit-il 1 , qu'un seul 1. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. IV, p. 428. CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 221 individu, pris le 3o Juillet i8o5. Il fut retiré au moyen de filets avec beaucoup d'autres animaux marins de toutes les classes, sur un fond argileux et sablonneux dans le golfe de la Patience de file de Sagalien. Dans les Mé- moires de Moscou (t. II, p. 219) , M. Tilesius dit qu'il était comme collé à une pierre blan- che, à laquelle il adhérait par la gorge, et que ce fut en recherchant les moyens par lesquels s'opérait cette adhésion, qu'il découvrit les suçoirs de la gorge; suçoirs, ajoute-t-il, que le dessin de Pallas indique, mais dont sa des- cription ne parle pas. 1 L'AsPIDOPHORE A QUATRE CORNES. {Aspiàophorus quadricornis , nob.) M. Collée , chirurgien de la marine royale d'Angleterre , a rapporté du Ramchatka , et donné au Muséum britannique, un aspido- phore dont l'espèce nous paraît nouvelle. Nous en donnons la description d'après la figure et les notes que M. Yalenciennes en a prises sur nature. 1. Ce n'est qu'en comparant péniblement les articles et les figures donnés par M. Tilesius, en 1809 dans les Mémoires de Moscou, en 1811 dans ceux de Pétersbourg, et en 18 1 3 dans le Vojage de Krusenstern, que nous avons reconnu qu'il parle du même poisson; car lui-même n'en fait pas faire la remarque à ses lecteurs. 222 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Il est plus court et plus gros à proportion que l'espèce précédente, et a de môme le museau court et la bouche fendue à son extrémité. Ses mâchoires ont des dents en cardes fines; mais il n'y en a ni au vomer ni aux palatins. Son œil est grand et très-élevé, en sorte que l'intervalle des deux sourcils est fort concave : il y a un tubercule saillant sur l'arrière du sourcil , et un autre de chaque côté sur l'arrière de l'occiput, qui lui font comme quatre cornes. Le sous- orbilaire antérieur est quadrangulaire et un peu ca- verneux, et relevé de trois arêles divergentes; le su- périeur est rond, et porte un fort tubercule conique, strié en rayons. Un préopercule étroit donne deux forts tubercules de son angle et deux de son bord inférieur ; l'opercule triangulaire n'en a que trois petits le long de son bord : il y en a un petit couché sur le surscapulaire , et un très-élevé, arrondi en massue sur le scapulaire. Tout le corps est couvert de boucliers minces en forme de losanges, tous striés en rayons qui partent de la base d'un tubercule central. Le tubercule des deux premiers de la rangée au-dessus de la pectorale est aussi saillant que celui du scapulaire. Ceux des quatre autres rangées sont plus plats et plus arrondis. Dans l'espèce précédente les deux dorsales sont presque égales ; Jans celle-ci l'antérieure est double de la postérieure en longueur, et d'un tiers plus haute : elle a les deux tiers de la hauteur du corps. Ses épines sont fortes, et les deux premières fort rudes. Tous les rayons mous sont simples, quoique articulés : ceux du milieu de la pectorale se prolon- CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 225 gent en filets au-delà de la membrane. La caudale est médiocre et arrondie. D. 9 — 1/5 ; A. 10; C. 12; P. 12; V. 13. L'individu est long de trois pouces et demi. Son séjour dans la liqueur l'a décoloré. jL'Aspidophore a dix pans. {.Aspidophorus decagonus, nob. ; Agonus decagonus, Bl.) Une troisième espèce d'aspidophore à dor- sales éloignées a été publiée par Bloch , dans son Sjstema (p. io5 et pi. 27). Il la nomme agonus decagonus j, et dit qu'elle vient des Indes orientales. Elle a la tête moins grande et le corps plus alongé que les précédentes. L'auteur dit que le tronc a dix angles et la queue six. Les épines de ses écailles sont plus aiguës. On lui en voit une de chaque côté, sur la nuque, et une sur chaque orbite. Le bord inférieur de son préopercule paraît aussi en avoir deux ou trois. La poitrine parait garnie de petites écailles plates; mais la figure, probablement faite d'après le sec, ne montre point de suçoirs. Le graveur a donné à la ventrale de petits rayons libres, dont il n'est pas fait mention dans le texte. B. 6; D. 6 — 7; A. 8; C. 12; P. 18; V. 1/2. La couleur de ce poisson paraît jaunâtre, avec cinq ou six bandes transversales noirâtres. Ses pec- 224 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. toralesetsa caudale sonl grandes, arrondies, brunes, avec des bandes transversales noires. Cest tout ce que nous pouvons dire, d'a- près Bloch , dune espèce que nous n'avons pas vue, mais qui nous paraît bien réellement distincte. Il reste à savoir si elle vient véri- tablement du pays que lui assigne cet auteur. L'AsPIDOPHORE A UNE SEULE DORSALE. (Agonus monopterygius , Bl. Schn.; Aspidoplio- roïde Tranquebar, Lacép.) A la suite de ces aspidophores à deux dor- sales doit venir celui qui n'en a qu'une , le cottus ou agonus monopterygius de Bloch (pi. 178, fig. 1 et 2), dont M. de Lacépède a fait son aspidophoroïde Tranquebar. Ce poisson , qui avait été adressé de Tran- quebar à Bloch par le docteur Kcenig, ne s'est trouvé dans aucun des nombreux et riches envois de poissons que nous avons reçus des différentes parties de la mer des Indes , en sorte que nous ne pouvons en parler que d'après le célèbre ichtyologiste de Berlin. Sa forme, mince, anguleuse, et lisse, pourrait le faire prendre pour un syngnathe, si ses ventrales et l'organisation de ses branchies ne prouvaient quil appartient à une tout autre famille. CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 225 C'est le plus grêle des aspidophores. Sa hauteur, à la nuque, est douze fois dans sa longueur, et sa largeur, au même endroit, ne surpasse sa hauteur que d'un tiers. La longueur de sa tête fiiit le cinquième de sa longueur totale; son œil est grand, plus près du mu- seau que de l'ouïe. Il n'a d'aiguillon ni sur l'orbite, ni sur aucune partie de la tète, si ce n'est deux petits de chaque côté, sur le bout du museau, comme dans l'es- pèce d'Europe, à laquelle il ressemble encore, parce que son museau avance par-delà sa bouche. Ses écailles sont hexagones et striées en rayons, mais sans carènes ni aiguillons; en sorte que son corps est anguleux, mais que ses arêtes n'ont point de dentelures ni d'é- pines. Ses séries d'écaillés sont au nombre de huit sur le tronc, de six sur la queue. La poitrine, en avant des ventrales, est divisée en neuf grandes plaques : un sillon règne depuis la nuque jusqu'à la dorsale, et il y en a un autre depuis l'anus jusqu'à l'anale. C'est la première dorsale qui manquait au pois- son de Bloch; mais peut-être, avant d'en faire un ca- ractère constant, faudrait-il revoir d'autres individus, J'ai tout lieu de croire que celui-là était défectueux, ne fût-ce qu'à cause du petit nombre des rayons de sa caudale et de ses pectorales. B. 65 D. 5; A. h; C. 6? P. 9? V. 1/2. Sa couleur était grise, avec six ou sept larges bandes brunes. Les pectorales et la caudale ont des lignes de points. Il n'était long que de six pouces. Kcenig dit qu'il vit de petites écrivisses et de jeunes poulpes, et qu'il ne sert que pour appâter les lignes, 4. i5 226 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. CHAPITRE VIL Des Platycéphales {Platycephalus, Bl.). Le poisson qui doit servir de type à ce sous-genre a été découvert par Forskal dans la mer Rouge ; il le considéra comme un cotte, à cause de la forme déprimée de sa tête et de ses deux dorsales; et son opinion a été adoptée par la plupart de ceux qui ont traité après lui de l'histoire des poissons : c'est leur cotte insidiateur. Néanmoins plusieurs motifs pouvaient déterminer à le séparer de ce genre. Les vrais cottes sont nus, manquent de dents aux palatins, n'ont que six rayons aux ouïes, et quatre aux ventrales , qui naissent à peu près sous la base des pectorales. Les insidiateurs sont couverts d'écaillés; leurs palatins portent une rangée de dents aiguës ; leur membrane des ouïes a sept rayons, leurs ventrales en ont cinq , et la forme singulièrement longue et élargie des os du bassin fait que ces nageoires naissent fort écartées l'une de l'autre , sous la seconde moitié des pectorales; en sorte que l'on aurait pu ranger les insidiateurs parmi les abdominaux à aussi juste titre, pour le moins, que les chrhites, les chéilodactyles et d'autres CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 227 poissons qui n'ont pas les ventrales placées plus en arrière qu'eux. Bloch, vers la fin de sa carrière 1 , forma d'a- près ces motifs son genre platjcephalus; mais presque aussitôt après lavoir formé il l'altéra 2 , en y plaçant une vraie perche (son sciœna undecimalis) , une cicle (son perça saxatilisoxi sparus saxatilis de Linnaeus) et une éléotris (son platjcephalus dormitator, ou le gobio- niore dormeur de Lacépède). Nous le restreignons ici aux espèces qui se conviennent mutuellement, et qui parmi celles de Bloch se réduisent aux platjcepha- lus insidiator et scaber ; carie platjcephalus spatula ne diffère en rien de Xinsidiator : mais nous y ajoutons quelques espèces nouvelles. Le Platycéphale insidiateur. (Platjcephalus insidiator, Bl., Sjst., pi. 5g. 3 ) M. Geoffroy Saint-Hilaire a rapporté de la mer Rouge le rogad, ou insidiateur de Fors- 1. Dans son grand ouvrage, à la planche 424- 2. Systema, édition de Schneider, p. 58. 3. Cottus insidiator, Forsk. et Linn. ; Cottus spatula, Bl. , pi. 224; Batrachus indicus, id., Syst., p. 45 ; Callionymus indiens elPlalyce- plialus spatula, ib., p. 5g ; Irrtva, Russel , pi. 46 ', Cotte madécasse t Lacép., t. El, p. 248, pi. 1 1, fig- i et a j Ccdliomore indien, idem, t. II, p. 544- 228 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. kal, et M. Leschenault nous a envoyé de la cote de Coromandel le spatula de Bloch; et c'est ainsi qu'il nous a été facile de nous assurer que ces deux poissons ne font qu'une espèce. Bloch avait remarqué de plus, et avec raison, dans sa grande Histoire des poissons, que son spatula ne diffère point du callionymus indi- cus de Linnapus ou calliomore indien de La- cépède, et c'est une inspiration peu heureuse que celle qui l'a déterminé à changer d'idée et à faire de ce callionyme un bat radius dans son ouvrage posthume du Systema. De notre côté, nous prouverons que le cotte madécasse, donné par M. de Lacépède d'après Commerson, est encore, sinon le même, du moins si voisin , qu'il serait téméraire de vouloir assigner leurs différences spécifiques. Un caractère très-apparent de cette espèce consiste dans les raies noires qu'elle a sur la caudale ; et c'est parce qu'il a pris ces raies dans la figure de Commerson pour des échan- crures, que M. de Lacépède a cru devoir dis- tinguer son cotte madécasse des deux autres. Quant à la distinction de Xinsidiator et du spatula , elle ne parait avoir été conservée par J 'doch que sur ce que Forskai donne au premier huit rayons branchiaux, tandis que le spatula, comme les autres espèces du genre, CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 229 nen offre que sept; mais c'est une erreur de Forskal, qui a pris l'interopercule pour un huitième rayon. Ce qui est plus étrange, c'est que Linnœus ait pu placer un tel poisson avec ses callio- nymes; lui qui donnait déjà à ce genre pour caractère celui qu'il a véritablement, d'orifices étroits à la nuque pour la respiration, et qui d'ailleurs le plaçait avec raison dans son ordre des jugulaires, tandis que les platycéphales et ce callionyme indien, comme les autres, ap- partiendraient plutôt à celui des abdominaux, sans parler de la multitude d'autres différences. Ce grand naturaliste a été conduit plus d'une fois à prendre de semblables partis par sa ré- pugnance à former de nouveaux genres pour une seule espèce ; mais dans cette circons- tance il aurait dû être frappé de l'affinité de ce prétendu callionyme avec son cottus scaber. L'aplatissement de la tète dans Xinsidiateur est tel qu'il l'a fait comparer assez justement à une pelle ou à une spatule. En effet, cette tête, de forme ovale, d'un tiers plus longue que large, n'a pas en hauteur, quand la bouche est fermée, plus du cinquième de sa longueur. Ses préopercules et ses opercules, au lieu de descendre, sont à peu près horizontaux. Sa plus grande largeur est d'un opercule à l'autre; elle di- minue vers le museau, qui est plat, à circonscription 230 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. obtuse, à bords tranchans, et sous lequel la mâchoire inférieure s'avance plus que la supérieure. Un grand sous-orbitaire couvre le côté du museau, et un autre occupe l'espace entre le premier et le préopercule, ne laissant qu'une partie de la tempe, derrière l'œil, sans protection ; le bord externe de ces sous-orbi- taires fait aussi le bord externe de la tête, jusqu'à l'angle du préopercule, où ce dernier os se montre par deux fortes épines, qu'il fait saillir. Les yeux sont à la fice supérieure, vers le tiers antérieur, et séparés l'un de l'autre par un inter- valle d'un tiers plus large que leur diamètre. Au-de- vant de chacun d'eux, en dedans du premier sous- orbitaire, sont les deux orifices de la narine, ronds, petits, distans l'un de l'autre autant que le postérieur l'est de l'œil, et de moitié moins que l'antérieur ne l'est du bout du museau. Cette surface plate du dessus de la tête n'est re- levée que par quelques lignes à peine saillantes; une impaire venant du museau et se perdant entre les yeux; une partant du bord interne de chaque orbite, se portant en arrière en se rapprochant de sa sem- blable , et se terminant chacune sur le crâne par une irradiation de trois ou quatre lignes. Entre ces deux irradiations commence une ligne impaire, qui finit bientôt sur le crâne, et à leur suite, de chaque côté, une qui va un peu plus loin en arrière jusqu'au bord postérieur; enfin, sur chaque tempe, une qui se continue avec quelques légères échancrures sur le surscapulaire et le scapulaire, où elle se termine par une petite pointe. Cette ligne temporale, car on CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 231 ose à peine l'appeler une crête, est parallèle à sa semblable, et à elles deux elles interceptent un es- pace qui fait le tiers de la largeur de la tête en arrière, les deux autres tiers étant occupés par les sous-orbi- taires postérieurs et les opercules. Le sous-orbitaire antérieur, de forme irrégulièrement rhomboïdale, à surface un peu rayonnée, a une échancrure en avant, mais couverte par la peau, et son angle antérieur ex- terne est fendu en deux petites dents très -obtuses, qui croisent un peu sur le maxillaire. Du centre de son irradiation part une arête qui se continue sur le second sous-orbilaire parallèlement au bord de la tête et assez près de ce bord, jusqu'aux épines du préopercule. Le bord postérieur du préopercule, qui, dans un poisson à tête moins aplatie , serait son bord montant, est couvert juste par le bord postérieur du second sous-orbitaire, et la ligne qu'ils forment tous deux traverse la partie latérale de la face supé- rieure presque perpendiculairement jusqu'aux lignes ou crêtes temporales. L'espace en avant de ce bord fait les deux tiers de la longueur de la tête, et l'oper- cule en fait le troisième tiers. Les deux fortes épines de l'angle du préopercule sont en même temps pla- cées au bord même de la tête. Dans cette espèce , c'est l'inférieure qui est la plus longue ; mais pas de beaucoup. Elle a à peu près le dixième de la lon- gueur totale de la tête. L'opercule osseux se termine en arrière par une épine plate, et il y en a une autre au-dessus des pectorales qui appartient à l'os de l'épaule. La bouche est fendue horizontalement au bout du 252 LIVRE IV. JOUES CUIHASSÉES. muSeau jusque sous le bord antérieur de l'orbite; sa protractilité est peu considérable. La mâchoire in- férieure dépasse l'autre de toute la largeur de son bord. Une bande fort étroite de dents en velours la garnit; mais la mâchoire supérieure en a une beau- coup plus large, surtout au milieu, où la moitié qui appartient à chaque intermaxillaire se dilate, s'in- cline vers le bas et prend à son bord interne quelques dents plus fortes que les autres. Au bord antérieur du vomer et tout le long du bord externe de chaque palatin règne une seule rangée de petites dents poin- tues, serrées et nombreuses. La langue, qui est plate, mince, très-libre, large et obtuse, n'a aucune dent. La membrane branchiostège est échancrée en des- sous sur à peu près les deux tiers de sa longueur, et passe sous le pédicule de la poitrine : sept rayons faciles a compter la soutiennent de chaque côté; et, arrivé sous le bord du préopercule, on croit en trouver un huitième, qui n'est autre chose que l'in- teropercule caché sous le préopercule, comme le préopercule sous le grand sous-orbitaire. L'écartement singulier des os du bassin maintient le devant du corps dans un état d'aplatissement sem- blable a celui de la tête ; ce à quoi contribue encore la disposition écrasée des os de l'épaule et la dépres- sion horizontale du corps du sternum ou de l'os qui soutient le pédicule pectoral, et qui d'ordinaire est comprimé verticalement. La longueur totale comprend quatre fois celle de la tête; six fois la largeur aux épaules, laquelle comprend trois fois la hauteur au même endroit. CHAP. VU. PLATYCÉPHALES. 235 Les pectorales sont petites , et ne font guère que le septième de la longueur. Elles ont dix-neuf rayons : les deux premiers simples ; les suivans branchus jus- qu'aux cinq ou six derniers , qui redeviennent à peu près simples et un peu gros. Les ventrales sont écartées de toute la largeur du corps et attachées à ses bords sous le milieu des pectorales. D'un quart plus longues que les pectorales, elles les dépassent des deux tiers de leur propre longueur. La première dorsale commence vis-à-vis le milieu des pectorales. Elle a d'abord une très-petite épine, courte et détachée, avec sa membrane particulière ; puis en viennent sept liées par une autre membrane, et dont la première est de près du double plus haute que le corps : les suivantes diminuent de façon que la dernière se voit à peine, ce qui rend cette nageoire triangulaire. L'espace qu'elle occupe en longueur est du sixième de la longueur totale. Elle est complète- ment séparée de la seconde dorsale, qui est plus basse et plus longue, et qui compte treize rayons, dont le premier est simple et plus long que les suivans, mais assez flexible, et même, à ce qu'il me semble, articulé au bout. L'espace que cette seconde dorsale occupe en longueur est de près du tiers du total. Entre elle et la caudale est un espace nu du treizième. L'anale répond exactement à cette seconde dorsale et a de même treize rayons. Le corps va en s'amincissant et en s'arrondissant jusque derrière ces deux nageoires, où son diamètre vertical est cependant encore moindre que le transversal et à peine du vingtième de la longueur totale : la caudale fait le douzième de 234 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. cette longueur; elle est coupée carrément et soute- nue par quinze rayons. De petites écailles , finement et brièvement ciliées au bord, couvrent tout l'intervalle des yeux, la joue, le crâne , l'opercule et tout le corps. Le bout du museau, les mâchoires et la membrane branchiostège en sont exempts. Il n'y en a point sur les nageoires, si ce n'est sur la base de la caudale et un peu entre ses rayons. La ligne latérale est peu marquée : partie , comme à l'ordinaire , de l'os surscapulaire , elle s'écarte du dos, et une fois passé les ventrales, elle divise à peu près chaque côté en deux. L'anus est sous le milieu du corps. Ce platycéphale est brun foncé dessus, blanchâtre dessous, et les deux couleurs sont assez nettement tranchées. Sa caudale est blanche, mêlée de jaune, avec quelques teintes brunes au bord supérieur , et a trois bandes noires; une plus large et plus courte, un peu oblique au-dessus du milieu, qui ne va pas jusqu'à la base; une inférieure, plus noire, qui va obliquement vers le bord inférieur de la base, mais sans y atteindre toujours; une mitoyenne, plus étroite et plus pâle, qui disparaît quelquefois. Il y a même dans la largeur et l'étendue des deux autres de ces bandes quelques variétés individuelles. La bande supérieure et l'inférieure sont en général larges et bordées ou lisérées de blanc, et c'est le milieu de la caudale qui est teint en jaune le long de la ligne noire mitoyenne. Les autres nageoires ont leurs rayons annelés de brun, et ce brun est très-serré sur les pectorales et les ventrales , au point de n'y repré- CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 25ft senter qu'un amas de points mêlés les uns aux au- tres et couvrant presque tout le fond. Nos individus ont depuis un pied jusqu'à quinze et seize pouces de longueur. Le platycéphale insidiateur a le foie très -petit, composé d'un seul lobe triangulaire, un peu convexe en dessus, et qui occupe la gauche de l'œsophage. Vers son angle inférieur et du côté droit on trouve la vésicule du fiel, qui est médiocre, ronde et atta- chée près du foie. Le cholédoque, après avoir reçu à sa naissance plusieurs vaisseaux hépato-cystiques , se prolonge assez loin pour verser la bile dans le premier des coecums à gauche. L'oesophage n'est pas très-long, mais il est assez large. L'estomac, qui le suit, est très-grand ; il occupe près des deux tiers de la longueur de l'abdomen. Il a la forme d'une vessie alongée, un peu courbée vers le côté droit. De l'arrière de l'estomac remonte vers le diaphragme une branche étroite, mais presque aussi longue que l'estomac, à l'extrémité de laquelle se trouve le pylore. Il est entouré en dessous de huit appen- dices cœcales. Elles vont en augmentant de diamètre, mais en diminuant de longueur de droite à gauche. L'intestin est peu large, et fait des replis assez longs avant de se rendre à l'anus. La rate est petite et noirâtre ; elle est placée pres- que sur la pointe de l'estomac. Les laitances, pleines, n'occupent que la moitié postérieure de l'abdomen. Il n'y a aucun vestige de vessie natatoire. Les reins sont renflés auprès de la tête; après quoi 23G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. ils se prolongent en un filet très-mince de chaque côté de lepine, et vont aboutir tout auprès de l'anus. Leur couleur est noire. Le péritoine est incolore. Nous avons trouvé dans l'estomac des débris de poissons et de crustacés. Son squelette est surtout remarquable par la sin- gulière conformation des os du bassin, qui res- semblent à deux équerres. La branche antérieure et externe , longitudinale et surmontée d'une crête oblique , très-élevée , s'attache par une prolongation de cette crête en avant a sa semblable, et se suspend avec elle à l'os humerai. La branche postérieure transversale se joint à sa semblable sous le milieu du corps. C'est en dessous de l'angle formé par ces deux branches que s'attache la ventrale. L'épine a vingt-sept vertèbres, toutes plus longues que hautes et creusées par leurs côtés. Les treize pre- mières portent des côtes simples, arquées en arrière, posées horizontalement, pour soutenir, conjointe- ment avec le bassin , l'aplatissement du corps ; la dixième et la onzième sont concaves en dessous : c'est sous la douzième que commence l'anale, dont le premier interépineux n'est pas très-prononcé ; en général ils ne le sont ni à l'anale, ni à la dorsale. La description que nous venons de faire, est prise principalement d'individus envoyés de Pondichéry et des Moluques, et très-bien conservés; mais elle convient également à ceux qui sont venus de Suez, et elle s'ap- CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 257 pîique sans difficulté, sauf les variations des raies noires de la queue, à la figure du pla- tycephalus spatula de Bloch (pi. 424) et à celle de Yirrwa de Russel (fig. 1^6). Que l'on réduise les prétendues échancrures des dessins de Commerson à des taches, et l'on verra que c'est encore cette même espèce où le dessinateur a négligé les détails des lignes saillantes de la tête, parce que dans le frais elles paraissent moins : or, quelque illu- sion qu'aient pu produire les faux traits de l'artiste, il est certain, par la seule inscription de Commerson, que ces taches noires ne sont que des taches; car il y désigne le poisson par ces mots : Cottus spinis in capite quatuor lateralibus retroversis, cauda variegata. Et de plus, Commerson a laissé une des- cription étendue , dont il ne paraît pas que M. de Lacépède ait eu connaissance , où il dit de la queue : Cauda nigro , albo, luteo , ele- ganter picta. Plus bas il ajoute : Perpendi- cularis indivisa, in extremo subrotunda; ce qui décide tout. Nous avons enfin un individu desMoluques, où les taches noires sont si parfaitement sem- blables au dessin de Commerson, que l'on dirait qu'il lui a servi d'original. La description de ce voyageur est d'ailleurs 258 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. conforme à la nôtre, excepté qu'elle semble indiquer une plus grande concavité entre les yeux; mais si c'est là un caractère spécifique, toujours faudra-t-il conclure que le cotte ma- decasse est aussi voisin qu'il soit possible de Yinsidiateur. Commerson ajoute à ce que nous avons dit, que l'iris de son cotte est de cou- leur d'émeraude. Le peu que Forskal (p. a5) dit de son ro- gad, s'accorde encore parfaitement avec notre description , sauf Terreur déjà expliquée du huitième rayon branchial. Voici comment il décrit la queue : Pitina caudalis, alba macula média flava bijida, maculisque duabus inœ- qualibus atris , linearibus obliquis. Il faut remarquer qu'en copiant son article, Gmelin a mis pour la seconde dorsale 40/15 au lieu de 0/1 5 \ ce qui pourrait induire en erreur. L'espèce habite donc au moins depuis la mer Rouge et celle de Madagascar, jusque très-avant dans le golfe du Bengale et jus- qu'aux Moluques. Selon M. Leschenault, les pécheurs de Pon- dichéry la nomment vetondou pati, et en prennent surtout à l'embouchure de la rivière d'Ariancoupang; ceux de Commerson venaient d'endroits peu profonds, voisins du fort Dau- phin. CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 239 M. Ehrenberg a entendu prononcer à Mas- suah ragadaï, au lieu de rogad. Forskal est jusqu'à présent le seul qui ait observé l'habitude de ce poisson, d'après la- quelle on lui a donné 1 epithète ftinsidiateur, et qui consiste à s'ensevelir dans le sable pour y tendre des embûches aux poissons. La forme tranchante et plate de sa tête doit lui donner beaucoup d'aptitude à cette manœuvre. C'est en sondant les gués , où il se cache , que les pêcheurs parviennent à le débusquer et à le prendre. Sa taille ordinaire, selon Commerson et Russel, est de dix-huit pouces; Forskal lui donne jusqu'à une aune et demie, ce qui, pour lui, doit signifier près de trois pieds. Tous les auteurs s'accordent à le dire bon à manger. Il est arrivé de divers parages de la mer des Indes au Cabinet du Roi trois platy- céphales, qui ressemblent à lmsidiateur par les formes générales et les détails de la tête, et même par l'ensemble de leurs couleurs; mais qui en diffèrent par quelques propor- tions de leurs épines, ou par l'absence des taches de la queue. 240 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le Platycéphale d'Endracht. (Platjcephalus endrachtensis , Quov et Gaym.) Le premier a même à la caudale le fond jaune et blanc et les bandes noires qui distinguent l'insi- diateur. Les bandes y sont au nombre de quatre ; deux supérieures , obliques , étroites ; deux infé- rieures, longitudinales et plus larges; mais il y a probablement aussi quelque variété à cet égard. Un caractère plus essentiel, c'est que les deux dente- lures du sous-orbilaire antérieur, qui croisent sur le maxillaire , au lieu d'être émoussées et peu appa- rentes, sont étroites, saillantes et très-pointues. Son museau paraît aussi un peu moins obtus qu'à l'in- sidiateur : ses nombres de rayons sont les mêmes. L'épine inférieure de son préopercule est un peu plus longue que l'autre. D. 8 — 13; A. 13; C. 15; P. 20; V. 1/5. Il a été pris dans la baie des Chiens-Marins à la terre d'Endracht, côte ouest de la Nou- velle-Hollande, par MM. Quoy et Gaymard, naturalistes de l'expédition Freycinet, qui l'ont décrit dans la Relation de ce voyage (zoologie, p. 353) sous le nom de platjce- phalus endrachtensis \ On la trouvé enfoncé 1. Quoique leur description ne soit pas tout-à-fait d'accord avec la nôtre, elle a été faite sur le même individu. Nous en faisons la remarque pour que quelque compilateur ne vienne pas encore en faire une espèce de plus. CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 24 1 dans le sable ; ainsi ses habitudes sont les mêmes que celles de l'espèce précédente. Le Platycéphale brun. (Platycephalus fuscus , nob.) Un second, rapporté par ces naturalistes du port Jackson, à l'est de la même partie du monde , est encore plus semblable que le précédent à l'insidiateur, par les formes de sa tête et les dents émoussées de son sous-orbitaire ; mais sa caudale est noirâtre au milieu de sa moitié postérieure et semée de taches brunes vers sa base et ses bords ; ses autres nageoires ont des taches brunes. Les deux épines de son préo- percule sont à peu près égales. D. 8 — 13; A. 13; C. 15; P. 19; V. 1/5. Les teintes de sa partie supérieure sont plus fon- cées que dans aucun des autres, ce qui nous engage à le nommer platycéphale brun. L'individu est long de quinze pouces. Nous en trouvons un parmi les dessins que Parkinson a faits à Otaïti pour sir Joseph Banks, qui est aussi d'un brun foncé sur le corps, avec des points bruns^ pâles, sur les nageoires. Bien qu'il n'ait pas la bande noirâtre sur le milieu de la caudale, on peut douter que ce 4. 16 '1 42 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. soit autre chose qu'une variété de notre espèce actuelle. Parkinson le nommait cottus otaitensis , et nous en trouvons sous ce nom une descrip- tion clans les manuscrits de Solander, où sa couleur est exprimée en ces termes : Supra e glauco et fusco irrotato-nebulosus , infra al- bus. Il se nomme à Otaïti earrhaï ou aellia- ara-ara. Nous croyons également en avoir trouvé la figure dans l'imprimé japonais de la biblio- thèque du Muséum, que nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de citer. Le Platycéphale a grande épine. (Platjccphalus grandispinis , nob.) Un troisième a les yeux un peu plus grands que ceux des précédens; leur intervalle un peu plus étroit. Son sous-orbilaire antérieur donne en avant une dent courte, mais assez pointue, et deux très-petites sur le coté. L'épine inférieure ou externe de son préopercule est quatre fois plus grosse et plus longue que l'autre, et s étend presque jusqu'au bord de l'opercule. Sa caudale est, comme les autres nageoires , tachetée de brun sur un fond pale. Sa couleur générale pa- rait plus fauve , moins brune que dans les précédens. B. "ï: D. 8 — 15; A. 14; C. 13: P. 20j V. 1/5. Nous l'appelons grande épine, à cause de CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 2 4-5 son épine préoperculaire externe. Le lieu précis de son origine ne nous est pas connu. On le possède depuis long-temps au Cabi- net du Roi. Le Platycephale ponctue. (Platjcephalus punctatus , nob.) Un quatrième , provenant du voyage de Péron, et qui a aussi été rapporté de la rade de Trinquemalé, à Ceilan, par M. Reynaud, et des iles Vanicoro par MM. Quoy et Gay- mard, a les crêtes de la tête plus relevées que les précé- dens et en partie épineuses. On lui voit une petite épine à chaque os nasal, une devant et une derrière chaque orbite; des dentelures à la crête surcilière; une petite épine aux crêtes latérales du crâne , deux à celles de la tempe et trois au-dessus de l'épaule. Il y en a une petite au milieu du sous-orbitaire anté- rieur et deux sur la crête du postérieur : le premier n'a point de dent sensible à son bord antérieur. C'est l'épine supérieure du préopercule qui est la plus grande dans cette espèce, et elle surpasse trois fois l'inférieure , qui est fort petite. Par ces différentes aspérités , ce platycephale fait une sorte de passage au scabcr; mais il n'a pas, comme le scaber, la ligne latérale épineuse. Un caractère qui le distingue fortement des pré- cédens , c'est la grandeur de ses yeux , dont 1 inter- 244 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. valle n'est pas moitié de leur diamètre transversal. D. 9 — 12; A. 12j C. 15; P. 20; V. 1/5. Dans la liqueur il paraît fauve- clair en dessus, avec de petits points brun-rouges foncés , semés sur la tête et aussi sur les côtés du corps, mais en moindre nombre. Une large bande noirâtre occupe la moitié de sa première dorsale, voisine du bord. L'autre dorsale est, ainsi que les nageoires paires, tachetée de brun; l'anale est blanchâtre; la caudale a sa moitié postérieure noirâtre ou brunâtre, et une bande irrégulière semblable en travers sur sa base. Nous l'appelons platycéphale ponctué, à cause des points de sa tète, dont il paraîtrait cependant, par le dessin, que celui de Mada- gascar aurait aussi quelque chose, quoique Commerson n'en dise rien dans sa description. Le Platycéphale a gouttelettes. (Platycephalus guttatus , nob.) M. Langsdori'a rapporté du Japon au Cabi- net de Berlin un platycéphale très-semblable à ce ponctué, même par les couleurs, si ce n'est qu'il a de gros points noirs , semés irré- gulièrement sur le corps et sur la tête. Il paraît aussi avoir eu sur le dos cinq bandes plus obscures que le fond. Sa première dorsale a la bande noirâtre et des taches brunes entre ses rayons : il y a aussi de ces taches ou des points bruns sur les rayons de- ses CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 245 nageoires , l'anale exceptée, qui est toute blanchâtre, ainsi que le corps. Quant aux formes, la seule différence que j'y aper- çoive, c'est que les deux petites épines sur les na- rines y sont à peine sensibles, et que sa tête parait un peu plus alongée à proportion; mais il y a de plus une petite différence dans les nombres des rayons. D. 9 — 10; A. 11. La longueur de l'individu est de quatorze pouces. Il a été cédé au Cabinet du Roi par le Musée de Berlin. Le nom japonais de l'espèce , selon M. Langsdorf, est notschi. Le Platycéphale malabare. (Platycephalus malabar icus , nob.) M. Bélenger nous a envoyé de Mahé un platycéphale très-semblable par les formes au punctatus et au guttatits , si ce n'est qu'il a une épine de plus à la crête du dernier sous- orbitaire. Il est tout entier d'un gris-brun foncé uniforme. Sa première dorsale n'a pas de bande noire, mais est, ainsi que les autres, d'un gris nuageux. D. 9 — 12; A. 12, etc. L'individu est long de di 246 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le Platycéphale a épines égales. (Platjcephalus isacanthus , nob.) Une espèce de l'archipel des Indes, rap- portée par MM. Lesson etGarnot, ressemble encore beaucoup aux trois précédentes par sa tète; mais elle n'a pas ces nombreuses irradiations qui sont sur leur crâne ; on n'y voit que trois lignes. Les deux épines de l'angle de son préopercule sont courtes et à peu près égales. Les dentelures de sa crête surcilière sont à peine visibles : il n'y a que deux épines sur la crête du troisième sous-orbilaire. Sa couleur est en dessus d'un brun un peu roussâtre, avec quelques vestiges de bandes; en dessous, dun gris-roux pâle. Les tranchans latéraux de la tête ont des taches brunes sur un fond gris. Les nageoires ont les rayons tachetés de brun. Il n'y a pas de noir à la première dorsale, qui est ponctuée, comme les au- tres nageoires , et a son premier rayon plus long et plus grêle que dans le reste du genre. D. 9—1/llj A. 12, etc. Nous en avons deux individus venus l'un de Waigiou, l'autre de Bourou. Ils sont longs de six pouces. CHAP. VIT. PLATYCÉPHALES. 247 Le Platycéphale de Bass. ( Pla t y cep h a lus basscnsîs , nob. ) La Nouvelle -Hollande paraît être la con- trée la plus riche en platycéphales. MM. Quoy et Gaymard, dans leur seconde expédition, en ont pris au port Western , dans le détroit de Bass , deux espèces nouvelles. L'une d'elles ressemble assez au punciafus et au guitatus. Toute sa partie supérieure est d'un brun roussàtre semé de points bruns plus foncés. L'épine inférieure de son préopercule est la plus grande et surpasse la supérieure de plus du double : du reste, ses crêtes sont peu marquées; il n'y a que deux den- telures mousses en avant de son sous-orbitaire et point d'épine à sa surface. L'orbite n'en a qu'une petite en avant. Celles du crâne et de la tempe sail- lent très-peu. Les deux dorsales ont leurs membranes transparentes, et seulement des taches brunes, peu marquées, sur leurs rayons. La caudale a en arrière des taches brunes, rondes sur sa moitié supérieure, et sur l'inférieure des taches noires, qui se confon- dent en partie les unes avec les autres : les taches brunes des pectorales y forment des bandes trans- verses, un peu plus marquées qu'aux dorsales. Les ventrales et l'anale sont blanchâtres, ainsi que tout le dessous du corps. D. 7— 14; A. 14; C. 13; P. 20; V. 1/5. Notre individu est long de neuf pouces et demi. 248 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. Le Platycéphale lisse. (Platjcephalus lœvigatus , nob.) L'autre platycéphale du port Western est le plus lisse de tout le genre. Les crêtes de son crâne ne sont pas sensibles et ne portent aucune épine. Il n'y en a pas davantage au sous-orbitaire, qui manque aussi de dentelures à son bord. Les épines du préopercule sont courtes, et l'inférieure, encore de moitié plus courte que l'autre, est un peu courbée vers le bas et comme tronquée. Sa physionomie est d'ailleurs la même que dans les précédens , et l'intervalle des yeux n'a pas moitié de leur diamètre vertical. Tout le dessus du corps est brun foncé ; le dessous blanc. Des taches brunes , rondes et serrées , marquent la limite du brun au blanc. Les dorsales ont les membranes transparentes et des taches brunes seulement sur leurs rayons. La caudale a sur ses rayons des taches rondes et brunes , qui s'étendent aussi un peu sur sa membrane , sur tout le long de ses bords supérieur et inférieur. Les pectorales et les ventrales ont le dessous blanc , le dessus tacheté de brun sur les rayons. L'anale est blanchâtre, comme tout le dessous du corps. D. 9 — 14; A. 14; C. 13; P. 19; V. 1/5. L'individu est long d'un pied. CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 249 Le Platycéphale raboteux. (Platycephalus scaber, BL? Cottus scaber, Linn.) Le platycéphale raboteux que Linnaeus avait décrit parmi ses cottus (cottus scaber, Linn.), est encore plus épineux par la tête que les précédens 5 mais ses épines ne sont pas tout-à-fait distribuées de même, et d'ail- leurs il en a tout le long de la ligne latérale qui lui sont particulières. Nous avons lieu de croire que, si l'on a multiplié les êtres à l'égard de l'insidiateur , on les a trop restreints par rapport au rabo- teux, et que l'on a confondu sous ce nom deux espèces qu'il aurait fallu distinguer. En effet, Bloch marque dans sa figure (pi. 180) des bandes ou ceintures transversales dont Linnaeus n'avait pas parlé, et dont nous ne trouvons point de traces dans le plus grand nombre des individus qui nous ont été en- voyés de la côte de Coromandel. Russel (pi. 47) n'en montre non plus aucunes dans le sien ; et cette différence, jointe à quelques autres qui semblent avoir lieu dans les épines de la tête , pourrait bien indiquer une distinction d'espèces. Nos individus sans bandes sur le corps ont la tête 250 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. plus étroite que linsidiateur, et même que le ponctué el ses analogues. Les yeux sont moins grands et moins rapprochés; leur intervalle égale leur diamètre. Le premier sous-orbitaire n'a point d'épines qui croisent sur le maxillaire. On voit une très-petite épine à cha- que nasal, une au-devant de chaque orbite, cinq ou six très-petites sur la crête surcilière , quatre plus grandes sur la continuation de cette crête, qui se prolonge sur le crâne; quatre sur la crête de la tempe, qui va de l'oeil à l'os scapulaire, et se continue avec la ligne latérale; cinq ou six sur la crête du grand sous- orbitaire, qui aboutit à l'angle du préopercule. L'épine supérieure de cet angle est trois ou quatre fois plus grande que L'inférieure, sous laquelle il y en a une troisième encore plus courte, et la grande en a en outre une très-petite sur sa base. L'opercule a deux épines écartées , dont l'inférieure est à l'extrémité d'une arête qui parcourt toute la longueur de cet, os. Toutes les écailles de la tempe et de l'opercule ont chacune une petite élevure saillante dans son milieu. La ligne latérale se marque par cinquante et quelques petites épines, pointues et dirigées en ar- rière, comme toutes celles de la tête. Elle reste plus près des dorsales que dans linsidiateur. Toutes les proportions sont d'ailleurs à peu près les mêmes. B. 1'; D. 8 — 12; A. 12; C. 18; P. 22 ; V. 1/5. Ce poisson est brun ou gris roussàtre dessus et 1. M. de Lacépéde ne met que six rayons aux branchies de cette espèce; mais il y en a sept, comme dans les autres platycéphales. Bloch les lui donne aussi. CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 251 blanchâtre dessous, et M. Lesclienault nous dit ex- pressément que sa couleur générale est la même qu'à îmsidiaieur. Sa première dorsale a une bande noire sur sa "membrane , comme dans le ponctué. La se- conde , ainsi que la caudale et les pectorales, ont des taches brunes sur les rayons et un fond pâle ; mais la moitié postérieure de la caudale est noirâtre; l'anale est blanchâtre : il y a du noirâtre vers l'ex- trémité des ventrales et du brun sua- la plus grande partie des pectorales. Nous avons reçu le poisson que nous ve- nons de décrire de Pondichéry, par MM. Son- net at et Lesclienault. Les pécheurs de ce canton lui donnent le même nom qu'à linsi- diateur [vetoudou-pati). Ceux de Vizagapa- tam comprennent aussi les deux espèces sous le nom commun dirwa> selon M. Russel. . On pèche abondamment ces vetoudou-pati de l'espèce raboteuse pendant toute Tannée dans la rade de Pondichéry. Ils y parviennent à la longueur d'un pied et sont bons à manger. Il y a aussi de ces raboteux sans bandes dans l'archipel des Indes. M. Reynaud en a rapporté plusieurs de Batavia, où il les a entendu appe- ler mounto-crébo. Dans un individu de la côte de Malabar, rapporté par M. Dussumier, le brun du dessus est varié d'un brun plus foncé , 2132 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. mais par lâches nuageuses. Le noir de la première dorsale est pâle et comme lavé. Nous ne commençons à apercevoir des traces de bandes que sur un individu venu de Pondichéry dans la liqueur, et qui n'en a que sur la partie brune, mais sans qu'elles s'étendent sur le blanc de la face inférieure. Il a du reste la bande noire sur la dorsale et tous les autres caractères des précédens, et ne peut guère en être qu'une variété. Mais la mer des Indes produit quelques platycéphales à ligne latérale épineuse , qui diffèrent du scaber, tel que nous venons de le décrire, par quelques détails de l'armure de leur tète. Le Platycéphale de Bourbon. (Platycephalus borboniensis , nob.) L'un d'eux a été envoyé de l'île de Bourbon par M. Mylius : comparé au scaber, il s'en dis- tingue, i.° parce qu'il n'a que deux épines sur la crête du troisième sous-orbitaire, tandis que le scaber en a cinq ou six ; 2. parce que l'épine supérieure de l'angle de son préopercule est courte et forte, et que l'inférieure est presque nulle; 5.° parce que ses yeux sont plus grands et leur intervalle plus étroit à pro- CHAP. VIL PLATYCÉPHALES. 253 portion ; 4-° les épines de la ligne latérale sont beau- coup moins saillantes ; 5.° le premier rayon de la dorsale est plus grêle et plus long. D. 9 — 13; A. \Z. Ce poisson est long de six pouces ; il paraît tout entier d'un gris brunâtre : on ne voit que des points sur ses nageoires; mais ses couleurs ne semblent pas s'être bien conservées. Le Platycéphale de Rodrigue. (Platycephalus rodericensis , nob.) L'autre, qui vient de la même île, a les yeux encore plus rapprochés, leur intervalle ne faisant pas le tiers de leur diamètre : la crête de son troisième sous-orbitaire a quatre épines fortes et tranchantes, et la grande épine de l'angle du préoper- cule est aussi très-forte et tranchante. Les épines de sa ligne latérale sont très-petites et ne se voient même aisément qu'à sa partie antérieure. Sa première dor- sale a ses épines proportionnellement assez fortes ; la première est courte. D. 9 — 12; A. 12. Il paraît tout gris-brun, et a des points bruns sui- tes nageoires. Ses ventrales offrent une teinte noi- râtre; mais je crois ses couleurs altérées. Les individus n'ont que trois pouces et demi, 254 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le Platycéphale de Timor. (Platycephalus timoriensis , nob.) MM. Quoy et Gaymard ont rapporté de Timor un petit platycéphale qui a les mêmes épines à la tète et la même disposi- tion des yeux que le précédent: mais dont la tête est plus courte et plus large, et le crâne un peu autrement dessiné. Il est en dessus d'un brun rous- sâtre, et blanchâtre en dessous. D. 9 — 1/11; A. 12. Il est fort difficile de dire si le cottus scaber de Blocli rentre dans quelqu'une des espèces précédentes, ou s'il en diffère. Sa figure (pi. 180) offre huit bandes bien marquées , qui em- brassent la totalité du corps \ on ne voit pas de noir à sa première dorsale; les dents et les épines des crêtes du crâne paraissent pins fortes et moins nombreuses que celles de nos individus , et il n'y en a aucunes à la crête des sous-orbitaires. Mais ces dernières diffé- rences ne tiennent- elles pas au peu d atten- tion du dessinateur? Cest ce que nous ne pouvons ni affirmer ni nier. Ce qui est certain, c'est qu'il existe des platycéphales à tètes alongées et épineuses , comme ceux que nous venons de décrire. CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 255 qui ont des bandes brunes bien marquées sur le corps, et manquent de tache noire à la première dorsale. Le Platycéphale a longue tête. (Platycephalus longiceps , Ehr.) M. Ehrenberg en a dessiné un dans la mer Rouge, qu'il nomme longiceps, et qui parait se rapprocher beaucoup de notre borboniensis ; du moins ses épines préoperculaires sont-elles aussi courtes. Il a le corps gris , pointillé de noir, avec des marbrures de brun foncé, qui y forment cinq ou six bandes transversales. Toutes les nageoires sont teintes de jaunâtre , et ont des points noirs sur leurs rayons. D. 8 — 11; A. 11, etc. L'individu est long de sept pouces. On nomme l'espèce à Massuah rhagadad, comme \insidiatoi\ Les deux poissons représentés dans l'atlas de Rrusenstern (pi. 5g) ont aussi de grands rapports avec celui de Bioch. Si leurs figu- res sont exactes, ils doivent être considérés comme deux espèces particulières de platy- céphales, dont la place naturelle est ici; mais nous ne les y mettons que comme pierre d'at- tente, parce que nous ne pouvons donner la 25G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. description des épines de leurs tètes avec le détail nécessaire pour les caractériser. Ni l'un ni l'autre n'a de bande noire sur sa première dorsale. Le premier (fig. i), nommé Le Platycéphale japonais (Platycephalus japonicus), a cette dorsale haute : on y remarque huit rayons. La seconde, assez haute aussi, en a quatorze, ainsi que l'anale; et le corps a six bandes noirâtres sur un fond brunâtre. L'anale est blanchâtre; la caudale a des ta- ches noirâtres; les autres membranes ont de petites taches brunes le long des rayons. Le second (fig. 2), nommé Le Platycéphale crocodile {Platycephalus crocodilus) , ne montre que cinq rayons à sa première dorsale, onze à la seconde et à l'anale, et quatre bandes noi- râtres sur un fond brun roussâtre. La tête, les parties claires du corps et les nageoires , sont irrégulière- ment semées de taches noirâtres, excepté l'anale, qui est blanchâtre. Il ne serait pas impossible que l'on eût voulu représenter notre platycephalus gutta- tuSy mais il faudrait avouer alors que la ligure serait bien mauvaise. CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 2ÎS7 Nous terminerons la série des platyeéphales par quelques espèces distinguées des précéden- tes par leur crête sous-orbitaire, qui est fine- ment dentelée en scie, mais n'a point d'épines. La première sera Le Platycéphale âpre (Platycephalus asper, nob.), que M. Langsdorf a rapporté des eaux du Japon. Le nom que nous lui avons donné in- dique la rudesse et les aspérités de son crâne et de plusieurs autres parties de sa tête. Sa tête est plus large qu'aux précédens ; ses yeux sont très-grands et très-rapprochés ; leur intervalle, en forme de sillon, n'a pas en largeur plus du quart de leur diamètre. Il est lisse, ainsi que la petite por- tion du crâne qui en est le plus rapprochée; mais le reste a des lignes de points âpres dans diverses direc- tions, et qui en rendent toute la surface rude. Il y a aussi de l'àpreté au sous-orbitaire, et les écailles de l'opercule sont toutes relevées d'un petit tubercule. La crête sur.cilière et celles des sous-orbitaires n'ont que de très-fines crénelures, résultant de l'aspérité géné- rale de ces parties; mais les arêtes et les épines oper- culaires, et l'épine supérieure de l'angle du préoper- cule, sont fortes : celle-ci en a une petite sur sa base, et il y en a trois au bord inférieur de l'os, assez fortes aussi, sans compter celle qui le termine antérieure- ment et se dirige en avant, et qui est aussi forte que 4- 17 258 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. celle de l'angle. Il y en a une petite au-devant de l'œil. Cette espèce est plus courte à proportion que les autres, car sa tête prend le tiers de sa longueur et est d'un tiers seulement plus longue que large : ses écailles sont rudes; mais les épines de sa ligne latérale ne sont bien marquées que sur son tiers antérieur. D. 8 — 12, etc. Sa couleur paraît d'un gris jaunâtre , avec des points bruns aux nageoires. Sa longueur est de six pouces. Le Platycéphale tuberculeux. (Platjcephalus tuberculatus, nob.) Cette jolie espèce, de la rade de Trinque- malé, est tellement semblable à la précédente, surtout par les tubercules des écailles oper- culaires et de celles de la tempe, qu'on pour- rait être tenté de la regarder comme une variété, mais toutes les arêtes sont finement denticulées, et même celles de l'opercule, ce qui lui est particulier. Ses épines ne sont pas non plus tout-à-fait les mêmes : il y en a deux petites au-devant de chaque œil, et une sur le milieu du museau; celle de l'angle du préoper- cule est longue, et en porte une seconde, courte, sur la base de l'arête. En dessous il y en a cinq ; mais il n'y en a point qui soit dirigée en avant, ce qui forme une différence très-sensible. La ligne latérale est pres- que aussi épineuse qu'au scaber. D. 9 — 1/11 j A. 1/11; G. 13,: P. 21; V. 1/5. CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 259 Les couleurs sont : du brun rougeàtre sur le dos, du blanc sous le ventre; il y a quelques bandes nua- geuses sur le corps ; les nageoires ont des points noirâtres sur leurs rayons. Le Platycéphale a arêtes dentelées. (Platjcephalus serratus , nob.) Un autre platycéphale, également rapporté par M. Reynaud de la rade de Trinquemalé , a, comme les deux précédens, les arêtes des différentes pièces du crâne et celles du sous- orbitaire finement dentelées et sans aucunes épines. Sa tête n'a que le quart de la longueur totale. Les crêtes surciliaires sont relevées et rapprochées de façon qu'elles laissent entre elles un sillon qui n'a en largeur que le quart du diamètre transverse de l'orbite. La crête principale du deuxième sous-orbi- taire, qui cuirasse la joue, est très-relevée et finement dentelée : au-dessous il y en a une autre moins sail- lante et lisse. L'arête de l'opercule n'a point de den- telures, et est tout-à-fait lisse. L'épine supérieure du préopercule est la plus forte ; elle est suivie d'une autre plus courte, et sur le bord de l'inleropercule on en voit deux plus petites : il n'y en a pas qui soit dirigée en avant, ou du moins elle est très-petite. Les dents sont très-fines. La ligne latérale n'a point d'é- pines. Toutes les écailles sont très-rudes à leur bord, D. 9 — 1/1 1; A. 11 ; C. 13; P. 19; V. 1/5^ 200 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Ce poisson dans la liqueur parait brun rougeâtre, avec six ou huit bandes brunes, irrégulières, descen- dant du dos sur le ventre, qui est blanc. Les nageoires sont grises , tachetées de points noirâtres. Il y a sur le haut de la dorsale une tache noirâtre. La caudale est aussi bordée de noir. Les ventrales sont bleuâtres et noirâtres en dessus, et blanches en dessous. Notre individu est long de sept pouces. Le Platycéphale porte-scie. (Platycephalus pristiger, nob.) MM. Quoy et Gaymard ont pris à la Nou- velle-Guinée un platycéphale très-voisin du précédent. Il a les mêmes formes, les mêmes arêtes dente- lées; mais on lui voit une épine au-devant de l'œil, et l'angle antérieur de l'interopercule donne en avant une pointe fort aiguë. Il n'y a qu'une seule crête sur le sous-orbitaire postérieur, et l'arête de l'opercule n'est pas tout-à-fait lisse ; mais c'est plutôt avec le doigt que par la vue que l'on peut apercevoir les fines aspérités quelle porte. La ligne latérale est lisse; les écailles du corps sont âpres. La couleur est un brun rougeâtre légèrement marbré sur le dos : le ventre est blanc; le haut de la dorsale est noirâtre. Le long de chaque rayon il y a une série de taches blanches. La caudale est noirâtre; les ventrales, bleuâtres, sont traversées par des séries de points bruns. D. 9 — 1/10: A. 1/10; C. 13; P. 21; V. 1/5. CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 26 1 Les mêmes voyageurs ont pris aux Célèbes une variété de cette espèce, dont la couleur est plus brune, et qui paraît même avoir le museau un peu plus pointu et les dentelures des crêtes surciliaires un peu plus prononcées. Le sand-krwyper de Renard (2. e partie, pi. 5o, fig. 210) est évidemment un platycé- phale et assez voisin de notre ponctué; mais la figure lui fait toutes ses nageoires vertes et sans taches. Au reste , nous nous garde- rons bien d'établir une espèce sur cette gros- sière figure; mais nous croyons devoir la citer, parce que la note qui y est jointe fait con- naître que ce poisson se tient aussi dans le sable, et rend assez probable que cette habi- tude appartient à tout le genre. Un des hommes les plus ignorans qui se soient occupés d'histoire naturelle , le Hollan- dais Houttuyn, parmi différons poissons du Japon 1 en a décrit un, qu'à cause de sa large tète il a imaginé être un silure , quoique , dit-il, son corps soit écailleux > et qu'il riait ni barbillons ni rayons épineux et dentelés; il le nomme silurus imberbis. Gmclin, comme 1. Mémoires de la Société hollandaise des sciences de Harlem» t. XX, 2. e part. , p. 558. 262 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. à son ordinaire, copie Houttuyn, et introduit ce poisson à la fin du genre silurus ; et M. de Laçépède, comme à son ordinaire aussi, sup- posant sur la parole de Gmelin (car il n'avait pas même remonté à Houttuyn) qu'il a vrai- ment les caractères généraux des silures, sauf ceux qui lui sont expressément refusés, en a fait son genre centranodon. Pour nous, qui nous sommes toujours défiés de ces espèces anomales, que l'on place au hasard dans des genres dont elles- n'ont pas les caractères essen- tiels, nous avons eu recours à l'auteur origi- nal, afin de découvrir, s'il était possible, quel poisson il avait eu sous les yeux. Voici la description dTIouttuyn : u Ce poisson ressemble tellement à un silure, sur- ce tout à certaines espèces étrangères de ce genre, que « je ne puis le rapporter à aucun autre genre, quoi- « qu'il n'ait ni barbillons, ni rayons dentelés en scie. « Son corps est rond et écailhux ; sa tête très- K plate, avec de grands yeux, rapprochés comme « dans Furanoscope. Chaque opercule a deux épines, « et la membrane branchiale six rayons. Les nom- ce bres de rayons de ses nageoires sont comme suit : D. 7 — 11; A. 10; C. 13; P. 20; V. 6. « La caudale est arrondie, variée de noir et de l( blanc , comme toutes les nageoires supérieures. « Le corps est rougeâtre. Il n'y a pas de dénis aux CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 263 « mâchoires. Tout le poisson n'est long que de six « pouces. 5) Il n'est aucun naturaliste exerce à interpréter de mauvaises descriptions qui ne reconnaisse dans celle-ci un platycépliale, mais dont l'es- pèce est impossible à déterminer. Dans tous les cas il est certain que le genre centranodon doit disparaître de l'ichtyologie. 264 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. CHAPITRE VIIL De quelques petits genres voisins des Cottes 9 et conduisant en partie aux S cor pênes. Nous croyons devoir réunir dans ce cha- pitre, comme nous lavons fait en quelques autres occasions , divers poissons qui , sans s'éloigner beaucoup ni des cottes ni des scor- pènes, ne peuvent cependant être classés dans ces genres, à quelques termes que Ton réduise leurs caractères, et dont chacun par consé- quent semble le premier échantillon d'un genre nouveau. Ils nous viennent tous des mers septentrionales, qui paraissent singulière- ment abondantes en espèces de cette famille. DE I/OPLICHTE {Opliçhthys, noL.), Et de V espèce de Langsdorf. {Oplichthys Langsdorfii, nob.) Nous commencerons par une espèce très- remarquable , rapportée du Japon par M. Langsdorf, et à qui sa tète aplatie et son préopercule épineux donneraient des rapports avec les platycéphales , tandis que l'armure de CHAP. VIII. OPLICHTE. 265 son corps la rapprocherait des aspidophores; mais qui s'éloigne des premiers par cette ar- mure même, et parce que ses ventrales seraient plutôt jugulaires qu'abdominales ; et des se- conds, parce que ces mêmes ventrales ont cinq rayons mous, tandis que dans les aspidophores, comme dans les cottes, elles n'en ont que trois. Peut-être trouvera-t-on, quand on connaîtra mieux ce genre, qu'il se rapproche autant des eallionymes que des cottes. Le nom que nous lui donnons signifie poisson cuirassé (doTrAov et (ïîxSvç). Nous avons jugé convenable d'attribuer à l'espèce le nom du naturaliste a qui nous la de- vons, et nous l'appellerons oplichlliys Langs- dorfii. M. Langsdorf, ne la séparant point des aspidophores , la nommait aspidophorus pu- siïïus. Sa tête est aplatie horizontalement autant et plus qu'à aucun platyeéphale, triangulaire , âpre et irré- gulièrement granulée à sa surface, bordée des deux côtés par le tranchant de trois sous-orbitaires, qui , se joignant à la crête du préopercule devenue son bord latéral, y forment quatre festons peu saillans, mais divisés en dentelures ou en petites épines aiguës. Le quatrième de ces festons, qui appartient au préo- percule, se termine à son angle par une grande épine dirigée en arrière, un peu arquée et fort pointue. Ces 266 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. os se reploient en dessous, et ne sont pas moins âpres à la face inférieure de la tête qu'à la supérieure. L'in- teropercule, qui appartient entièrement à l'inférieure, y a aussi son bord externe divisé en dentelures aiguës. L'opercule a deux arêtes, terminées chacune par une pointe aiguë. De grands yeux ovales, placés au milieu de la face supérieure, et prenant près du tiers de sa longueur, sont rapprochés l'un de l'autre, de manière que leur intervalle ne fait pas moitié de leur diamètre transversal. Quatre petites épines droites sont disposées en carré sur le crâne. Les deux mâchoires sont égales en longueur et en- tourées latéralement par les sous-orbitaires : la supé- rieure est échancrée dans son milieu ; les maxillaires et les intermaxillaires sont étroits et cachés sous les sous-orbitaires. La mâchoire inférieure a ses branches dans le même plan , étroites et courbées en parabole. Le corps de l'os hyoïde ou l'isthme est en forme de cœur , plat et lisse entre les deux interopercules. La membrane branchiostège me paraît attachée à la peau de la poitrine et ne s'ouvrir que dans le haut de l'opercule , comme celle des callionymes. Je crois y compter six rayons. La région pectorale est pres- que aussi déprimée que la tête , et ce n'est que der- rière les pectorales que le corps, se rétrécissant, approche de la figure prismatique. Il est enveloppé de chaque côté par une suite de pièces transversales osseuses et. âpres , ayant chacune deux plans : un dorsal, placé obliquement et de manière que sa partie plus voisine du dos est plus en avant ; l'autre qui descend verticalement et s'arrondit dans le bas : ces CHAP. VIII. OPLICHTE. 267 parties descendantes et arrondies laissent entre elles des intervalles triangulaires remplis seulement par la peau. Le dessous de l'abdomen n'a aussi que de la peau - 7 mais toute la ligne moyenne du dos et du dessus de la cmeue est garnie de pièces osseuses impaires, oblon- gues, plus étroites au dos qu'à la queue, et sur les- quelles s'articulent les rayons des nageoires. Deux fortes épines arment l'angle que forment ensemble les deux plans des pièces latérales, et la série de ces dou- bles épines est la seule ligne latérale que l'on voie. Ces plaques latérales s'élargissent vers l'arrière de la queue, qui devient plus déprimée que son commen- cement. Les pectorales sont assez amples, de plus du cinquième de la longueur du corps. J'y compte quinze rayons, dont les quatre ou cinq derniers, séparés des autres par une forte échancrure, semblent consti- tuer une petite nageoire particulière. Les ventrales s'attachent un peu plus avant que la base des pec- torales, et sont d'un tiers plus courtes: leur rayon interne est le plus long. La première dorsale a six rayons faibles, dont je ne puis assigner la longueur, parce qu'ils sont rompus dans l'individu que j'ai sous les yeux : deux petites plaques impaires, sans rayons, sont entre elle et la seconde; celle-ci a quinze rayons, assez longs, grêles, articulés, mais non branchus. L'anale répond à cette seconde dorsale et a seize rayons, dont le dernier est fourchu. Je ne puis bien décrire la caudale, qui est brisée dans mon individu; mais elle me parait avoir eu treize rayons. B. 6; D. 6— 15 5 A. 16; C. 13; P. 15; V. 1/5. Ce singulier poisson est long de six pouces. Des- 2G8 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. séché, comme je le décris, il paraît d'un gris-bru- nâtre pâle ; les rayons de ses pectorales paraissent avoir eu des points bruns, et leur extrémité est teinte de noirâtre. Pour assigner sa véritable place, il sera im- portant d'en avoir l'anatomie. DE L'HÉMITRIPTÈRE (Hemitripterus, nob.), J^t de l'espèce cV Amérique. {Hemitripterus americanus , nob.) Un des poissons les plus singuliers de cette famille l , et qui tient vraiment le milieu entre les cottes et les scorpènes , a été décrit par M. Mitchill sous le nom de scorpœna flava. Le zèle éclairé de M. Milbert nous a mis à même de le décrire aussi avec beaucoup de détail et d'après plusieurs individus. La séparation des deux dorsales, dont la première est même subdivisée , et la largeur de la tête, sembleraient devoir le rapprocher des cottes ; mais ses tentacules nombreux et divers, et les dents dont ses palatins sont ar- més, le ramènent aux scorpènes. 1. Coi tus acadianus , Pennant, Arct. zool. , t. III, p. 371, ou Cottus tripterygius , Bloch, édit. de Schn., p. 65; Cottus hispiâus, ibid.; Scorpœna fiava , Mitchill, Act. noveb. , t. I, pi. 2, fig. 8; Diable ou Crapaud de mer d'Amérique, Duhamel, 2/ part. , sect. 5, pi. 2 , fig. 5, ou Scorpœna americana , Gmel., p. 1220? CHAP. VIII. HÉMITRIPTÈRE. 269 Son corps est oblong, plus mince en arrière, et a souvent l'abdomen gonflé; sa hauteur est quatre fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur égale à peu près sa hauteur : la longueur de sa tête est un peu plus de trois fois dans la longueur totale; elle est d'un cinquième moins large que longue, et d'un quart moins haute que large. Sa tête n'est pas moins hérissée que celle d'aucune scorpène; elle a une épine à chaque nasal, deux forts tubercules sur l'orbite, deux de chaque côté sur le crâne, trois sur la tempe, quelques-uns de petits au sous-orbitaire antérieur, un plat et peu sensible au postérieur, qui cuirasse le haut de la joue, au- près de l'articulation de l'opercule, et un au bas de l'os surscapulaire. Le préopercule est arrondi comme dans les scor- pènes, et donne trois pointes, dont l'inférieure peu marquée. Les bords des orbites sont très-relevés; leur inter- valle concave, plus large que long; les yeux dirigés en dehors, du double plus petits que cet intervalle. Le dessus du crâne est lui-même concave entre les deux crêtes tuberculeuses qui le limitent. L'opercule se termine en angle assez mousse. La membrane des ouïes s'unit à sa semblable sous la gorge, sans s'y fixer; elle a de chaque côté six rayons. 1 De larges bandes de dents en cardes garnissent les mâchoires, le devant du vomer et les palatins : il y en a aussi de fortes plaques aux pharyngiens; mais les 1. M. Mitchill lui en donne sept; mais c'est une inadvertance 270 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. arcs branchiaux n'en ont que des groupes à peine sensibles, tant elles y sont menues. La langue, qui est large, épaisse, obtuse et assez libre, n'a aucunes dents. La première dorsale commence immédiatement sur la nuque, et occupe un espace qui égale le tiers de la longueur totale; elle a quinze ou seize rayons. Les deux premiers sont les plus élevés ; ils égalent les deux tiers de la hauteur du corps; les suivans baissent rapidement jusqu'au quatrième ou au cin- quième, puis ils se relèvent et diminuent peu jus- qu'au dernier : de cette manière la première dorsale a une échancrure profonde, après son quatrième ou son cinquième rayon, qui a pu en faire deux nageoires pour beaucoup d'observateurs, et c'est ainsi qu'on a compté à ce poisson trois dorsales. Cette seconde partie s'élève moins que la première : les épines de l'une et de l'autre sont médiocrement poignantes ; elles sortent toutes de la membrane, et sont accompa- gnées chacune d'un petit lambeau. La deuxième dor- sale est un peu plus élevée que la seconde partie de la première, et a douze ou treize rayons, tous simples, mais articulés ; sa coupe est à peu près arrondie. L'anale a quatorze rayons articulés, mais simples, excepté les quatre ou cinq derniers; ils sortent tous de la membrane, ou plutôt elle est échancrée en avant de chacun d'eux. L'espace nu derrière ces deux na- geoires est d a peu près le dixième de la longueur- totale; la caudale en fait un peu plus d'un sixième : elle est arrondie et a douze rayons entiers. Les pectorales forment de larges ovales un peu obliques; leur longueur fait plus du quart du total. CHAP. VIII. HÉMITRIPTÈRE. 271 Elles ont dix-huit rayons, tous simples et articulés; les dix ou douze inférieurs sont plus gros, et vont, en se raccourcissant, jusqu'au plus inférieur, qui est le plus court. Les ventrales sortent à peu près sous le tiers an- térieur des pectorales; elles sont trois fois plus courtes, comme tronquées, et ne se composent que d'une épine courte et de trois rayons mous. B. 6; D. 15—12; A. 14 j C. 12 ; P. 18; V. 1/3. Ce poisson est revêtu dune peau molle, fine- ment granuleuse; de petits tubercules coniques sont semés entre les granulations, surtout au-dessus de la ligne latérale, où ils sont à la fois plus gros et plus nombreux qu'au-dessous : on en compte sur elle environ quarante-cinq. Il n'y en a presque pas à la tête. La peau du ventre est molle et lisse, sans petits grains ni tubercules. Il y a sur les yeux et autour des mâchoires plu- sieurs de ces lambeaux charnus et plus ou moins déchiquetés, que l'on observe dans les scorpènes; deux au bout antérieur du museau ; un près de chaque épine nasale; deux sur chaque orbite, dont le deuxième grand et fort dentelé; un petit au milieu, et un grand au bout de chaque intermaxillaire; un à l'extrémité externe du maxillaire ; quatre grands et bien déchiquetés sous chaque maxillaire, et deux petits au milieu de la joue. La couleur de cette espèce paraît varier. M. Mit- chill la décrit comme d'une belle couleur de citron, avec des marbrures brunes ou noirâtres sur les flancs 272 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. el les nageoires. M. de la Pilaye, qui l'a bien dessinée à Terre-Neuve, la nommait cottus coccineus , parce que sur cette côte elle est sur les flancs d'un rouge carminé très-éclatant, qui devient obscur sur le dos et blanchâtre sous le ventre. Nous en avons un indi- vidu qui conserve encore une teinte aurore fort vive, avec quelques marbrures brunâtres et des points blancs sur la tête. Un autre paraît maintenant tout gris, varié de brun. Notre plus grand individu a treize pouces; M. Mit- chill en a eu de quatorze. Il y en a à Miquelon, selon M. de la Pilaye, de deux pieds et plus. Le foie de ce poisson est médiocre, composé d'un seul lobe , à peu près triangulaire , et placé dans le côté gauche de l'abdomen : sa pointe droite passe sous l'œsophage, et donne attache à la vési- cule du fiel, qui est assez grande et déforme oblongue. Le canal cholédoque est long, assez gros, e! rampant à côté des vaisseaux hépato-cystiques, il débouche, ainsi qu'eux, dans le premier cœcum, en commen- çant à les compter par la droite. L'œsophage est très-large, à parois musculeuses, fortes et épaisses. Il est court, et il se dilate en un vaste estomac, qui remplit presque toute la cavité abdominale ; cet estomac a ses parois minces et sans plis en dedans. Le pylore s'ouvre en dessous non loin du cardia, il est muni de six appendices cœcales, dont cinq nais- sent de la face inférieure du pylore; et une sixième, plus grosse, mais beaucoup plus courte que les au- tres, est au-dessus du pylore. CHAP. VIII. HÉMITRIPTÈRE, 273 L'intestin est long et d'un diamètre assez grand. Il fait quatre replis principaux avant de se rendre à l'anus : entre chaque repli il est très-onduleux. La rate est brune, située sur le duodénum, à peine plus grosse qu'une lentille, dont elle a la forme. Les laitances sont médiocres, ainsi que les reins, qui aboutissent dans une grande vessie urinaire peu profondément divisée. Il n'y a pas de vessie natatoire. La tunique des laitances n'est pas noire, comme dans les cottes. J'ai trouvé dans l'estomac de ce poisson un petit congre tout entier. Le squelette a seize vertèbres abdominales et vingt- trois caudales, trente-neuf en tout. Ses côtes sont fort grêles, et les os du carpe larges et carrés. A New-York ce poisson se prend avec les morues; mais il ne paraît pas qu'il y soit commun, puisque M. Mitchill n'en rapporte aucun nom vulgaire. On en prend aussi aux îles de Saint-Pierre et Miquelon, et par con- séquent à Terre-Neuve, et toujours aux lignes tendues pour la morue. M. de la Piiaye dit que les Miquelonnais les appellent faux-gron- dins, et qu'ils les connaissent aussi sous les noms de plogoille et de ragoscolle, qui leur auraient été donnés par les sauvages de Terre- Neuve ; mais ce dernier semble plutôt une 4. 18 274 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. dérivation du nom français de la scorpène {rascasse). Nous ne voyons aucune raison de douter qu'il ne faille rapporter à ce poisson la courte notice donnée par Pennant de son cottus acadianus , notice faite sur un individu long seulement de cinq pouces , qui venait de la Nouvelle-Ecosse, et sur laquelle Bloch, dans son Systema, a établi son cottus triptery- gius. 11 nous paraît que c'est aussi le cottus hispidus, inscrit par Bloch immédiatement au-dessus du tripterygius, et représenté plan- che i3 du Systema. Les différences que Ion pourrait trouver dans la figure, ne viennent que de ce qu'elle a été faite d'après un indi- vidu sec qui avait perdu ses lambeaux. Bloch avait aussi reçu ce poisson de New-York, et on lui avait écrit qu'il s'y nommait sea-raven, c'est-à-dire corbeau de mer ou cormoran. M. de la Pilaye va jusquà penser que ce pourrait être le diable de mer d'Amérique de Duhamel, sect. 5, pi. 2, fig. 5 (scorpœna americana , Gmel.); mais il faudrait suppo- ser cette figure si mauvaise, ou faite d'après un individu si mutilé , quant à la première dorsale, que nous osons à peine admettre cette conjecture. CHAP. VIII. HÉMILÉPIDOTES. 275 DES HÉMILÉPIDOTES {Hemilepidotus, nob.). Un autre petit groupe , à quelques égards intermédiaire entre les cottes et les scorpènes, mais au total plus voisin de ces dernières, c'est celui qui embrasse ces espèces de la mer de Kamchatka, dont le corps n'a des écailles que sur certaines bandes. L'épi thète dihemilepi- dotus, donnée à l'une d'elles par M. Tilesius , me servira à désigner tout le genre. La forme de leur tète et la disposition de leurs épines ressemblent assez à ce qu'on voit dans les cottes 5 mais leur dorsale unique, et les dents qui garnissent leurs palatins, aussi bien que le devant de leur vomer, les rappro- chent des scorpènes; et ce qui les distingue à la fois de ces deux genres, ce sont les écailles qui couvrent de chaque côté leur corps de deux larges bandes, tandis que deux autres bandes, qui alternent avec les premières, en sont dépourvues. Sous ce rapport encore ces espèces sont, comme on voit, moitié cottes, moitié scorpènes. M. Tilesius, à qui nous en devons la pre- mière connaissance, dit que les matelots de l'expédition de Krusenstern prirent dans la mer d'Ochotsk, sur les côtes de File de Saga- lien, et jusque sur les côtes du Japon, plu- 270 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. sieurs espèces ou variétés différentes, toutes ainsi écailleuses clans certaines parties de leur surface, mais enveloppées d'une peau épaisse et muqueuse , qui ne laisse voir les écailles que lorsqu'elle est desséchée ou enlevée. Ce naturaliste en représente une dans les Mémoires de l'Académie impériale de Péters- bourg (t. III, pi. 11), et en donne une des- cription détaillée, page 262. Il nous a procuré l'avantage de décrire aussi d'après nature cette même espèce , en nous en adressant un indi- vidu sec , mais parfaitement conservé , que nous avons placé au Cabinet du Roi, avec le nom du donateur. Nous croyons devoir don- ner ce nom à l'espèce elle-même. Z/Hémilépidote de Tilesius. (Hemilepidotus Tilesii, nob.; Cottus hemilepidotus, Til.j Cottus trachurus, Pall.) La tournure générale de cet hémilépidote est à peu près celle d'un chaboisseau. Sa longueur com- prend près de cinq fois sa hauteur et un peu plus de trois la longueur de sa tête, qui, les ouïes fermées, est d'un tiers moins large que longue. La tête est moins armée que dans notre chaboisseau d'Europe; le dessus de son crâne et ses tempes n'ont ni crête ni épines, mais des lignes granulées, serrées, disposées en rayons autour de certains centres. Les orbites CHAP. VIII. HÉMILÉPIDOTES. 277 n'ont aucunes épines ni dentelures. Entre eux est un espace concave à peu près de la largeur de leur dia- mètre, et presque lisse. Sur chaque os nasal est une petite pointe très-aiguë. Le premier sous-orbilaire n'a qu'une petite proéminence mousse en avant; le reste de son étendue et toute celle du grand, n'ont que quelques rides ; et trois petits, qui sont derrière l'œil, n'ont que des granulations. L'angle du préo- percule est arrondi et entouré de trois fortes épines pointues, dont les deux supérieures, qui sont les plus longues, n'atteignent pas cependant le bord de l'opercule. Son bord inférieur a aussi une dent. La surface de l'opercule a deux arêtes mousses et larges, terminées chacune par une petite pointe, et ces pointes sont fort écartées. Il y en a de plus une petite au bord inférieur, dirigée vers le bas. Les deux mâchoires sont à peu près égales, fen- dues jusque sous le milieu de l'orbite, garnies de larges bandes de dents en velours; le rang interne de l'inférieure a des dents plus fortes : une bande étroite de ces dents garnit le devant du vomer et chaque palatin. La langue est courte, obtuse et lisse. L'os maxillaire est étroit et marqué d'un sillon , et porte un petit lambeau à son extrémité. H y a aussi deux petits lambeaux grêles sous le milieu de la mâchoire inférieure , et un à chacune de ses branches. Je ne puis voir à la membrane des ouïes que six rayons, comme dans les cottes. L'os surscapulaire est dentelé à son bord supérieur. Le claviculaire a une épine au-dessus de la pectorale. 278 LIVRE IV. JOUES CUÏRASSI.f.>. La pectorale a la même forme oblique que dans la plupart des cottes et des scorpènes. On y compte dix- sept rayons, tous simples, quoique articulés, dont les supérieurs sont un peu plus minces. Les ventrales sont de cottes, étroites, et composées seu- lement d'une épine et de trois rayons mous. La dorsale ne va pas en avant jusqu'au crâne, et seulement jusque vis-à-vis l'articulation antérieure du scapulaire, ce qui est cependant plus avant que le haut de l'ouverture branchiale. Sa hauteur est mé- diocre, et ne surpasse pas la moitié de celle du corps en avant. Ses épines sont rondes, peu épaisses et arquées en arrière. La troisième est plus courte que les deux précédentes ; la quatrième redevient un peu plus longue; de la septième a la dixième elles redé- croissent un peu, et la onzième reprend un peu; mais les rayons mous qui la suivent sont de près de moitié plus longs qu'elle. Il y en a dix-huit, tous arti- culés, et dont les douze postérieurs, au moins, sont un peu branchus à leur extrémité , et occupent un es- pace d'un tiers plus long que celui des épines. L'anale correspond, pour l'étendue, à cette partie molle de la dorsale : elle a quinze rayons, dont un seul pourrait être épineux; les autres sont articulés, mais la plupart sans branches. L'espace nu derrière les deux nageoires fait à peine le seizième de la longueur totale ; la caudale en fait le cinquième; elle est coupée presque carrément, et n'a que douze rayons. B. 6; D. 11/18; A. 1/14; C. 12 j P. 17; V. 1/3. Aucune partie de la tête n'a d'écaillés; mais de CIIAP. VIII. HÉMILÉPIDOTES. 279 chaque côté de la dorsale est une bande formée de quatre rangées de petites écailles rondes et finement dentelées, dont la partie extérieure se relève d'une façon singulière, qui en fait comme autant de petites crêtes. Les deux bandes se réunissent sur la nuque par un arc qu'elles forment au-devant de la dorsale. Une bande nue deux fois plus large est placée de chaque côté au-dessous des précédentes; puis vient une rangée de semblables écailles au-dessus de la ligne latérale, et au-dessous d'elle deux ou trois , ou même quatre et cinq rangées à quelques endroits , qui forment de chaque côté une deuxième bande écailleuse moins régulière que celle qui borde la dorsale, plus étroite en avant, mais plus large dans son milieu et à sa par- tie postérieure : tout ce qui est au-dessous de cette seconde bande est nu. Aucune nageoire n'a d'écaillés. Dans son état sec, ce poisson parait d'un brun roussâtre, irrégulièrement marbré, tacheté et poin- tillé de noirâtre. D'après M. Tilesius, il y a dans le frais des teintes rousses, violâtres et pourprées; mais on voit aussi des individus h fond jaunâtre ou olivâtre. Notre individu a sept pouces et demi : la taille la plus ordinaire de l'espèce est de neuf. Cet hémilepidote fait souvent entendre un bruit ou une voix grognante , analogue à celle des trigles. La figure donnée par M. Tilesius (Mém. de l'Acad. de Pétersbourg, t. III, pi. 1 1, fig. 1 et 2) est très-bonne; mais une observation impor- tante à faire , c'est que cet auteur croit et dit 280 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. expressément dans son texte (p. 266), que sa planche 12 représente le même poisson dans son état frais et lorsque sa peau molle cache encore ses écailles 5 l'on voit cependant à cette figure des épines sur le crâne et une division profonde entre les deux dorsales, qui s'accor- dent mal avec ce que nous offre l'espèce que nous venons de décrire, et qui semblent plu- tôt indiquer un cotte qu'un hémilépidote. Une autre observation, non moins impor- tante , c'est que le poisson représenté dans l'atlas du Voyage de Rrusenstern (pi. 87, fig. 4) ne peut pas être non plus, comme M. Tilesius semble le penser, une simple variété de 11) é- milépidote que nous venons de décrire. On ne lui a marqué que neuf épines à la première partie de sa dorsale, une épine et treize rayons mous à la seconde; son préopercule a quatre épines, etc. La figure n'étant qu'au quart de la grandeur naturelle, l'individu devait être long de trente-deux pouces. C'est bien plutôt, à ce qu'il nous semble , le cottus polyacanthoce- phaliis., dont la tête a été vaguement dessinée. Mais Pallas a décrit un véritable hémilépi- dote, et peut-être le même que le nôtre, sous le nom de cottus trachurus \ Sa description 1. Pallas, Zoogr. ross. , t. III, p. i58, n.° 106, et pi. 2 5. CHAP. VIII. HÉMILÉPIDOTES. 281 s'accorderait même entièrement avec la nôtre, s'il ne comptait vingt et un rayons mous à la dorsale , tandis que nous n'y en trouvons que dix-huit, et s'il ne plaçait une espèce de di- vision entre les trois premières épines de cette nageoire et les huit suivantes ; mais cette divi- sion peut avoir été accidentelle. Son individu était long de neuf pouces, et il en avait un d'un pied. Tous les deux lui avaient été don- nés parle capitaine Billings, qui en avait pris un près du continent de l'Amérique , et l'autre aux îles Kouriles. On voit par son article que Steller avait aussi observé cette espèce dans le voisinage du continent américain, et l'avait nommée cottus duabus brevibus barbulis sub mento. Les habitans des îles Aleutiennes l'ap- pellent hiekejak. Pallas x donne un extrait des observations anatomiques faites sur ce poisson par Steller. Son foie avait trois lobes; on n'y découvrait pas de vésicule du fiel, mais il s'y voyait de nombreux conduits biliaires. L'estomac, dans un individu long d'un pied, n'était que de la grosseur d'un gland, et contenait un petit pleuronecte, quelques petits crabes et un fragment de madrépore. Il y avait au pylore cinq appendices assez longues. Les intestins ne faisaient qu'un repli, et étaient remplis d'un chyme 1. Zoogr. ross., t. III, p. i4o- 282 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. blanc, peut-être à cause des madrépores. Les reins étaient fourchus à leur extrémité antérieure; et les deux ovaires étaient remplis de très-petits œufs. 1 DES BEMBRAS (Bembras, nob.), Et de V espèce du Japon. [Bembras japonicus, nob.) Les formes intermédiaires entre les cottes et les scorpènes ne sont pas épuisées ; et en voici encore une qui nous vient, comme tant d'autres poissons singuliers, du nord de l'océan Pacifique. Nous la devons à M. Langsdorf, qui l'a rapportée du Japon. Sa tête a presque les mêmes crêtes et les mêmes épines que dans les platycéphales; mais elle n'est nullement aplatie : ses ventrales, loin d'être en arrière des pectorales, sont plutôt en avant, et ont cinq rayons mous; il y a, comme dans les scorpènes, des dents en velours aux palatins, aussi bien qu'au vomer et aux mâ- choires; mais ses dorsales sont séparées comme dans les cottes. 1. M. Tilesius, qui a fait de grandes confusions, en mêlant, sans les distinguer nettement, les notes de Steller et de Pallas avec les siennes, rapporte cette anatomie au myoxocephalus de Steller, qui est un vrai cotte, et non pas un hémilépidote (Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. III, p. 278). CHAP. VIII. BEMBBAS. 285 L'espèce sur laquelle ce genre repose, a le corps sept fois aussi long que haut; son épaisseur vers le devant égale presque sa hauteur : la longueur de sa tête est trois fois et demie dans celle du poisson : sa hauteur au crâne est deux fois et demie dans sa propre longueur, et elle n'a pas en arrière plus d'épaisseur que de hauteur. Le profil descend insen- siblement à compter des yeux, et le museau, un peu déprimé et obtus, a quelque chose de celui du brochet. Les yeux sont ovales, fort grands et placés à peu près au milieu de la longueur de la tête, mais tout près de la ligne du profil. Leur diamètre longitudinal est du tiers de cette longueur, et le vertical, d'un tiers moindre; entre eux est un inter- valle de moitié de leur diamètre vertical. La bouche n'est pas tout-à-fait fendue jusque sous le bord an- térieur de l'œil; mais le maxillaire s'étend jusque- là. La mâchoire inférieure avance un tant soit peu plus que l'autre; son milieu est légèrement échancré. Il y a, comme nous l'avons dit, des bandes de dents en fin velours aux mâchoires, au-devant du vomer et sur chaque palatin. Le premier soUs-orbitaire est grand, deux fois plus long que haut, et a deux épines rapprochées, aiguës à son bord inférieur. La crête de celui qui va s'unir au préopercule marche très-près de l'œil, et a deux petites épines. Le préo- percule en a quatre , dont une à l'angle , deux au- dessus et une petite au-dessous; mais il n'en a point qui se dirige en avant, comme dans les platycéphales : celle de l'angle se continue avec une crête transverse du limbe. L'opercule a deux arêtes, terminées 284 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. chacune par une pointe aiguë; et il y en a une semblable sur le subopercule, dont le bord a en outre une petite pointe. La crête surcilière a deux ou trois dentelures pointues ; et il y a une crête ter- minée en pointe sur la tempe , et une autre sur l'ar- rière du crâne. Le devant de l'orbite a une petite épine; mais on n'en voit point sur les narines. Les ouïes sont fendues jusque sous le devant de l'œil , et ont chacune six rayons. Il n'y a point d'armure à 1 épaule, si ce n'est une petite épine à l'huméral. Les pectorales n'ont pas plus d'ampleur que dans les platycéphales; leur longueur est du sixième de celle du poisson. On y compte dix-sept rayons, dont les six inférieurs ne sont pas fourchus. Les ventrales s'attachent très-près de la base des pectorales, et un peu plus en avant; elles sont un peu moins lon- gues; leur épine est de moitié plus courte que les rayons mous. La première dorsale commence vis-à- vis l'attache des pectorales ; elle a onze rayons fer- mes et piquans, sans être gros. Le premier est pres- que aussi long que les trois suivans, qui ont plus des trois quarts de la hauteur du corps ; ensuite ils diminuent , et le onzième est fort petit. L'épine de la deuxième dorsale vient immédiatement après, et est aussi haute que la neuvième de la première , c'est-à-dire moitié autant que le corps. Les rayons mous qui la suivent, au nombre de onze, la dépas- sent peu. L'anale répond à cette deuxième dorsale, et a deux épines et onze rayons mous. Le bout de queue, derrière ces deux nageoires, est du sep- tième de la longueur totale. La caudale est co upee CHAP. VIII. BEMBRAS. 285 carrément ou arrondie, et a treize rayons entiers. B. 6; D. 11 — 1/1 1 5 A. 2/11; C. 13; P. 11; V. 1/5. Le dessus du crâne, le haut de l'opercule, le bas de la joue, ont des écailles, et il y en a aussi de petites sur la base de la caudale : le corps en a plus de soixante- dix sur une ligne longitudinale; elles sont finement striées etdenteléesaubord. La ligne latérale est droite, presque parallèle au dos, formée par une suite con- tinue de légères élevures simples et étroites, un peu carénée au commencement. Ce poisson, dans fétat sec où nous l'avons vu, pa- raît tout entier d'un jaune roussàlre; on voit quelques restes de taches brunâtres éparses irrégulièrement sur la première dorsale. Il est long de huit pouces et demi. Nous ne savons rien de son anatomie ni de ses habitudes. J580 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. CHAPITRE IV Des Scor pênes (Scorpœna , Linn.). Les scorpènes ressemblent beaucoup aux cottes ; elles eu ont la tète épineuse et les grandes pectorales, en partie même les rayons gros et simples à ces nageoires; mais elles en diffèrent sensiblement par leur tète compri- mée latéralement, par leur dorsale non divisée et par leurs dents aux palatins. Ce sont des poissons à qui leur tète grosse et épineuse, et la peau molle et spongieuse qui les enveloppe le plus souvent, donneut un air hideux et dégoûtant, en même temps que les piqûres de leurs épines les rendent redoutables; aussi ne les a-t-on pas moins accablés de noms odieux que les cottes : ceux de scorpion, de crapaud, de diable de mer, leur ont été prodigués. Celui de scorpène, quon leur donne en quelques ports 1 de la Méditerranée , parait déjà sous la forme de oY.cç-ncuvoi ou scorpœna , dans les ouvrages des anciens, quelquefois seul 2 , quelquefois à colé 1. Voyez la liste de ces noms dans l'histoire de la première espèce. 2. Xenocrates, De aïïm. , c. 4. CHAP. IX. SCORPÈNES. 287 de celui de scorpius \ Le scorpius , auquel on attribue une couleur rouge 2 et variée 3 , et la faculté de blesser par les coups de sa tète 4 , semble être plus particulièrement la grande espèce, appelée parLinnaeus scorpœna scrofa; mais Hicesius, dans Athénée, distinguait déjà de cette espèce rouge, qui se tenait en pleine mer, une espèce noire, plus rapprochée des rivages, et qui pouvait bien être le scorpœna porcus. 5 La Méditerranée produit , en effet , deux espèces de scorpenes , une plus grande, plus rouge, à écailles plus larges et plus lisses, munie de barbillons et de lambeaux charnus plus nombreux, dont les épines dorsales sont plus inégales; c'est le scorpœna scrofa, Linn. : et une plus petite, plus brune, dont les écailles sont plus petites, plus âpres, les barbillons moins nombreux , et les épines de la dorsale à peu près égales entre elles; c'est le scorpœna porcus, Linn. : mais je ne garantirais pas que leur séjour fût aussi constamment différent que le dit Hicesius. Ces deux espèces sont communes et très- 1. Pline, 1. XXXII, c. n. — 2. Idem, 1. XXXII, c. y. — 3. Numenius, ap. Athenœum , t. VU, p. m. 3ao. Diphilus, ibid. — 4. Ovide, Hal., 1= V, y. 117, dura capitis ictu. — 5. Athé- née, foc. cit. 288 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉKS. connues sur toutes les cotes de la Méditerra- née ; elles y vivent généralement en troupes dans la pleine mer ; leurs piquans passent pour faire des blessures dangereuses : mais cette circonstance, non plus que leur laideur, n'empêche pas que l'on ne s'en nourrisse, et même leur chair passe pour assez bonne. Elles serviront de type au premier genre que nous établissons , celui des scorpènes proprement dites, que nous caractérisons par une tête épineuse et tuberculeuse , dénuée d'écaillés; des dents en velours aux palatins, aussi bien qu'au vomer et aux mâchoires; sept rayons à la membrane des ouïes; un corps écailleux; des lambeaux charnus, adhérens à leur tête et à leurs flancs, et des rayons sim- ples, quoique articulés, à la partie inférieure de leurs pectorales. La GRANDE SCORPÈNE ROUGE. (Scorpœna scrofa, Linn.) Les formes de la grande scorpène sont lourdes: son corps est oblong; la courbe de son dos légère- ment convexe ; celle de son ventre souvent renflée. Sa hauteur aux pectorales est moins de quatre fois dans sa longueur, son épaisseur moins de deux fois dans sa hauteur; la longueur de sa tète fait plus du tiers de sa longueur totale; son œil est élevé, plus CHAP. IX. SCORPÈNES. 289 près du museau que de la pointe de l'opercule, mais moins que de la nuque; les ouvertures de la narine, rondes, assez grandes, à peu près égales, sont pla- cées l'une au-devant de l'autre, et plus près de l'œil que du bout du museau; sa mâchoire inférieure est plus avancée; sa bouche, oblique; ne descend pas jusque sous l'œil , et néanmoins , comme les ouïes sont bien fendues quand les préopercules s'écartent, la gueule ne laisse pas que de s'ouvrir beaucoup. Les nombreuses épines de sa tête, enveloppées d'une peau molle , ne paraissent pas autant sur le poisson frais que sur celui qui est desséché : il y en a d'abord une à chaque nasal, comme dans les cottes; le bord supé- rieur de l'orbite, qui est relevé, en a trois. L'espace concave, et plus long que large d'entre les orbites, a deux lignes saillantes, qui ont chacune à l'arrière de l'orbite une petite épine, se continuent en s'écartant un peu jusqu'à la nuque, où elles se terminent cha- cune par deux épines, l'une derrière l'autre; plus en dehors il yen a trois très-petites, immédiatement der- rière le bord de l'orbite, une sur la tempe et deux qui appartiennent à l'os surscapulaire. Le premier sous- orbitaire est très-inégal, et son bord antérieur donne trois petites épines , qui croisent un peu sur le maxil- laire; mais il est loin de pouvoir cacher cet os, qui est long et très-élargi en arrière. Le deuxième sous-orbi- taire, qui cuirasse obliquement le haut delà joue, est relevé dans son milieu d'une double arête, qui a deux ou trois petites épines. Le préopercule est arrondi, et son bord donne trois épines, dont la supérieure est plus longue, plus pointue et en porte elle-même une 4- JQ 290 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. petite à sa base ; vers le bas il en a encore deux , mais plus obtuses. L'opercule osseux a deux arêtes, qui partent de son articulation et vont en divergeant se terminer par deux pointes aiguës , que dépasse son prolongement membraneux, terminé par un angle arrondi. Les mâchoires sont garnies de larges bandes de dents en velours ; il y en a une en travers du vomer et une le long du bord externe de chaque palatin : ce sont aussi des dents en velours qui garnissent les pha- ryngiens et les tubercules des arcs branchiaux ; mais la langue , qui est courte , large et saillante, n'en a aucune : elle est lisse, mais n'a point de revêtement charnu. Les membranes des ouïes s'unissent sous l'isthme, sans s'y joindre; mais comme elles sont fort échan- crées,les ouïes sont très-ouvertes; il y a sept rayons de chaque côté, et non pas six comme dans les cottes. 1 On sent une épine à l'os scapulaire, et il y en a une autre au claviculaire, au-dessus de la pectorale. La longueur de la pectorale fait le cinquième de la longueur totale; elle est arrondie, et quand elle s'étale, elle est deux fois plus large que longue : ses neuf rayons inférieurs n'ont aucune branche ; les neuf d'au-dessus sont branchus et plus minces, et le supérieur de tous est de nouveau simple, mais mince et roide. 1. Bloch dit six, et on n'a pas manqué de le copier ; mais il y en a bien sûrement sept. CHAP. IX. SCORPÈNES. 291 Les ventrales, attachées un peu plus en arrière que la base de la pectorale, et presque aussi longues, ont, comme a l'ordinaire, une épine et cinq rayons mous et branchus ; l'épine est de moitié plus courte ; leur membrane s'unit à la peau de l'abdomen sur moitié de leur longueur. La dorsale commence au-dessus de l'os surscapu- laire. Son premier rayon est de moitié plus court que le second , et celui-ci d'un tiers de plus que le troi- sième, qui a les deux cinquièmes environ de la hauteur du corps; ensuite ils diminuent par degrés jusqu'au onzième, qui n'est pas plus long que le premier : le douzième se relève d'un tiers environ; ensuite vien- nent les neuf rayons mous, dont le dernier fourchu, qui forment une portion de nageoire arrondie, et un peu plus élevée même que le troisième rayon épi- neux. La membrane est fortement échancrée derrière chaque épine. La longueur de la dorsale fait presque moitié de la longueur totale ; sa portion molle ne fait que moitié de l'épineuse. L'anale répond aux deux tiers antérieurs de la por- tion molle de la dorsale; elle a trois épines grosses, mais courtes, surtout la première, et cinq rayons mous , dont le dernier est fourchu : entre elle et la caudale est un espace nu, qui fait le huitième de la longueur totale; celui d'au-dessus, entre la dorsale et la caudale, n'en est que le seizième. La hauteur de cette partie de la queue en est le dixième, et son épaisseur à peine le vingtième. La caudale est arrondie : sa longueur est entre le quart et le cinquième de la longueur totale; elle est 292 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. aussi haute que longue, et a onze rayons entiers et branchus, et quelques-uns simples et plus courts, quatre dessus et trois dessous, en sorte qu'en les comptant tous , il y en aurait dix-huit ; mais nous avons déjà fait remarquer plusieurs fois que nous ne comptons que ceux qui vont jusqu'au bord. La tête n'a point d'écaillés du tout, et il n'y en a non plus aucunes à la poitrine et autour des pectorales et des ventrales- celles du corps sont au nombre d'environ quarante ou quarante-quatre sur une ligne, depuis l'ouïe jusqu'à la caudale, et de vingt ou vingt-cinq sur une ligne verticale ; au dos elles sont plus larges que longues; sur le flanc leur largeur et leur longueur sont à peu près égales; au ventre elles sont plus longues que larges; leur bord radical a jusqu'à seize crénelures , et il y a autant de stries à leur éventail. Leurs côtés sont lisses, et c'est à peine si l'on voit quelques stries à leur bord; cepen- dant, en les palpant à contre-sens sur le corps, elles offrent quelque âpreté au tact. Aucune nageoire n'en a. La ligne latérale est un peu concave vers le haut; elle se marque par un tube assez gros et assez long sur chacune des écailles qui lui appartiennent. Les lambeaux charnus ou cutanés qui caracté- risent cette espèce, paraissent varier en nombre et en grandeur, selon les sexes, les âges et même les saisons. Dans un des individus qui en montrent le plus, on en voit ix petits au bord antérieur du mu- seau, un sur le bord de l'ouverture antérieure de la narine, deux sur l'orbite, dont le second est plus grand, plus large et plus déchiqueté; un grêle CHAP. IX. SCORPÈNES. 295 de chaque côté sur la crête du crâne- un assez grand au sous-orbitaire antérieur; quelques petits à la joue et au maxillaire; huit de chaque côté, iné- gaux sous la branche de la mâchoire inférieure ; quelques-uns le long du limbe du préopercule, dont deux inférieurs, assez grands; un très-grand nombre sur la nuque et sur les côtés du corps, dont ceux qui suivent la ligne latérale sont en général plus grands et plus déchiquetés que les autres. La couleur de cette espèce ne varie pas moins que le nombre de ses lambeaux. Un des plus beaux individus que nous ayons observés, et qui vient d'être apporté de Sicile par M. Biberon, est tout entier d'un rouge de minium qui teint les doigts, sur lequel se marquent des marbrures et des lignes irrégulières brunâtres et blanchâtres; sur le museau ces marbrures sont dis- posées en rivulalions; sur la pectorale ce sont des taches nuageuses, brunes; on en voit aussi, mais de moins fortes, sur la caudale et sur la portion molle de la dorsale. L'anale en a de plus rouges. La por- tion épineuse de la dorsale a quelques lignes irré- gulières, obliques, blanchâtres, bordées de brunâtre; des points d'un rose-clair opaque se montrent sur les côtés. Les ventrales et la poitrine sont d'un rose clair. Ce bel individu n'a pas cette grande tache noire quon voit, dans presque tous les autres, sur la dorsale épineuse du sixième au neuvième rayon j mais c'est un des caractères qui disparaissent le plus promptement dans la liqueur : il se conserve beau- coup mieux dans les individus secs. 294 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Nous avons sous les yeux la peinlure d'Àu- briet, d'où l'on a copie la figure de Lacépède (t. 11, pi. i5, fig. 3), et elle offre la même teinte générale d'un rouge de minium, que l'individu que nous venons de décrire. Cette couleur se voit aussi sur un dessin de M. Risso; mais il paraît qu'à un certain âge et en certaines sai- sons cette scorpène a des teintes plus jaunes ou plus brunes. Plus les individus sont jeunes, plus les mar- brures et les rivulations qui varient le fond de leurs couleurs sont nombreuses, fines et diverses; plus aussi leurs lambeaux charnus sont à proportion grands et déchiquetés. Nous devons dire que nous avons comparé avec le plus grand soin des individus envoyés par M. Risso lui-même, comme étant de ses scorpœna scrofa et lutea, et que nous n'avons pu y découvrir de différences que de la nature de celles dont nous venons de parler, et qui tiennent aux divers états du poisson. Les viscères des scorpènes ressemblent beaucoup à ceux des cottes. Le foie de la grande est un lobe triangulaire, situé en travers sous l'œsophage, plus à gauche qu'à droite. La vésicule du fiel est grande, en ovale alongé. Le canal cholédoque est long, et s'ouvre, ainsi que les vaisseaux hépato-cystiques, dans le duodénum, auprès du pylore. L'œsophage se continue, et se dilate en un large sac à parois épaisses et irrégulièrement ridées , pour CHAP. IX. SCORPÈNES. 295 former l'estomac. Le pylore a huit cœcums gros et peu longs. L'intestin fait deux replis avant de se rendre à l'anus. Les ovaires sont petits, et placés vers le dia- phragme. Il en est de même des reins, qui ne des- cendent pas au-delà de l'estomac. Il n'y a pas de vessie natatoire. Le squelette n'a que huit vertèbres que l'on puisse nommer abdominales, et les deux dernières ont même déjà leurs apophyses transverses réunies pour for- mer l'anneau; l'antépénultième les a descendantes, mais non réunies : il y en a seize caudales, vingt- quatre en tout. Le premier interépineux de l'anale est très-long, et placé obliquement, de manière qu'il s'at- tache à la huitième vertèbre, quoique les deux épines qu'il porte ne répondent qu'à la treizième et à la quatorzième. Les apophyses épineuses antérieures du dos et les trois ou quatre premières de la queue sont assez fortes. Les os du carpe sont échancrés des deux côtés, dans leur milieu, et élargis à leurs extrémités. 1 Cette espèce parvient aisément à quinze et dix-huit pouces, quelquefois même, selon Brïmnich , à deux pieds de longueur, et à trois ou quatre livres de poids. M. de Martens 2 dit même qu'elle pèse quelquefois six livres; mais il y a loin encore de là aux dimensions 1. M. Rosenthal donne une figure du squelette du scorpœna scrofa (Tables ichtyotomiques, pi. 17, fig. 2). 2, Vojage à Venise^ t. II, p. 4^6. 29G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. que lui attribuent Bloch et M. de Lacépède : le premier lui donne trois et quatre aunes de longueur, c'est-à-dire six et huit pieds, et le second quatre mètres, c'est-à-dire douze pieds, Tout cela vient de ce que Bloch, après avoir reconnu que le marulke de Pontoppi- dan (notre sebastes norvégiens , perça nor- végien de Retzius) n'est pas, comme il l'avait cru d'abord, le chaboisseau commun (cottus scorpius) , a imaginé que ce devait être la scorpène dont nous traitons maintenant. Or, comme Pontoppidan dit 1 , que ce marulke a quelquefois quatre pieds , Bloch n'a pas cru apparemment exagérer beaucoup en disant trois ou quatre aunes > ce qui fait pourtant six et huit pieds , et M. de Lacépède substi- tuant à ces aunes de Berlin, longues de deux pieds, des mètres de France, qui en ont trois, et lui en donnant même plus de quatre, voilà notre scorpène qui de dix-huit pouces a grandi jusqu'à douze et treize pieds. Ce qui est encore plus curieux , c'eât que le même passage , la même ligne de Pontoppidan a servi à porter ainsi l'un après l'autre à une grosseur imaginaire deux poissons différens, le chaboisseau et la scorpène. Peut - être 1. Pontoppidan, llist. nal. ofiSorway, t. II, p. 160. CHAP. IX. SCORPÈNES. 207 même , si l'on cherchait la source de l'asser- tion de Pontoppidan , trouverait- on qu'il n'a fait que traduire une ligne de Willughby sur la scorpène comparée au porcus {prœce- dente triplo aut quadruple* major l ). Mais Willughby ne voulait parler que du poids et non pas de la longueur. Cette espèce, abondante par toute la Mé- diterranée, se nomme à Montpellier rascasse*; à Marseille et à Gènes, scorpion ou scorpeno 5 ; à Nice, capoun 4 ; en Sardaigne , pesce-capone 5 (à cause de sa grosse tète); à Rome, scrofano 6 ; à Iviça, roje' '; à Venise, scarpena 8 ; en Sicile, scrofana et scrofana gaderana ; à Catane en particulier, scazupuli, et àTrapani, cepola ou cipola 9 ; en Grèce, scorpieli. xo Elle est beaucoup plus rare dans l'Océan, et néanmoins Cornide parle de Xescorpena parmi ses poissons de Galice ". Il y en a bien plus avant dans le golfe de Gascogne , car c'est manifestement un poisson de cette espèce, desséché, que Duhamel représente sous le 1. Willughby, Pisc. , p. 35i. — 2. Rondelet, p. 201. _ 3. Id., ib., etBélon, Aq., p. 248.— 4. Piisso, p. 188.— 5. Cetti, t. III, p. 108 6. Salvien, fol. 198. — 7. De Laroche, Ann. du Mus., t. i3 8. Martens, Voyage à Venise, t. II, p. 5^6 9. Rafi- nesque, Indice d' ittiologia siciliana, p. 27. — 10. Bélon, loc. cit. — 11. Cornide, Ensayo de los pesées, etc., p. 27. 298 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. nom de crabe de Biarritz ou de saccarailla de Saint- Jean-de-Luz. 1 Il y en a aussi plus au midi, car nous en avons vu un beau dessin fait à Madère par M. me Bowdich; mais on ne peut la suivre plus au nord, car le diable de Dieppe, représenté par Duhamel, appartient à l'espèce suivante {scorpœna porcus) , et Pennant ne parle d'au- cune des deux, ni dans sa Zoologie britan- nique, ni dans sa Zoologie arctique. Dono- van garde le même silence à leur égard. C'est, comme nous l'avons déjà dit, une erreur de Pontoppidan, copiée par Bloch et par d'autres, qui a fait prendre pour notre scorpène actuelle la grande espèce du nord, nommée d abord perça marina par Linnaeus, et ensuite perça norvegica par Retzius , très- voisine en effet des scorpènes, quoique très- différente de toutes celles auxquelles nous réservons maintenant ce nom. Nous rapportons à l'espèce actuelle, d'après Gronovius lui-même 2 , le scorpœna capite cavemoso > cirrhis geminis in maxilla infe- riore 3 de cet auteur, qu'il avait d'abord regar- dé comme une espèce à part, et dont MM. 1. Pèches, 2. e part., sect. 5, p. g4, pi. 4- — -• Zoophyl, 1. 1. p. 87, n.°29o 3. Mus. icht., t.l, p. 46, n.° io3. CHAP. IX. SCORPÈNES. 299 Bonnaterre et Lacépède ont fait leur scor- pêne barbue \ Gronovius n'avait eu d'abord qu'un individu mutilé ; mais il a dans la suite reconnu son erreur. 2 Mais nous nous en écartons, et nous parle- rons plus loin de deux espèces étrangères que Schneider y a réunies, le rascacio de Parra et le perça cirrhosa de Thunberg. La grande scorpène, sur les côtes de Pro- vence et de Ligurie 3 , habite principalement parmi les rochers. A Iviça il paraît qu'elle est plus généralement de haute mer 4 . Dans le golfe de Gascogne, les pêcheurs de Biarritz vont jusqu'à six lieues au large au nord-ouest, et en prennent avec d'autres poissons, sur- tout depuis le mois de Juillet jusqu'au com- mencement de l'hiver 5 . Bélon dit que c'est sur les côtes de Négrepont que l'on pêche les plus grandes. Selon cet observateur, les scorpènes ont la vie dure, et subsistent long- temps hors de l'eau 5 elles conservent même du mouvement après qu'on les a coupées en morceaux. Rondelet, Salvien, disent que ce poisson a la chair coriace : il faut l'attendrir pour la 1. Lacépède, t. III, p. 274. — 2. Zoophyl. , loc cit. — 3. Risso, - 4. De Laroche. — 5. Duhamel. 500 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. manger ; mais elle ne passe pas moins pour bonne et saine. Cetti l'appelle buonissima. M. Risso rapporte quelle sert en quantité à la consommation habituelle, et Bélon assure que de son temps il ne se faisait point de bon repas en Grèce où l'on n'en mangeât quel- qu'une. A Biarritz et à Saint-Jean-de-Luz on en fait du bouillon pour les malades. La PETITE SCORPÈNE BRUNE, plus spécialement appelée Rascasse. (Scorpœna porcus , Linn.) La ressemblance de ce poisson avec le pré- cédent est des plus grandes, au point que quelques auteurs ont pensé qu'il en était seu- lement un autre sexe : les détails de l'armure de sa tête, les nombres de ses rayons sont les mêmes; sa forme générale et la distribution de ses taches sont à peu près semblables; toute- fois une comparaison attentive fait voir, l.° Que le scorpœna porcus a la tête plus courte, et le corps plus haut à proportion. 2.° Que les rayons épineux de sa dorsale sont plus égaux ; le premier n'a qu'un tiers de moins que le second, et la gradation croissante jusqu'au quatrième, ainsi que la décroissante jusqu'au onzième , se fait presque insensiblement. Le douzième et les rayons mous se relèvent comme dans l'autre scorpène. CHAP. IX. SCORPÈNES. 501 3.° Ses écailles sont beaucoup plus peiites et plus rudes; on en compte plus de soixante sur une ligne entre l'ouïe et la caudale, et plus de quarante sur une ligne verticale aux pectorales: toutes sont plus longues que larges, très-finement striées et ciliées au bord externe, et ont de six à huit ou neuf cré- nelures à leur base. 4-° Ses lambeaux charnus sont infiniment moins nombreux; il y en a six petits au bout du museau, deux sur l'orbite, dont le second est plus grand, plus large qu'à l'espèce précédente, et un sur la crête du crâne; mais on en aperçoit à peine quelques petits à la joue, et il n'y en a ni à la mâchoire inférieure, ni sur les cô- tés du corps : c'est a peine si la ligne latérale en offre quelques-uns, et tous comparativement fort petits. 5.° Sa couleur est généralement brune, et non pas rouge ; et toutefois le ventre et les nageoires inférieures ont quelquefois des teintes roses, qui se conservent même assez long-temps dans la liqueur sur les ventrales et sur l'anale. 6.° Il est marbré, en général, par plus grandes masses; mais il y a à cet égard tant de variétés dans l'une et l'autre espèce, que nous n'insistons point sur cette différence. 7. Il ne devient pas aussi grand; son poids ex- cède rarement une livre, et sa taille huit à dix pouces. Les viscères du scorpœna porcus ne diffèrent presque en rien de ceux du scrofa. L'estomac est peut-être un peu plus alongé ; mais encore cela peut dépendre de l'état de plénitude dans lequel on le trouve. 502 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Les huit appendices cœcales sont aussi un peu plus longues. Les reins sont courts, mais très-gros; ils donnent dans une grande vessie urinaire, qui occupe plus du tiers de la longueur de l'abdomen. La rate est petite, alongée et cachée entre les cœcums, sous l'estomac. J'ai trouvé dans un estomac long de deux pouces et demi, et retiré d'un individu qui en avait huit à neuf, un sublet, un crabe tourteau et trois crevettes. Son squelette offre les mêmes nombres de par- ties que celui de la grande espèce, mais plus rac- courcies; la tête surtout a ses épines plus marquées. Cest cette espèce qui se nomme plus par- ticulièrement rascasse ou rasquasso à Mar- seille * ; elle porte le même nom à Nice 2 et à Iviça 3 ; à Rome on l'appelle scrofanello , par opposition à la précédente, qui est le scro- fano 4 , à Catano scaropuli 5 . M. Biberon nous Fa rapportée de Sicile sous le nom de scrofana nivura : elle vient quelquefois dans la Manche; nous l'avons vue à Caen. C'est le diable de mer de Dieppe de Duhamel 6 ; et l'on a même dit à cet auteur qu'il s'en prend à Toibay. Cependant Pennant la passe sous silence dans £a Zoologie britannique. 1. Briinnich , Icht. massil. , p. 5a. — 2. Risso , p. 187. — 3. De Laroche, Ann. du Mus., t. XIII, p. 5 16. — 4. Salvien, fol. 201. — 5. Rafinesque, p. 27 6. Pèches, 2. e part., sect. 5 , pi. 3,fig. 2. CHAP. IX. SCORPÈNES. 505 Nous en avons aussi trouvé parmi les pois- sons envoyés de Ténériffe , que M. Alcide d'Orbigny vient d'envoyer au Cabinet du Roi, et nous avons même lieu de soupçonner que l'espèce est du petit nombre de celles qui traversent l'Océan; car M. Milbert nous en a envoyé un individu de New-York. Ses habitudes et ses qualités paraissent res- sembler beaucoup à celles de la grande espèce; mais on la dit plus littorale. Le cottus massiliensis de Forskal l , sur le- quel M. de Lacépède a établi sa scorpene mar- seillaise*, présente exactement les nombres de rayons et tous les caractères communs à nos deux espèces précédentes, et c'est incontesta- blement une scorpene. Forskal, à la vérité, a négligé les caractères qui auraient pu nous ap- prendre son espèce ; mais comme il dit qu'on le nomme à Marseille rascasse, ce doit être le scorpœna porcus; et je ne vois pas pourquoi Schneider aime mieux en faire un synonyme du scorpœna scrofa. Dans aucun cas il n'y a de raison pour laisser subsister dans le système ichtyologique 1. Descr. an., etc., p. 2^ — 2. Lacépède, t. III, p. 269. 504 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. une scorpène marseillaise; l'on en cherche- rait en vain à Marseille une autre que les deux précédentes et la dactyloptèrc ou sébaste , dont nous parlerons bientôt. M.Risso a cru retrouver ce cottus massilien- sis dans le cernier, mais le seul nombre des rayons de l'anale aurait dû le détromper; il est dans le cernier de 5/9, et dans ce prétendu cottus de 5/6, comme dans nos scorpènes. 1 Des Scorpènes étrangères. Le sous- genre des scorpènes proprement dites se retrouve sous diverses formes dans les parages chauds et tempérés des deux océans. Nous en connaissons au moins quatre d'Amérique, et cinq ou six des mers orien- tales; et cependant, indépendamment des éliminations qui résultent de rétablissement des autres genres, nous sommes encore obli- gés de rayer de notre liste quelques pois- sons que, d'après les indications de ceux qui les ont (ait connaître, on pourrait croire des scorpènes proprement dites, mais qui appar- 1. Il faut toujours faire attention à la différence de notation. Quand Forskal et Linnaeus écrivent3/9 ? ils entendent neuf rayons, dont Lois épineux et six mous; c'est ce que nous écrivons 3y6. CHAP. IX. SCORPÈNES. 505 tiennent à d'autres genres, ou qui font double emploi dans celui-là. Il est un de ces retranchemens que nous devons surtout faire remarquer , parce quïl serait difficile d'en soupçonner la raison; c'est celui de la scorpène aiguillonnée de M. de Lacëpède. Nous nous sommes assurés que c'est, non pas une scorpène, mais le poisson que nous avons appelé premnade unicolore , et chacun peut s'en assurer comme nous, en comparant la description de ce savant ichtyo- logiste avec la nôtre. La Scorpène du Brésil. {Scorpœna brasiliensis , nob.) Ces retranchemens faits, il nous reste d'a- bord une première espèce, venue du Brésil, très - semblable au scorpœna scrofa , surtout par les écailles, mais dont les épines dorsales sont aussi égales que dans le scorpœna porcus. Ses pectorales sont plus longues que dans l'une et dans l'autre ; elles ne sont comprises que trois fois et demie dans la longueur totale, et celles du scorpœna scrofa et du scorpœna porcus y sont plus de quatre fois. Je ne lui vois point de lambeaux sous la mâchoire infé- rieure ; mais elle en a à la tête et sur la ligne latérale. D. 12/9 (le dernier fourchu jusqu'à la racine) ; A. 3/5 (le dernier également fourchu jusqu'à la racine); C. 12 ; P. 19 ; V. 1/5- 4- 20 506 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Dans la liqueur elle parait d'un brun assez uni- forme, plus pale en dessous, avec quelques mar- brures plus brunes sur les nageoires paires, et quel- ques traits blanchâtres, peu apparens, sur la dorsale. Nos individus sont longs de sept à huit pouces. La ScORPÈNE CRAPAUD DE 31ER. {Scorpœna bufo, nob.) Le Brésil possède une autre scorpène, qui se trouve aussi à la Martinique, où elle est connue particulièrement sous le nom de cra- paud de mer, et à Cuba, où Pana la fait graver sous celui de rascacio \ M. Schneider croit que ce rascacio est le scorpœna scrofaj mais il s'en faut de beaucoup. Le caractère le plus facile à exprimer de ce cra- paud de mer, c'est qu'il a l'aisselle de la pectorale noire, et semée de plusieurs taches rondes d un blanc de lait, qui tranchent fortement sur le fond : accident de couleur qui se conserve même dans les individus desséchés et dans ceux que Ton garde dans la liqueur. Cetle espèce a les écailles semblables à celles du scorpœna scrofa, et porte lout autant de lambeaux, soit à la tête ou aux mâchoires, soit sur la ligne la- térale, et sur toute la surface du corps; mais elle s'en distingue sensiblement par sa tète plus courte, plus 1. Pana, Description. etc ; p. 54, pi. i8, fïg. i. CHAP. IX. SCORPÈNES. 507 grosse, portant des épines aux mêmes endroits, mais plus grosses, plus relevées, et qui jettent de côté et d'autre de* arêtes en rayons, plus saillantes, quelque- fois dentelées; l'opercule est strié le long de ses arêtes; et ce qui est surtout frappant, l'épine nasale a ses bords dentelés. Les épines dorsales sont plus égales qu'au scorpœna scrofa, et la seconde anale est sur- tout beaucoup plus forte. Les nombres sont, comme dans nos espèces, B. 7; D. 12/9; A. 3/5; C. 13 ou 14; P. 19 ou 20; V. 1/5. Ce poisson est encore plus hideux, s'il est pos- sible, par sa tête, que nos scorpènes de la Médi- terranée. Ses teintes sont distribuées de même par toutes sortes de marbrures, de taches, de points et de rivulations; dans nos individus, elles paraissent de différens bruns et de différens gris, avec du rose en quelques endroits : nous apprenons de Parra, que dans l'état frais il offre un mélange de brun, de rose et de violet. M. Plée nous assure en avoir vu un dont tout le ventre était rouge. La dorsale a, dans quelques-uns de nos individus secs, une grande tache noire entre le sixième et le septième rayon; mais elle disparaît souvent, et prin- cipalement par l'action de l'esprit de vin, comme dans le scorpœna scrofa. Dans ce scorpœna Info, le foie et l'estomac sont beaucoup plus petits que dans les espèces de la Méditerranée. Les laitances sont au contraire beaucoup plus grandes; ce qui ne tient pas à ce que le poisson aurait été pris au moment où il allait frayer. 508 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Les reins sont aussi beaucoup plus petits, ainsi que la vessie urinaire. D'ailleurs la diposhion des viscères est absolument la même, ainsi que le nombre des cœcums. L'espèce devient assez grande; nous en avons des individus de dix-huit pouces. Parra dit que sa chair est très-savoureuse, et qu'on en fait d'excellentes soupes , mais qu'elle n'est pas commune à la Havane, et M. Plée s'exprime précisément de la même manière à l'égard de celle de la Martinique et de celle de Porto-Rico. Il est assez singu- lier que Margrave n'ait mentionné aucune scorpène dans ses Poissons du Brésil. Nous avons trouvé dans les manuscrits de Plumier une mauvaise esquisse qui nous pa- raît représenter cette espèce. Bloch en a pu- blié une copie dans les Nouveaux Mémoires de Stokholm (t. X, pi. 7 , p. 234) , et la nom- mée scorpcena Plumieri; mais il ne faut pas la confondre avec la scorpène Plumier de M. de Lacépède, dont nous parlerons tout à l'heure. Il ne serait pas impossible que le scorpcena gibbosa de Bloch (Syst. , éd. de Schneider, p. 192, et pi. 44) mt encore cette espèce, dessinée d'après un individu sec, dont les lambeaux avaient disparu 5 mais ce serait une CHAP. IX. SCORPÈNES. 309 figure peu exacte pour la distribution des couleurs et pour les épines du dessus de la tête, et où l'on aurait surtout entièrement négligé de marquer la grosseur de la seconde épine anale. La SCORPÈNE A LONGS TENTACULES. {Scorpœna grandicornis, nob.; Scorpène Plumier* Lacép., t. II, pi. 19, %. 3? et t. III, p. 282.) Le père Plumier a laissé dans ses manus- crits une esquisse assez informe dune scor- pène, quia été gravée dans l'ouvrage de M. de Lacépède sous le nom de scorpène Plumier, mais qui est différente de celle qui a fourni la scorpène Plumier de Bloch. Le poisson y est représenté avec de grands lambeaux en forme de plumes sur le museau , sur les yeux et le long de la ligne latérale , et avec de fortes épines anales. Nous en avons trouvé un au Cabinet du Roi qui réunit à peu près ces caractères, et il nous en a été envoyé plus récemment un second de la Martinique par M. Acliard, et un troisième de Porto-Rico par M. Plée. Ils appartiennent tous les trois à la même espèce que l'original de Plumier, autant du moins qu'on en peut juger par la figure si peu finie 510 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. qu'il en a laissée. Nos colons de la Martinique nomment cette espèce crapaud de mer, comme la précédente. Par les écailles et le nombre des lambeaux, elle rappelle le scorpœna scrofa; mais ses épines anales sont plus fortes même que dans le scorpœna porcus : celles du dos sont aussi très-fortes. Sa tête est plus courte que dans lune et dans l'autre espèce d'Eu- rope. Les aiguillons du dessus de son orbite et de son crâne sont plus relevés ei plus pointus. L'espèce est surtout remarquable par la grandeur de ses lam- beaux, qui du reste sont placés aux mêmes endroits que dans le scorpœna scrofa; les grands du dessus de ses yeux ont près des deux tiers de la longueur de sa tête , et sont déchiquetés des deux côtés en petits filamens. Il en est de même, proportion gar- dée, de ceux du museau, des joues, des mâchoires, et surtout de quelques-uns de ceux de la ligne la- térale, en sorte quils ont pu motiver à peu près cette forme de plume que Ton voit sur l'esquisse de Plumier; forme qui n'en donne cependant pas une idée exacte, car le lambeau même est large, et n'a que des filamens courts. Cette scorpène est brunâtre, nuée de brun plus foncé, et a le ventre blanchâtre. Dans l'aisselle de sa pectorale est une tache brune, semée de tout petits points blancs, beaucoup plus nombreux, plus serrés, et renfermés dans un moindre espace que les taches de notre scorpœna bufo. De semblables points blancs ou blanchâtres, très-petits, sont semés sur le dos et les flancs, deux ou trois sur chaque écaille; une CHAP. IX. SCORPÈNES. 514 bande brune règne sur la membrane de la partie épi- neuse de la dorsale. Les nombres des rayons sont les mêmes que dans le scorpœna scrofa. Nos individus ont de quatre à six pouces. M. Poey nous a donné un dessin de cette espèce , fait à la Havane , où elle porte le même nom de rascacio que la précédente, et ne paraît pas en être distinguée par les pécheurs. Sa chair y passe pour excellente ; on l'y mange surtout en soupe : elle pèse ordi- nairement deux livres. On redoute beaucoup les piqûres de ses aiguillons. Tout récemment M. Ricord vient de nous en rapporter de Saint-Domingue; mais dans cette île on a le préjugé que sa chair est vénéneuse et fait mourir dans la journée ; ce qui la fait appeler rascasse vingt-quatre-heures. La ScORPÈNE SANS ARMES. {Scorpœna inermis 3 nob.) Nous avons trouvé dans le Cabinet de feu M. Richard une très -petite scorpène de la Martinique, qui se distingue de toutes celles du genre, parce que les épines et les crêtes de sa tète, d'ailleurs les mêmes en nombre que dans lescrofa ou leporcus, sont tellement eflacées, qui! faut de 1 attention pour 312 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. les remarquer. Ses yeux sont plus grands que dans les autres espèces , et l'orbite ne s'élève pas au-dessus. Je ne lui vois que très-peu de lambeaux sur le corps, et aucuns sur la tête. Les nombres de ses rayons sont les mêmes qu'aux autres. Dans la liqueur elle paraît rousse, avec des marbrures nuageuses d'un brun plus foncé; le ventre plus pâle; des points bruns pâles, diversement rangés ou groupés sur ses nageoires. Nous n'en avons point découvert de traces dans les auteurs, et nous rappellerons scor- pcena inermis. La ScORPÈNE DIABLE DE MER. (Scorpœna diabolus , nob.) Duhamel 1 représente et décrit un poisson qu'il croit avoir rapporté du Croisic (ce sont ses propres termes) , et qu'en conséquence il nomme simplement sur sa planche diable ou crapaud de nier du Croisic ; mais ici, comme en beaucoup d'autres endroits de son livre, le bon Duhamel a manqué de mémoire. Sa figure , qui est excellente , représente une espèce bien distincte de toutes celles de nos côtes, dont Pérou et MM. Quoy et Gay- mard ont rapporté des individus de la mer des Indes , que MM. Ruhl et Van Hasselt 1, Pêches, 2/ part., sect. 5, p. 92 , pi. 3, fig. 1, CHAP. IX. SCORPÈNES. 515 ont dessinée à Java , et nommée scorpœna multicolore et dont il y a dans la biblio- thèque de Banks un dessin fait à Otaïti par Parkinson, et intitulé scorpœna marmorata. Sa patrie n'est donc pas la mer de Bretagne, mais bien le grand Océan oriental \ et c'est une erreur très-forte de Blocli , lorsqu'il fait de ce nom de crapaud de mer du Croisic le nom français ordinaire du scorpœna porcus. Cette scorpène a beaucoup de la tournure de notre scorpœna bufo ; mais on ne voit point dans son aisselle ces gouttes blanches sur un fond noir qui caractérisent cette dernière ; d'ailleurs l'espèce que nous décrivons a un caractère qu'elle ne partage, à notre connaisance, avec nulle autre, et qui est très- bien représenté dans la figure de Duhamel. C'est que les arêtes de son opercule sont fasciculées ou comme composées de la réunion de plusieurs, et les pointes qui les terminent divisées en plusieurs dents. Les épines de sa nuque sont de même multipliées et dentelées. Il y a sur le milieu de son grand sous- orbitaire un groupe de quatre on cinq petites épines : celles du bord du sous-orbitaire antérieur sont plates et un peu crénelées ; ses épines nasales sont aussi hérissées de petites pointes. La joue a un grand creux au-dessous de l'œil, et le crâne est aussi un peu concave. Ses lambeaux charnus sont fort nom- breux. Sous sa mâchoire et sur ses flancs on en dis- tingue beaucoup de larges , minces , ciliés : peut- être dans l'état frais y en a-t-il autant que d'écaillés. 514 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Les pectorales mêmes en portent tant de petits quelles en sont comme velues; mais il paraît qu'il n'y en a point aux sourcils : la courbe de son dos est irès-convexe en avant; ses épines dorsales sont fortes, mais pas très-hautes, ni très-inégales :les cinq premières sont arquées en arrière. Les nombres son t les mêmes que dans les précédentes. B. 1; D. 12/9; A. 3/5; C. 14; P. 19; V. 1/5. Ce poisson, dans la liqueur, paraît marbré de diflerens bruns et de diflerens gris; mais, d'après les figures et les descriptions, il doit avoir à l'état frais beaucoup de rouge : la face de ses pectorales qui regarde le corps, est d'un blanc opaque, et a entre les premiers rayons, ceux qui sont bran chus, deux bandes transversales noires , dont la plus extérieure paraît un peu au travers des barriolures de la face externe. L'aisselle a des taches et des points bruns sur un fond pale, qui y sont liés en une sorte de réseau ou de marbrure. Je ne vois point de taches particu- lières sur la dorsale. Nous avons un squelette de cette espèce; il ne diffère de ceux de nos scorpènes de la Méditerranée que par les détails qui s'aperçoivent déjà à l'extérieur. C'est une grossière image de ce poisson que l'on a essaye de donner dans l'ouvragé de Re- nard [i. e partie, pi. 8, fig. 35) sous le nom d'ikan satan (poisson diable). La notice jointe à cette figure dit que l'individu était long de cinq pieds, et que deux TN'oirs qu'il avait blessés de ses aiguillons en moururent dans CHAP. IX. SCORPÈNES. 54 S des souffrances affreuses. Les naturalistes qui habitent les Moluques auront à nous appren- dre ce qu'il peut y avoir de vrai dans ce récit, surtout en ce qui concerne la taille. Valentyn , qui a cette même figure (n.° 1 70), l'appelle titan sowanggi bezars (grand pois- son sorcier); noms qui appartiennent aussi à la synancée horrible. Il ne lui donne que deux pieds de longueur. Il ajoute que sa chair est mauvaise , et qu'à cause de son nom de mauvais augure , aucun des indigènes n'en oserait manger; mais que les soldats hollan- dais, moins superstitieux, la trouvent seule- ment un peu sèche. La ScORPÈNE DE lTsLE-DE-FrANCE. {Scorpœna nesogallica , nob.) La mer des Indes produit plusieurs autres scorpènes , remarquables par des caractères singuliers. Il y en a une à lIsle-de-France, très-semblable au scorpœna diabolus , et qui a aussi à la face postérieure de sa pectorale des bandes noires plus ou moins complètes, mais dont la pointe supérieure de l'opercule est simplement four- chue, et l'autre souvent simple : le creux de son crâne est encore plus profond; son aisselle est blanche, régulièrement semée de points ronds et noirs. Un individu, qui paraît, avoir été varié de 516 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. brun et d'incarnat, a été apporté par MM. Lesson et Garnot. M. Dussumier en a rap- porté un autre , où la bande noire du bord de la pectorale est plus marquée, et où celle de la base forme une large tache noire; il y a de même dans laisselle des points noirs prononcés. C'était le rouge qui dominait sur le corps dans l'état frais : le brun noirâtre y prend de larges es- paces sur le dos; les nageoires en sont pointillées. D. 12/9; A. 3/6, etc. La SCORPÈNE DE LA MER RoUGE. (Scorpœna erythrcea, nob.) M. Geoffroy en a trouvé une dans la mer Rouge qui a toutes les formes du porcus , et est de même marbrée de différens bruns, mais ne porte qu'un lambeau court, large, dentelé au som- met sur le sourcil, deux grêles et courts à la lèvre supérieure, et un petit à chaque narine; les autres, s'ils existent, sont peu apparens. D. 12/10; A. 3/6, etc. La face interne de sa pectorale et son aisselle ont des taches rondes, brunes, semées en quin- conce, sur un fond tout pointillé de blanc. Nos individus ont les épines et les crêtes de la tête presque masquées par une peau spongieuse : mais c'est ce qui arrive à toutes les espèces dans certaines circonstances. Ces individus sont longs de cinq, six et sept pouces. CHAP. IX. SCORPÈNES. 317 La SCORPÈNE VEINÉE. (Scorpœna venosa, nob.) Une autre espèce, envoyée de Pondichéry par M. Leschenault, et qui nous paraît, sans aucun doute, le mooro-bontoo de Russel ( P I. 56) , a les formes du scorpœna scrofa, mais une tête plus petite, armée d'aiguillons plus relevés, plus pointus, plus tranchans. L'os de son épaule a deux pointes tranchantes comme celles d'un couteau : des lam- beaux s'attachent à différens endroits de la tête, et notamment à sa mâchoire inférieure ; mais je n'en vois point à son orbite. Son caractère le j)lus remar- quable est que toute la peau de sa tête, entre les épines , est comme veinée par de petites lignes creuses qui se joignent dans tous les sens, et forment ainsi un réseau à petites mailles irrégulières, que Ion serait tenté de prendre, au premier coup d'œil, pour des écailles. Ses épines dorsales et anales sont plus fortes, à proportion, qu'au scrofa; mais les nombres de ses rayons sont les mêmes. L'individu, long de six pouces, est assez mal conservé : il paraît avoir été rouge ou fauve; on lui voit des marbrures brunes à la dorsale et à l'anale. Russe! dit que dans l'état frais il a la tête et le dos obscurs, avec mélange d'un rouge terne, la gorge et le ventre couleur de rose, et les na- geoires irrégulièrement rayées de noir et de rouge. 518 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Cet auteur n'ajoute rien sur ses habitudes ni sur l'usage qu'on en fait, et M. Leschenault ne nous en parle pas non plus; ce qui nous fait penser que l'espèce n'est pas très-commune dans le golfe du Bengale. La SCORPÈNE CIRRHEUSE. (Scorpœna cirrhosa, nob.; Perça cirrhosa, Thunb.) Le perça cirrhosa du Japon, décrit parThun- berg (Nouv. Mém. de Stockh., t. XIV, 1793, pi. 7 , fig. 1 ) , est bien sûrement une scorpène; mais ce n'est nullement le scrofa , comme l'a cru Bloch (Syst.posth., p. 192). Nous sommes en état de la décrire d'après nature, en ayant, un individu sec apporté du Japon même par M. Langsdorf, que M. Lichtenstein a eu la complaisance de nous confier, et un autre dans la liqueur, que M. Dussumier vient de rapporter de la côte de Malabar : son nom japonais est lirocabu. Elle ressemble aa porcus beaucoup plus qu'au scrofa y par l'égalité presque générale des épines de sa dorsale, qui est pourtant échancrée après la on- zième, comme à l'ordinaire; mais ces épines sont moins hautes encore à proportion ; son corps est moins raccourci; ses écailles plus grandes, plus lisses: elle ressemble beaucoup à nos deux espèces d'Europe par l'armure de sa tête et de son épaule, où les épines CHAP. IX. SCORPÈNES. 51 9 sont placées aux mêmes endroits, mais encore plus comprimées et plus saillantes. Les tentacules de ses sourcils sont si pelits qu'on a peine à les trouver, et que M. Thunberg ne les a pas marqués dans sa figure j mais on lui en voit aux narines, aux maxillaires, au préopercule ; elle en a trois plus grands que les autres sous chaque branche de la mâchoire infé- rieure : ceux qui sont épars sur le corps, sont petits et plats. D. 12/10; A. 3/5; C. 11 entiers; P. 7 rameux et 11 simples; V. 1/5. Le fond de sa couleur paraît rose sur le dos et les flancs, blanchâtre sous le corps; de grandes mar- brures nuageuses, brunâtres, et beaucoup de petites taches brunes et noirâtres, sont répandues sur le rose, et empiètent même un peu sur le blanc. Il y a dans 1 aisselle deux ou trois taches rondes, blan- châtres, sur un fond brunâtre. La grande tache noire de la dorsale, qui se remarque si bien sur le scrofa, n'existe point dans cette espèce. Nos individus sont longs de huit pouces. Le scorpœna cott aides de la Nouvelle- Zélande de Forster, qui est devenu dans le Bloch de Schneider (p. 196) le sjnanceia papillosa \ et dont il y a un dessin dans la bibliothèque de Banks, ressemble beaucoup à cette scorpène du Japon et à notre scorpène 1. Schneider, dans la table (p. xxxyn)., reconnaît que c'est une scorpène, et non pas une sjnancée. 520 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. de Pondichéry, et est de même rouge, tachetée de brun ; mais sa figure ne montre point de barbillons, et la longue description insérée dans l'ouvrage que nous venons de citer, ne contient presque que des caractères géné- riques; ce qui arrive à plusieurs de ces des- criptions de Forster, qui souvent en une page entière ne contiennent pas ce qu'il faudrait pour déterminer l'espèce; aussi ne parlons- nous de celle-ci que pour donner une indi- cation aux voyageurs , et non pour rien affir- mer de positif à son sujet. En général, nos lecteurs peuvent remarquer combien nous hésitons à établir des espèces dont nous n'avons vu par nous-mêmes aucun individu. La SCORPÈNE DE LA NoUVELLE-GuiNÉE. (Scorpœna Novœ-Guineœ , nob.) MM. Quoy et Gaymard viennent de rap- porter de leur second voyage deux scorpènes qu'ils ont prises à la Nouvelle-Guinée, et dont la ressemblance avec la précédente est telle qu'il faut un long examen pour en apprécier les caractères. La première a même, comme le cirrhosa, au haut de l'aisselle, quelques taches pâles sur un fond brun. CHAP. IX. SCORPÈNES. 521 Ses formes, les épines de sa tête, sont aussi les mêmes; mais ses aiguillons dorsaux sont un peu plus grêles; son crâne, derrière les yeux, est creusé en fossette, et l'intervalle des yeux est fort concave, de moitié plus long que large; tandis que dans le cirrhosa sa largeur égale sa longueur. Les nombres des rayons sont les mêmes, et autant qu'on en peut juger, les couleurs sont semblables. L'individu est long de six pouces. La Scorpène des Papous. (Scorpœna papuensis, nob.) L'autre espèce de la Nouvelle -Guinée a aussi l'intervalle des yeux concave et étroit; sa tête est plus alongée que dans la première, et son aisselle, blanchâtre, est à peu près sans taches. Lindividu n'a aussi que six pouces. La Scorpène peinte. {Scorpœna picta, K. et V. H.) MM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé de Java au Musée royal des Pays-Bas une scor- pène qui a la tête encore plus courte que toutes les autres , et les aiguillons aussi relevés et aussi aigus qu'aucune : elle se distingue parce que les trois épines ou den- telures du bord antérieur de son premier sous-orbi- taire se recourbent vers l'avant, tandis que dans les autres espèces la dernière descend vers le bas 4- 21 522 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. ou se recourbe en arrière. Par ses écailles et par la grosseur de ses épines anales, surtout de la seconde, elle se rapproche de notre scorpœna porcus. Elle a beaucoup de petits lambeaux sur les côtés du corps, mais je ne lui en vois point sur l'orbite, ni surtout à la mâchoire inférieure. Ses nombres de rayons sont les mêmes que dans le scrofa et le porcus. Les marbrures et autres distributions de couleur ressemblent à ce qu'on voit dans presque tout le genre. Il n'y a point de taches particulières dans ses aisselles ni à sa dorsale. L'individu n'a que cinq pouces. La Scorpène de Maurice. {Scorpœna mauritiana, nob.) Une petite scorpène, envoyée de llsle-de- France par M. Mathieu, a la tête ronde et courte, comme le scorpœna picta, et les épines du dessus de la tête relevées de même ; mais celles du grand sous-orbitaire le sont beaucoup moins, et l'épine inférieure du sous-orbitaire anté- rieur ne se recourbe pas en avant : elle n'a point de lambeaux à la tête, et on en voit peu sur le corps. Sa couleur paraît rousse, marbrée de brun, avec des points blanchâtres sur le ventre, et des points bruns formant des bandes et des marbrures sur les na- geoires. Ses nombres sont les mêmes que dans tout son genre. L'individu n'a pas trois pouces. CHAP. IX. SCORPÈNES. 525 Il nous semble en avoir trouvé une figure dans le recueil de Corneille deVlaming(n. i-yo); elle y est nommée tnaurîtius knor-haantje (petit coq bruyant de lTsle-de-France). On sait que ce nom hwr-haan, qui est proprement celui du coq de bruyère, a été donné à des cottes, à des trigles, et Ton voit qu'il Test aussi à des scorpènes. La SCORPÈNE DE LlLE StRONG. (Scorpœna strongia, nob.) MM. Lesson et Garnot ont pris à l'ile Oualari ou Strong, à l'est des Garolines, une petite scorpène, dont les formes rappellent celles de notre scrofa beaucoup mieux que celles des autres espèces de la même mer; dont la tête, par conséquent, est oblongue, com- primée, les épines supérieures médiocrement re- levées, celles du grand sous-orbitaire presque réduites à une crête. Elle paraît blanchâtre, toute persillée de noirâtre. Les individus n'ont que deux pouces. La partie antérieure de son sous-orbitaire, dont les dentelures croisent sur le maxillaire, a la der- nière de ces dentelures un peu prolongée en épine, ce qui est un premier indice de l'arme dangereuse des apistes. 524 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. La SCORPÈNE A DÉFENSES. (Scoj^pœna laniarla, nob.) Une petite scorpène prise à l'île Guam par MM. Quoy et Gaymard , lors de leur second voyage , a pour caractère distinctif la troisième dentelure du bord antérieur de son sous-orbitaire dirigée en dehors, de sorte quelle a l'air d'avoir de chaque coté une défense saillante. Les autres épines de sa tête sont assez fortes : sa dorsale est presque égale; sa caudale arrondie. Les nombres sont : D. 1 1/9 5 A. 3/5; C. 17: P. 11 simples et 5 branchus; V. 1/5. Nous ne possédons qu'un seul individu, long de deux pouces, dont la couleur paraît avoir été rou- geâtre., à grandes marbrures noires, et parsemée de points blancs. On ne lui voit point de lambeaux cutanés. La Scorpène a points rouges. {Scorpœna rubro-punctata, Ehr.) Parmi les collections faites dans la mer Rouge par M. Ehrenberg, se trouve une très- petite scorpène qui, pour la forme, représente notre scrôfa en miniature; mais ses couleurs sont particulières. Sur un fond blanchâtre, pointillé de rouge, elle a quatre larges CHAP. IX. SCORPÈNES. 525 bandes brun pourpre, aussi pointillées de rouge. La première va du crâne à la gorge, en entourant l'œil; la seconde, du milieu de la dorsale épineuse au ventre derrière les ventrales; la troisième, de la fin des épines de la dorsale au commencement de l'anale : ces deux-là s'unissent dans le haut; la qua- trième est sur la base de la caudale. Les ventrales sont du même brun pourpre; mais la partie molle de la dorsale et de l'anale, la caudale et les pectorales sont jaunes, pointillées de rouge. Sa longueur n'est pas tout-à-fait de deux pouces. Les Arabes de Massuah l'appellent durha- bahr. 326 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. CHAPITRE X. Des Sébastes (Sebastes, nob.). . Les scorpèncs proprement dites ont la tête hérissée de crêtes et d épines, et enveloppée dune peau spongieuse : à peine voit-on sur les individus desséchés quelques petites écailles sur le derrière du crâne et le haut de l'oper- cule. Il existe d'autres poissons de cette famille, dont la tête, moins hérissée, a des écailles sur toutes ses parties, au museau, au maxillaire, à la joue et à toutes les pièces operculaires; en sorte qu'ils se rapprochent de plusieurs perches à dorsale unique, et ne tiennent pro- prement aux scorpènes, si l'on fait abstraction des caractères qui leur sont communs avec les perches, que par les rayons simples de la moitié inférieure de leurs pectorales, et par la production de leur sous-orbitaire, qui va gagner le limbe de leur préopercule. C'est un de ces poissons que M. de Laroche a décrit à Iviça, et nommé scorpœna dacty- loptera \ parce que , n'ayant pas assez examiné les scorpènes communes, il supposait que ce lt Annales du Muséum, t. XIII, p. 357, pi. 22,, fig. 9. CHAP. X. SÉBASTES. 527 caractère de rayons simples, dépassant la mem- brane des pectorales, était particulier à son espèce. Il y en avait une autre espèce dans le Nord, beaucoup plus anciennement connue, et c'est par son histoire que nous commencerons celle de ce genre. J'ai tiré le nom de sébaste de l'épithète d'impériale , que l'espèce de la Méditerranée porte à Iviça, de as&xqoç (auguste). La Sébaste septentrionale, nommée aussi Perça norvegica, et par erreur Perça MARINA. {Scbastes norvegicus , nob. ; Perça marina, Linn.; Perça norvégien , Mùll.) Les rapports de ces sébastes avec les perches sont assez grands pour avoir fait illusion à des naturalistes du premier ordre. Nous en avons une preuve dans le poisson que nous allons décrire, et qui habite toute la mer du Nord et la mer Glaciale : il a été rangé par Lin- naeus, dans la dixième édition de son System a et dans la seconde édition de sa Faune de Suède, parmi les perça, et, ce qui est à peine concevable, confondu avec le perça marina > qui, d'après ses caractères et ses synonymes, 328 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. n'est autre que le serran écriture de la Médi- terranée [perça scriha, Linn.). 1 Celte erreur a élé copiée comme tant d'au- tres, et Ion a écrit depuis dans toutes les ichuologies que le perça marina ou Yholo- centre marin habite à la fois la Méditerranée et l'Océan septentrional; Pennant a fait gra- ver sous ce nom cette espèce du Nord 2 : et c'est sa figure que Bonnaterre a copiée pour représenter le perça marina, tout en lui don- nant dans son texte des caractères qui ne con- viennent qu'au serran. 3 Cependant Ascanius en donnait une figure 4 , et M. Mùller , dans sa Zoologie danoise 5 , 1 indiquait sous le nouveau nom de perça norvegica; Otlion Fabricius, dans la Faune du Groenland 6 , démêlait la confusion d'es- pèces que l'erreur de Linnœus avait occasio- née, et Retzius l'établissait sous ce nom de perça norvegica dans son édition de la Faune suédoise; mais tout ce qui est résulté de leurs efforts, c'est que les nomenclateurs ont inscrit une perche norvégienne ou un holocentre norvégien à côté de lholocentre marin ou de 1. Voyez notre chapitre des serrans. — 2. Brit. zool. , édit. de 1776, p. 226. —~ 3. Encyclopédie méttt., planches d'ichtyologie, p. 128, pi. 54, fig. 210. — 4. le. , pi. 16. — 5. En 1776, p. 46. ■— 6. Fabricius, Fauno groenl. , p. 167. CHAP. X. SÉBASTES. 529 la perche marine, sans faire remarquer que la perche marine comprenait aussi l'autre dans son histoire. La grandeur seule de ce poisson aurait dû avertir cependant que ce n'était pas le serran. Fabricîus lui donne une coudée; Retzius, deux pieds et plus , et il est évident par tout le contexte de Pontoppidan que c'est de cette espèce qu'il a entendu parler quand il dit que son scorpion de mer, ou marulke , est long de quatre pieds. Cependant, il doit y avoir aussi quelque confusion dans Pontop- pidan ; car on croit que c'est encore de ce poisson qu'il parle sous le nom de rœdfîsk, ou poisson rouge 1 , et on lui donne en effet ce nom dans certains cantons de Norvège, ainsi que ceux de karfe, de ouger ou duen C'est sous le nom de karfe (carpe) qu Olafsen etPowelsen en ont donné une mauvaise figure dans leur Voyage en Islande 2 . Us en parlent dans le texte, aux §§. ^27, 7/^ et 895, mais sans détails, et se bornant à dire que c'est le poisson le plus large de cette côte ; expres- sion que je ne comprends pas, mais qui n'est peut-être qu'une faute de traduction. Ils le croyaient du genre des pagres. 1. llist. nat. of Norvray , p. 1 \ i . — 2. PI. 3s de la trad. franc. 350 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Nous avons enfin aujourd'hui ce poisson. Il nous a été envoyé de Norvège par M. Noël, et de Miquelon par M. de la Pilaye , et il se trouve que ce n'est point une perche, mais une sébaste, très - semblable à la scorpène dactyloptère de M. de Laroche. Sa forme est à peu près celle de la perche ou des grands serrans , c'est-à-dire que son corps est oblong, un peu comprimé, et a ses courbures dorsale et ab- dominale légèrement convexes, la bouche oblique, la mâchoire inférieure plus avancée. Sa hauteur aux pectorales n'est pas tout-à-fait trois fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur ne fait pas moitié de sa hauteur; la longueur de sa tête est juste le tiers de sa longueur totale. Sa nuque des- cend avec une courbure légèrement convexe, qui devient un peu concave sur le crâne, et reprend quelque convexité au museau. L'œil est tout près de la ligne du front et plus avancé que le milieu, et son diamètre égale le quart de la longueur de la tête; l'intervalle des yeux est plat, et égale presque leur diamètre. La bouche est oblique, fendue jusque sous le devant de l'œil; mais le maxillaire, fort large en arrière, se porte jusque sous le milieu de l'œil : la mâchoire inférieure monte au-devant de l'autre , et sa symphyse a en dessous une proéminence qui, lorsque la bouche est fermée, se porte à l'avant du poisson. Trois gros pores sont percés sous chacune de ses branches. La mâchoire supérieure est un peu protractile; mais le maxillaire ne peut se cacher sous CHAP. X. SÉBASTES. 551 le sous-orbitaire, quand elle se retire. Le sous-or- bitaire antérieur n'a qu'une petite pointe, qui croise à peine un peu sur le maxillaire : le postérieur donne une production qui s'étend un peu oblique- ment en arrière, vers le préopercule, mais sans l'at- teindre entièrement; en sorte que c'est à peine si l'on peut dire qu'il cuirasse la joue. La surface des sous-orbitaires, dans le squelette, est un peu caver- neuse, mais non hérissée de crêtes ou d'épines. La narine a deux trous ronds bien ouverts, voisins l'un de l'autre et de l'orbite; à peine voit-on l'épine nasale. Il y a sur le bord de l'orbite, en avant, une petite épine, et derrière ce bord, sur le crâne, trois autres, aussi petites, puis une crête peu élevée de chaque côté du crâne, qui se termine également par une petite épine : il y en a une aussi au surscapu- laire, une au scapulaire et deux à l'opercule; mais ce ne sont que des vestiges , en quelque sorte que des ressou- venus des crêtes et des aiguillons dont la tête des scor- pènes proprement dites est hérissée. Le préopercule les rappelle un peu mieux; il est arrondi, et a cinq épines pointues, mais peu alongées, et à base élargie. Son limbe se marque peu. Le sous-opercule et l'in- teropercule ont chacun une petite épine à l'endroit où ils se touchent. Des dents en fin velours serré garnissent les deux mâchoires, le devant du vomer et le bord externe de chaque palatin en avant. La langue est triangulaire, assez libre, mince et sans dents. La niembrane des ouïes est très-fendue, et ne se 552 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. fixe qu'au même endroit que le pédicule de la poi- trine; on y compte sept rayons. Les râtelures externes de la première branchie sont assez longues ; le rang interne et les deux rangs des branchies suivantes se réduisent à des tubercules gar- nis de dents en velours; telles sont aussi les dents des os pharyngiens. La dorsale commence au-dessus des surscapulaires; elle a quinze rayons épineux, assez forts, peu inégaux, et dont les mitoyens, qui sont les plus élevés, n'ont guères plus du cinquième de la hauteur du corps. Cette partie occupe à peu près le tiers de la longueur totale : la partie molle est plus courte de moitié, mais plus élevée du double; elle a quinze rayons branchus. L'anale répond aux deux tiers antérieurs de la partie molle de la dorsale; elle a trois rayons épineux, forts, dont le premier de moitié plus court que les deux au- tres, et huit branchus, du double plus longs que ces derniers. La partie de la queue, entre la fin de l'anale et le commencement de la caudale, fait le sixième de la longueur totale; sa hauteur en fait le onzième, et son épaisseur n'a pas moitié de sa hauteur; la caudale fait presque le septième d« la longueur; son bord est un peu taillé en croissant, et l'on y compte quatorze rayons entiers. La longueur de la pectorale fait plus du cinquième du total; elle est arrondie et aussi large que longue : ses dix premiers rayons sont branchus; les neuf autres sont simples, quoique articulés; mais ils ne surpassent pas les premiers en grosseur : tous sortent un peu de la membrane. Les ventrales sortent un peu plus en arrière que les pec- CHAP. X. SÉBASTES. 535 torales, et ne se portent pas tout-à-fait aussi loin; elles ont une épine et cinq rayons bran chus, dont le pre- mier a le double de l'épine en longueur : leur bord interne s'attache au corps pour un tiers. Tout ce poisson est couvert d'écaillés rudes jus- que sur le bout du museau et sur les maxillaires; les lèvres, la membrane des ouïes, le bord postérieur de leur ouverture et l'aisselle des pectorales en sont seuls dépourvus : il y en a de petites bandes derrière les épines de la dorsale. La partie molle de cette na- geoire , celle de l'anale et la caudale en sont garnies de fort petites, jusqu'à moitié. Elles sont assez petites, il y en a au moins quatre- vingt-dix sur une ligne entre l'ouïe et la queue, et de trente à quarante sur une ligne verticale près des pectorales. Leur forme est ovale, plus longue que large; leur bord est âpre , et elles ont dix ou douze crénelures à leur base. Sur le dos il y en a entre elles de beaucoup plus petites, qui garnissent leurs joints et qui font paraître leur surface comme gra- nuleuse. La ligne latérale, parallèle au dos, et occupant en avant le quart supérieur de la hauteur, se marque par de petites élevures cylindriques, un peu pointues en arrière, et placées, d'espace en espace, de manière qu'il n'y en a qu'environ trente-six sur sa longueur : mais ce n'est que sur le poisson sec qu'on le voit bien ainsi. Cette description est prise sur des individus de Norvège et de Terre-Neuve , qui ne sem- blent pas différer par les formes. 554 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Dans leur état actuel ils paraissent d'un roussâtre assez uni, avec une tache noirâtre vers l'angle de l'opercule ; mais je vois par les notes de M. de la Pilaye que la couleur du poisson frais est un rouge- carminé vif, qui se rembrunit un peu vers le dos et pâlit du côté du ventre. Fabricius dit aussi qu'il a le corps rouge, surtout au dos et aux nageoires, et que son abdomen est plus pâle. C'est cette teinte rouge qui lavait fait pren- dre à Olafsen pour un pagre. Le foie de cette sébaste des mers du Nord se com- pose de deux lobes alongés dans chaque hypocondre ; ils sont réunis sous l'œsophage par une portion assez petite. Le droit, qui est plus mince que le gauche, se termine en une pointe fort aiguë. La vésicule du fiel est petite, globuleuse, et suspendue à un canal cholédoque fort long, qui se dilate sous la région du foie, placée sous l'œsophage. Les vaisseaux bi- liaires, assez nombreux, se rendent dans cette portion dilatée du canal qui glisse sous l'œsophage et va s'ouvrir dans l'intestin, tout auprès du pylore. L'œsophage est assez long; il se rétrécit un peu vers le cardia. L'estomac n'est pas très-grand; il est alongé, pointu en arrière; ses parois sont minces, peu plissées en dedans. Le pylore s'ouvre à l'extré- mité d'une branche qui naît de la paroi inférieure de l'estomac, un peu après le cardia. Il y a neuf appen- dices cœcales assez grosses et médiocrement longues. L'intestin fait deux longs replis avant de se rendre à l'anus. CHAP. X. SÉBASTES. 555 Les laitances sont peu grosses, et n'occupent guè- fes en longueur que la moitié de celle de l'abdomen. Il y a dans cette espèce une vessie natatoire qui est assez grande, occupant à peu près les deux tiers supérieurs de la longueur de la cavité abdominale. Cette vessie est ovale, simple, sans appendices; ses parois sont médiocrement épaisses et blanches, sans être argentées. Les reins sont petits, situés auprès du diaphragme; ils se rétrécissent bientôt, et se terminent avant la pointe postérieure de l'estomac : ils versent leur urine dans une vessie musculeuse, qui est très-grande. Le péritoine est noir. Je n'ai trouvé dans l'estomac que de très-petits crabes. Son squelette a douze vertèbres abdominales et dix-neuf caudales, trente-une en tout; les cinq der- nières de l'abdomen ont des apophyses transverses, qui vont en s'alongeant et Rabaissant , mais qui ne forment pas d'anneaux. Les côtes sont grêles et simples; les os du bassin, longs et étroits; ceux du bras et du carpe, assez dilatés. Le premier interépineux inférieur, qui porte les trois épines anales, est long, fort et cannelé latéralement. Selon Fabricius, la chair de cette scorpène est maigre, mais agréable au goût; on la mange séchée ou cuite : sa tête et sa peau sont grasses; ses lèvres se mangent crues. Le même observateur nous apprend qu'au Groenland ce poisson se tient dans les golfes méridionaux les plus profonds, qu'il nap- ô5G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. proche jamais du rivage que lorsqu'il y est amené à la surface par la tempête, et alors son estomac sort par sa bouche , ce qui le fait périr. Ce seul fait, lu dans Fabricius, m'avait fait pressentir qu'à la différence des autres scorpèncs les sébastes devaient avoir une ves- sie natatoire; mais ma conjecture ne s'est pas vérifiée pour toutes les espèces. Il se nourrit surtout de lespèce de plie nommée pleuronectes cjnoglossiun, au milieu de laquelle il vit. On le pêche comme le flétan, mais avec des lignes du double plus longues : il prend volontiers lhamecon. Les Groénlandais employaient autrefois ses épines dorsales en place d'aiguilles. La Sébaste de la Méditerranée, ou Scorpène DACTYLO PTÈRE DE LAROCHE} SERRAN IMPÉRIAL des Majorcains, etc. {Sébastes imperialis , nob. ; Scorpœna dactyloptera, de Lar. l ) Il est singulier qu'un si beau poisson, qui n'est rare dans aucune partie de la Méditer- ranée, n'ait point été décrit avant MM. de Laroche etRisso; mais cela tient, je crois, à ce que les uns le prenaient pour le cottus 1. Annales du Muséum, t. X11I ; pi. 22, fig. 9. CHAP. X. SÉBASTES. 557 massiliensis de Forskal, et d autres pour le perça marina des auteurs. Il est eu eiïet très- semblable à ce perça marina de Linnaeus, ou à cette sébaste du Nord que nous venons de décrire , et il faut presque les voir à côté l'un de l'autre pour les distinguer. Cependant l'espèce de la Méditerranée a les épines dorsales plus hautes à proportion : la troisième et la quatrième ont moitié de la hauteur du corps au-dessous d'elles, et dans l'espèce du Nord elles n'en ont pas le tiers : de plus, ces épines ne sont qu'au nombre de douze, suivies de treize rayons mous, ce qui fait trois épines et deux rayons mous de moins. L'intervalle des yeux est de moitié plus étroit, plus concave, et a deux lignes saillantes qu'on ne voit pas dans l'espèce du Nord. Les épines du bord de son orbite sont plus marquées; la deuxième de son préopercule excède davantage les autres : l'arête de son sous - orbitaire postérieur se fait sentir au travers de la peau ; les rayons simples de ses pecto- rales sont plus gros à proportion, et sortent davan- tage de la membrane : d'ordinaire ils n'y sont pas engagés de plus de moitié de leur longueur, et c'est de ce caractère que M. de Laroche a tiré son nom spé- cifique; enfin, le poisson tout entier est plus court à proportion : ainsi c'est bien une espèce distincte. B. 1'; D. 12/13; A. 3/6; C. 16; P. 19, dont 8 simples; V. 1/5. 1. M. Riàso ne lui donne que six rayons branchiaux; mais elle .en a sept. 4- 22 558 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Sa couleur est, comme dans la sébasie du Nord, un beau rouge, tirant plus ou moins au minium ou au carmin, et plus pâle, même blanchâtre, vers l'abdomen -il y a aussi une teinle noirâtre sur l'oper- cule dans plusieurs individus. Cinq larges bandes brunes ou d'un rouge foncé descendent sur le fond clair jusqu'au-dessous de la ligne latérale : la première allant de la nuque suri' opercule ; la seconde et la troisième, sous la partie épineuse de la dorsale; la quatrième, sous la partie molle; la cinquième, sur la queue. D'autres individus n'ont que quelques taches nua- geuses brunes, éparses sur différens points du dos. La longueur à laquelle ce poisson parvient, est de dix-huit pouces; il pèse alors quatre livres ou à peu près. M. Risso dit que le palais de ce poisson est noir, et nous l'avons, en effet, trouvé ainsi dans les in- dividus qui n'étaient pas depuis long-temps dans la liqueur. Ceux que nous avons de l'espèce du Nord , ne nous ont rien montré de semblable; mais cela tient peut-être à une plus longue macération. Le foie de la sébaste impériale est composé de deux lobes moins longs et plus gros que ceux du foie de la précédente. L'œsophage est plus large, et se dilate en un esto- mac plus grand, dont les parois sont plus épaisses, et qui sont chargées de rides en dedans. Il n'y a que cinq ccecums au pylore : M. de La- roche dit qu'il y en a six, je n'en ai vu cependant que cinq dans deux individus que j'ai examinés. CHAP. X. SÉBASTES. 539 L'un des deux avait été rapporté par M. de Laroche lui-même d'Iviça. L'intestin fait deux longs replis, comme dans l'espèce précédente. Les ovaires sont gros, et s'étendent depuis le dia- phragme jusqu'à l'anus. Ce que l'on doit surtout remarquer, c'est l'absence de vessie natatoire. M. de Laroche lavait déjà fait connaître ; mais la chose devient bien plus notable aujourd'hui que l'on sait qu'il y en a une dans la sébaste du Nord, Les reins sont petits, et la vessie urinaire est plus petite et plus mince que celle de la sébaste septen- trionale. Le péritoine est noir comme de l'encre. Son squelette ressemble à celui de la sébaste du Nord, à l'exception des légers détails de la tête, dont les différences se voient déjà à l'extérieur. Celte espèce, comme celle du Nord, ne vit que dans les grandes profondeurs 5 aussi M. de Laroche dit-il qu'elle est fort rare dans les ports où l'on n'a pas l'habitude de pêcher à ces grandes profondeurs. Il en a vu prendre à cent soixante, à cent quatre-vingts brasses, et même à trois cent soixante. M. Risso assure qu'elle est fort commune à Nice, et qu'on l'y trouve pendant toute l'année entre les rochers les plus profonds. La femelle est pleine d'ceufs eu été. Sa chair est peu estimée ; cependant on en fait de la soupe. 540 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Son nom à Nice est cardouniero , et tient sans doute à ses épines. M. de Laroche dit qu'à Iviça on la nomme serran impérial, peut- être à cause de sa belle couleur rouge, et à Barcelonne,/^??^//. Je soupçonne beaucoup que c'est le scrojanu imperiali des Siciliens que M. Rafinesque a pris pour le cottus mas- siliensis de Forskal, et que par cette raison il s'est dispensé de décrire. 1 La scorpœna malabarica de Bloch 2 est une sébaste; sa description le prouverait déjà, et ce qui ne laisse aucun doute, c'est l'inspec- tion que nous avons faite de l'individu même qui en a été l'objet. Il est donc bien certain que l'auteur lui a rapporté mal à propos le cottus australis de White 3 , qui est un apiste. Ce poisson de Bloch ressemble tellement pour tous les détails à notre espèce de la Mé- diterranée qu'il nous est impossible de ne pas le regarder comme identique avec elle; aussi les deux origines quil lui attribue, l'Amérique méridionale et la côte de Coromandel, nous paraissent- elles également suspectes. Il avait reçu son individu d'Abilgaard , qui pouvait bien avoir été trompé sur sa patrie. 1. Rafinesque, Indice d' itiol. sicil. , p. 27. n.° 194. — 2. Syst, post., p. 194, n.°8. — 3. Voyage à la Nouvelle-Galles du sud., p. 28G, pi. 52, lig. \, CHAP. X. SEBASTES. 341 La Sébaste du Cap. (Sebastes capensis, nob.; Scorpcena capensis, Gm.j Scorpène africaine, Lacép., t. III, p. 266.) Cependant l'hémisphère antarctique a sa sébaste comme l'hémisphère arctique, et même elle ressemble plus à celle clu Nord , que ne fait celle de la Méditerranée. Nous en avons plusieurs individus rapportés du cap de Bonne- Espérance par feu Delalande. Ils ont l'intervalle des yeux presque aussi large que la sébaste du Nord, mais un peu plus concave, et les deux lignes saillantes s'y remarquent. Leurs épines dorsales ne s'élèvent pas plus que dans l'espèce du Nord. D. 12/13 ou 14; A. 3/6 ou 7; C. 13; P. 18, dont 8 simples; V. 1/5. Dans leur état actuel, ces sebastes du Cap parais- sent rougeàtres, avec des mouchetures blanchâtres, nombreuses sur la tête et sur le dos, et une teinte noire sur l'opercule; mais nous ne savons pas quelle était leur couleur dans l'état frais; cependant tout porte à croire qu'elle était rouge. L'espèce paraît atteindre à peu près la même taille que celle de la Méditerranée. Nous lui avons trouvé un foie composé de trois lobes alongés; le gauche est le plus large; des deux autres, qui sont à peu près égaux, l'un est mitoyen et l'autre est tout-à-fait dans le côté droit du ventre. 542 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. La vésicule du fiel et son canal cholédoque ressem- blent en tous points à ceux de la sébaste septentrio- nale. L'œsophage est court et large; il se rétrécit à peine pour indiquer le cardia. L'estomac forme un sac assez long et moins pointu que celui de notre sébaste du Nord. Le pylore est muni de onze ccecums longs et grêles. L'intestin n'existait plus dans l'individu que nous avons ouvert. La vessie natatoire est grande, ovale, simple, à parois minces et argentées. Le péritoine est gris , tacheté de noir. Cette sébaste du Cap a été bien décrite par Gronovius, dans son Zoophylacium (p. 88, n.° 293), sons le nom de perça dorso monop- terygio , capite utrinque supra oculos qua- dridentato , operculis diacanthis squamosis , cauda subœquali. Seulement il lui donne, peut-être par une inversion de l'imprimeur, D. h 4/1 2. Cest sur cette description de Gronovius qu'est établi le scorpœna capensis de Gmelin , ou la scorpene africaine de M. de Lacépède ; espèce qui a disparu, on ne sait pourquoi, dans le Systema de Bloch. CHAP. X. SÉBASTES. 54 O La Sébaste a dorsale tachetée. (Sebastes maculatus , nob.) Le Cap produit encore une autre sébaste, beaucoup plus semblable que la précédente à celle de la Méditerranée , et qui a les épines dorsales aussi élevées que cette dernière, et les rayons pectoraux inférieurs aussi gros et aussi dégagés de leur membrane; mais qui s'en distingue par un intervalle des yeux plus étroit , plus concave et entièrement dépouillé d'écaillés. Une grande tache brune occupe chaque inter- valle des épines dorsales ; et il y a aussi une bande brune tout le long de leurs racines : dans la liqueur, le reste du corps paraît rougeâlre ou jaunâtre, mais il y a grande apparence qu'il était rouge , comme dans les autres espèces. D. 12/13 ; A. 3/6; C. 14; P. 19; V. 1/5. Nos individus n'ont que sept pouces. Nous les devons aussi à M. Delalande. Ils n'avaient pas conservé leurs viscères; mais on a pu encore s'assurer que cette espèce n'a point de vessie natatoire , et que son péritoine est d'un noir très-profond. 344 LIVRE IV. JOUES CUÏRASSÉES. La Sébaste a re ban blanc. {Sebastes albofasciatus , Holocentrus albofascia* tus, Lacép., t. IV, p. 572.) Il y a de ces sebastes jusque dans les mers de la Chine et du Japon. Un imprimé japo- nais de la bibliothèque du Muséum en offre une figure parfaitement reconnaissable quant au genre, et peinte des mêmes couleurs que les nôtres , sur laquelle M. de Lacépède a établi son holocentrus albofasciatus. > Elle est d'un beau rouge de minium, avec du blanchâtre à l'abdomen , au bord du pi éopercule et de l'opercule, et surtout avec; un ruban blanc sur la racine de la caudale : elle ne montre que onze rayons épineux à la dorsale. Bien que nous eussions aisément reconnu une sébaste dans cette figure, elle ne nous paraissait pas assez authentique dans ses détails pour que nous osassions décider si l'espèce est ou non identique avec l'une de celles que nous avons observées. Heureusement nous ve- nons de recevoir de la complaisance de. M. Lichtenstein le poisson lui-même, qui a été cédé au Cabinet de Berlin par M. Langsdorf. Quoique devenu presque blanchâtre par le des- sèchement, on y distingue encore le ruban blanc de la base de la caudale \ mais il ne reste point de CHAP. X. SÉBASTES. 34S traces de bandes verticales. Du reste, il est difficile qu'un poisson ressemble plus à un autre que celui-là à la sébaste de la Méditerranée. Nous lui trouvons seulement le museau un peu plus avancé, le sous- orbitaire plus large , et l'œil plus petit. Les épines placées immédiatement derrière les yeux sont sur quatre rangs, et à la sébaste de la Méditerranée il n'y en a que deux rangs; elles sont aussi toutes plus fortes à proportion dans l'espèce du Japon. Les rayons sim- ples de la pectorale paraissent un peu plus grêles, moins séparés, et il y en a un de moins. D. 12/13; A. 376; C. 15; P. 17, dont 7 simples; V. 1/5. La figure de l'ouvrage japonais se trouve répétée dans l'Encyclopédie japonaise, avec un texte que M. Abel Remusat a bien voulu nous interpréter, et où il est dit que l'espèce est très -commune sur les cotes du Japon; qu'elle atteint à trois pieds de longueur; que sa chair est blanche et de bon goût, et qu'on la recherche surtout pendant l'hiver. Ses pro- priétés paraissent donc la rapprocher beau- coup de notre sébaste du Nord. La Sébaste marbrée. (Sebastes marmoratus , nob.) Notre imprimé japonais contient la figure d'une autre sébaste, qui a aussi été rapportée par M. Laugsdorf, 346 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. et qui a le rouge de son dos el de ses flancs mar- bré de brun ou de noirâtre, de manière à ce que les intervalles rouges y ressemblent à des taches rondes et assez grandes. Ses nageoires sont également variées de brun et de rouge. Sur les pectorales, l'anale et la partie molle de la caudale, le brun est semé en points; sur la caudale il fait des mailles continues. Quant aux formes et aux épines , cette espèce res- semble à la précédente; mais sa tête est plus courte à proportion. D. 12/12 ; A. 3/5; C. 16; P. 18, dont 8 simples; V. 1/5. La SÉBASTE A CRANE SANS ÉPINES. (Sebastes inermis , nob.) Une troisième sébaste du Japon , rapportée aussi par M. Langsdorf , se distingue de toutes les autres, parce que l'intervalle de ses yeux n'est point concave, et que les épines du dessus de son orbite et celles du dessus de son crâne sont effacées ou réduites à de légères arêtes, savoir, une sur chaque orbite, et deux sur l'arrière du crâne, terminées chacune par une petite pointe; mais les épines de son opercule, de son préopercule et de la partie antérieure de son sous- orbitaire, conservent leur forme accoutumée. D. 12/15; A* 3/7} C. 17; P. 15, dont 6 simples; V. 1/5. Dans son état desséché ce poisson parait d'un brun assez uniforme. CHAP. X. SÉBASTES. 547 La Séraste variable. (Sebastes variabilis , nob.) Enfin, c'est encore une sébaste du nord de la mer Pacifique que PaUas x a nommée perça variabilis, et que M. Tilesius a décrite plus en détail et représentée 2 sous le nom d'epi- nephelus ciliaîus. Sa têle est encore moins armée qu'à la précédente; on ne lui voit pas même de crêtes sur le crâne et sur l'orbite, et son sous-orbitaire n'a aucunes dents; le préopercule en a cinq courtes et obtuses , et l'opercule deux pointues. On remarque à peine les pelits aiguillons d'au-dessus de ses narines. L'espèce se rattache pourtant sensiblement à ce genre par la barre que son sous-orbitaire envoie à son prëo- percule, et que l'on sent au travers de la peau, ainsi que par les neuf rayons simples de ses pectorales. D. 13/15; A. 3/9; C. 17; P. 18, dont 9 simples; V. 1/5. L'individu que nous décrivons vient du cabinet de Pallas , à qui il avait été envoyé par Merk. Dans son état sec il paraît entièrement brun foncé; mais, selon ce grand naturaliste, la couleur du frais varie suivant l'âge et le sexe : souvent il est brun ti- rant au bleuâtre, avec le ventre blanc et les nageoires 1. Zoogr. ross., t. III, p. 2/Jij n.° 174- — 2. Dans les Mémoires 548 LIVRE TV. JOUES CUIRASSÉES. brunes; les femelles ont le ventre rougeâtre. M.Tile- sius le dit d'un pourpre roussàtre on d'un argenté brunâtre. Les plus grands, selon Pallas, n'ont que deux pieds. On trouve cette espèce dans toute l'étendue de mer qui sépare le Ramchatka de l 1 Améri- que. On en prend surtout beaucoup dans les îles Aleutiennes. Les habitans d'Unalashka la nomment kakutshik ou kathtschikug, et ceux de la côte d'Amérique, tockugh. Pallas avait bien saisi l'analogie de ce poisson avec le perça norvegica d'Ascanius ( fasc. 2, pi. 16), qui est notre première sé- baste; mais il était allé trop loin, en le con- sidérant comme identique pour l'espèce. M. Tilesius a tiré son nom de ciliatus d'une disposition d'écaillés, qui n'est pas plus mar- quée que dans la plupart de ses congénères. La petite Sébaste. (Sebastes minutus, nob.) Tous les naturalistes employés dans les der- nières expéditions scientifiques ont rapporté, soit des Moluques , soit des Marianes, soit des îles de la Société, une très-petite sébaste, d'un brun-rouge foncé, marbré de plus foncé encore, et dont les aiguillons delà tète, surtout ceux du sous- CHAP. X. SÉBASTES. 549 orbitaire, sont plus marqués que dans les grandes, et presque aussi sensibles que dans les scorpènes proprement dites, en sorte qu'on la prendrait pour une scorpène, si l'on ne remarquait les petites écailles qui garnissent sa tête jusqu'au bout du museau. La ligne latérale est toute rude. D. 12/13, etc. Les viscères de cette petite sébaste ressemblent à ceux que nous avons trouvés dans les sébastes du Nord et du Cap. Sa vessie natatoire est plus grande à proportion et plus brillante que celles des deux autres espèces. Il n'y a que trois ccecums au pylore. Le péritoine est grisâtre. La Sébaste de Bougainville. {Sébastes Bougainvillii, nob.) M. le baron de Bougainville a rapporté de son voyage autour du monde, terminé en 1826, une sébaste qui se distingue de toutes les autres par la brièveté de son museau, la force des épines de sa tête, la grandeur de son œil, et surtout par la hauteur des rayons épineux de sa dorsale. Le diamètre de son orbite n'est que deux fois et un tiers dans la longueur de sa tête, prise du museau au bout de l'opercule. Son profil tombe rapidement, et la portion de son museau en avant de l'œil n'a que moitié du diamètre de l'orbite. Ses épines na- 550 LIVRE IV. JOUFS CUIRASSÉES. sales sont très-pointues. Son arcade surcilière en a huit, dont trois fortes. Il y en a une forte de chaque côté sur le crâne, une derrière l'orbite, une sur la tempe, cinq ou six à la crête sous-orbitaire : celle du préopercule qui répond au bout de cette crête est longue, et en porte une sur son tranchant; il y en a trois au-dessous le long du bord préopcrcu- laire. L'opercule en a deux fort pointues. Toutes les parties de la tète sont garnies d'écaillés. Les aiguil- lons de sa dorsale sont striés longitudinalement. Le troisième, qui est le plus élevé, l'est autant que le corps sous lui ; le premier n'en a que le tiers : ils décroissent jusqu'au onzième, qui est un peu moin- dre que le premier. Le deuxième se relève un peu avec la partie molle. Le douzième rayon de l'anale est aussi très-long, anguleux, et plus gros qu'aucun de ceux du dos. Je ne vois qu'un seul rayon absolu- ment simple à ses pectorales; tous les autres sont au moins un peu fourchus. B. 7; D. 12/8; A. 3/5; C. 17; P. 19; V. 1/5. Ce poisson a été pris clans la mer des Indes. Ses caractères, et surtout la division de la plu- part des rayons de ses pectorales, léloignent assez des autres espèces du genre. Son estomac est très -grand. Je ne trouve que quatre cœcums, dont les deux de droite assez longs, et les deux autres courts. Le péritoine est d'un bel éclat d'argent. Il n'y a point de vessie natatoire. CHAP. XL PTÉROÏS. 551 CHAPITRE XL Des Ptéroïs. Ces charmans poissons, que Ton a rangés tantôt parmi les épinoches, tantôt parmi les cottes , et que Ton a aussi appelés scorpènes volantes, ne sont, à proprement parler, ni des cottes, ni des épinoches, ni des scorpènes, mais doivent faire un petit genre près de ces dernières. Ils ont en effet la tète comprimée et épi- neuse, les lambeaux charnus, le corps écail- leux, les rayons simples aux pectorales des scorpènes, mais ils manquent de dents aux palatins, et n'en conservent, comme les cot- tes, qu'au-devant du yomer; et d'ailleurs la longueur excessive de leurs épines dorsales et de leurs rayons pectoraux les distinguerait à elle seule de tous les poissons connus. Les Indes nous en envoient depuis long- temps deux espèces principales, de couleurs aussi belles qu'agréablement distribuées (scor- pœna volitans, Gm., et scorpœna antennata, Blocli), et nous en avons ajouté quelques- unes rapportées des mêmes parages par les nouveaux voyageurs. 552 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. Le Ptéroïs voltigeant. (P ter ois volitans, nob.- Scorpœna volitans, Gm.) La première, qui paraît aussi devenir la plus grande, a été d'abord observée dans les Molu- ques , et surtout à Amboine ; mais elle n'est pas rare à l'Isle-de-France et à File de Bourbon. Nous l'avons reçue récemment de Pondichéry; M. Bennet l'a dessinée à Ceilan; enfin, M. Geof- froy l'a rapportée de la mer Rouge. Elle a aussi été trouvée à Mahé, dans les Séchelles, car nous nous sommes assurés par une lecture at- tentive que l'article de Commerson, sur lequel M. de Lacépède a établi son espèce de la scorpène mahé 1 ; n'a rapport qu'à l'espèce ac- tuelle, en sorte qu'on doit rayer la scorpène mahé du tableau du genre. Elle habite toute l'étendue de la mer des Indes. M. de Lacépède en parle comme si elle se trouvait aussi au Japon 2 ; mais je ne sais sur quel témoignage : elle n'est point gravée dans l'ouvrage japonais que nous avons cité quel- que ibis. Nieuhof 3 et Blocli, d'après lui, o